Sous le soleil matinal, Pulcherie Mbeng Mengue ouvre son robinet à Nzeng-Ayong, un quartier du nord de Libreville. Pour elle, c'est un moment exceptionnel :
« Pour la première fois depuis des années, l'eau coule quand j'ouvre le robinet », s'exclame-t-elle, soulagée. Pendant longtemps, comme de nombreux riverains, elle a vécu avec un approvisionnement irrégulier. « Se lever à deux ou trois heures du matin pour vérifier s'il y a des gouttes au robinet... et puis un matin, voir enfin de l'eau : c'était une fête ! ».
À Libreville, l'ancien réseau de distribution souffrait de la vétusté des infrastructures, provoquant fuites et interruptions fréquentes d'eau potable. Les habitants étaient contraints de stocker l'eau dans des récipients, exposant leurs enfants à des infections cutanées, ou obligés d'acheter de l'eau à prix élevés auprès de vendeurs locaux.
Pour répondre à ce problème, le Groupe de la Banque africaine de développement a financé à hauteur de 117 millions d'euros le Projet intégré pour l'alimentation en eau potable du Grand Libreville (PIAEPAL). En partenariat avec la République du Gabon, le PIAEPAL visait à rétablir un accès régulier à l'eau pour 850 000 habitants, dont 300 000 nouveaux usagers qui n'étaient pas desservis auparavant.
Des travaux à la hauteur du défi
Le projet a permis la pose de 311 kilomètres de nouvelles canalisations, assurant une pression d'eau constante même dans les zones les plus éloignées ou en altitude. Quatre nouveaux châteaux d'eau et une station de pompage, reliés à un réservoir de 10 000 m³, alimentent désormais les quartiers du nord de Libreville, notamment Nzeng-Ayong, Ondogo, Charbonnages, Alibandeng, Bel-Air, Okala et Angondjé.
Anelka Koumba, étudiante à l'université, se réjouit :
« Depuis 2011, nous n'avions presque plus d'eau au robinet. Aujourd'hui, l'eau coule depuis deux à trois semaines. C'est un vrai moment de réjouissance ! »
Selon Gervais Nguema Mba, coordinateur du programme :
« Nous n'avons pas seulement construit des infrastructures, nous avons apporté des solutions structurelles pour résoudre les problèmes d'approvisionnement en eau de Libreville. Chaque nouvelle canalisation augmente l'accès à l'eau pour les foyers, les écoles et les entreprises. »
Grace Ndong Dough, technicienne en génie civil, a contribué pendant plus de deux ans à la construction de la station de pompage du PK5. Elle se félicite de l'impact du projet sur les habitants :
« Voir l'eau arriver dans un robinet, c'est une satisfaction totale. »
Grâce à l'amélioration des mécanismes de pompage et à l'augmentation de la capacité de stockage, le projet renforce aussi la résilience de la capitale face aux changements climatiques, assurant un approvisionnement durable pour les générations futures.
Des impacts concrets
Le PIAEPAL a transformé le quotidien des habitants et l'économie locale. Les commerçants des marchés de Nkembo et Glass disposent désormais d'eau pour leurs étals, les écoles peuvent garantir de meilleures conditions d'hygiène pour les enfants, et les petites entreprises fonctionnent plus efficacement. Les familles économisent sur l'achat d'eau et peuvent investir les économies dégagées dans l'alimentation, l'éducation et la santé.
« Depuis la mise en oeuvre de la station, les habitants reçoivent de l'eau de façon permanente », confirme Gervais Nguema Mba.
Derrière les centaines de kilomètres de canalisations et les ouvrages techniques, une réalité : l'eau est de retour dans les foyers, et avec elle, la promesse d'une vie meilleure pour les Librevillois.
Canalisations de la station de pompage d'eau du PK5 à Libreville. Au coeur des infrastructures hydrauliques, des kilomètres de canalisations rendent possible une réalité concrète : le retour de l'eau dans les familles améliore considérablement les conditions de vie des citoyens.Voir les détails du projet