Plus de huit citoyens sur 10 craignent de ne pas pouvoir obtenir ou financer les soins nécessaires en cas de maladie.
Key findings
- Seuls un sur sept Sénégalais (15%) possèdent une assurance maladie. o La majorité des souscripteurs détiennent une couverture maladie communautaire ou mutuelle (35%) ou un régime d'assurance du secteur public (25%). o Huit citoyens sur 10 (81%) ayant une assurance maladie se disent satisfaits des services offerts par leur assurance. o Le manque d'information sur l'existence d'une assurance maladie, la méconnaissance des procédures d'enrôlement et le coût sont les principaux obstacles à la souscription d'une assurance maladie.
- Plus de huit Sénégalais sur 10 (83%) expriment une inquiétude face au risque de ne pas pouvoir obtenir ou financer les soins nécessaires en cas de maladie. o La majorité (61%) des Sénégalais déclarent qu'un membre de leur famille a manqué de médicaments ou de soins médicaux au cours de l'année écoulée.
- Près de neuf répondants sur 10 (88%) s'accordent que le gouvernement devrait garantir l'accès à des soins adéquats pour tous les citoyens, même si cela implique une augmentation des impôts.
- Plus des deux tiers (68%) des Sénégalais déclarent avoir fréquenté une structure sanitaire publique au cours des 12 derniers mois. Parmi ceux-ci : o Plus de trois sur cinq (63%) estiment qu'il leur a été difficile d'obtenir les soins médicaux nécessaires. o Un sur 10 (11%) parmi eux affirment avoir dû verser des pots-de-vin ou fait un cadeau ou une faveur à un employé de l'hôpital afin d'obtenir les soins ou services médicaux nécessaires. o La majorité des usagers dénoncent les longues files d'attente (78%), le coût élevé des soins (70%) et/ou le manque de médicaments ou de matériels (59%). Moins d'usagers évoquent l'absence de personnel médical (49%) et le mauvais état des infrastructures (37%).
- Aux yeux des citoyens, la santé arrive en deuxième rang des problèmes les plus importants que le gouvernement sénégalais devrait adresser.
- Plus de la moitié (53%) des Sénégalais approuvent la performance du gouvernement en matière d'amélioration des services de santé de base, et plus des trois quarts (78%) expriment leur confiance au Ministère de la Santé et de l'Action Sociale.
- La grande majorité (82%) des citoyens estiment que les parents doivent faire vacciner leurs enfants contre les maladies infectieuses. En revanche, 18% considèrent que cette décision devrait relever du libre choix des parents.
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La santé, composante essentielle du capital humain, joue un rôle déterminant dans l'amélioration de la productivité et stimule la croissance économique (Hu & Wang, 2024 ; Ogundari & Awokuse, 2018). Un système de santé performant permet non seulement de préserver le bien-être des populations, mais également de renforcer les capacités productives des individus, ce qui favorise le développement socio-économique des nations (Bloom, Canning, & Sevilla, 2004). Cependant, de nombreuses personnes à travers le monde, et particulièrement en Afrique subsaharienne, demeurent privées d'un accès aux services de santé adéquats (Banque Mondiale, 2024).
Plusieurs facteurs à la fois structurels et individuels sont évoqués pour expliquer cette situation. Les contraintes structurelles incluent l'insuffisance des infrastructures sanitaires, la pénurie de ressources humaines qualifiées, la faiblesse des financements publics et les défaillances organisationnelles des systèmes de santé (Sambo & Kirigia, 2014 ; Ahmat et al., 2022). Au niveau individuel, les barrières financières, géographiques et socioculturelles limitent considérablement l'accès aux soins, ce qui expose les ménages les plus vulnérables à des dépenses catastrophiques de santé, une réalité pour deux milliards de personnes dans le monde (Banque Mondiale, 2024).
A l'instar des autres pays en développement, le Sénégal fait face à d'importants défis liés à l'accès à la santé. Le pays ne compte que 0,4 médecins, infirmiers et sage-femmes pour 1.000 habitants, un ratio largement inférieur à la moyenne de 1,5 observée en Afrique subsaharienne et bien en deçà de la norme recommandée par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), fixée à 2,3 médecins pour 1.000 habitants (Sidibe, Kadetz, & Hesketh, 2020 ; Organisation Mondiale de la Santé, 2025).
A cela s'ajoutent les contraintes dans l'accès aux soins hospitaliers et les iniquités de distribution de l'offre de santé. En effet, le Sénégal compte neuf lits d'hôpital pour 10.000 habitants en 2022, alors que l'OMS recommande 25 lits pour 10.000 habitants (République du Sénégal, 2024). Egalement, le pays fait face à une disparité criarde du personnel de santé dans la mesure où 68% de spécialistes de santé sont concentrés dans la région de Dakar, 8% à Thiès, 5% à Ziguinchor et 5% à Diourbel (République du Sénégal, 2024).
Pour améliorer l'accès à la santé, le gouvernement du Sénégal a mis en place plusieurs initiatives. Le déploiement de la couverture maladie universelle (CMU) entamé depuis 2015 a conduit à la réalisation de 676 mutuelles de santé opérationnelles et l'enrôlement de 3,9 millions de personnes (République du Sénégal, 2024). La récente Lettre de Politique Sectorielle de la Santé et de l'Action Sociale 2025-2029 prévoit un budget de U.S. $3,77 milliards d'ici l'horizon 2029 pour le financement et la modernisation du secteur de la santé, y compris la protection sociale (République du Sénégal, 2025).
C'est dans ce contexte que la plus récente enquête Afrobarometer au Sénégal s'est intéressée aux perceptions et expériences des citoyens en matière de santé, tant sur la couverture médicale que sur l'accès effectif aux soins.
Les résultats font état d'une faible couverture sanitaire, dont la majorité des bénéficiaires sont enrôlés dans les mutuelles communautaires ou dans le régime d'assurance de la fonction publique. Le manque d'information, la méconnaissance des procédures et les coûts d'accès constituent les principaux obstacles à la souscription d'une assurance maladie.
La grande majorité des Sénégalais sont inquiets de ne pas pouvoir obtenir ou financer les soins nécessaires en cas de maladie. Ils s'accordent que le gouvernement devrait garantir l'accès à des soins adéquats pour tous les citoyens, même si cela implique une augmentation des impôts.
Plus de deux tiers des citoyens ont recouru à un centre public de santé au cours de l'année écoulée. Parmi eux, la majorité disent avoir eu du mal à obtenir les soins nécessaires, souvent confrontés à de longs délais d'attente, à des coûts élevés des soins et le manque de médicaments ou de matériels de santé. D'ailleurs, certains n'hésitent pas à verser des pots de-vin pour obtenir les services demandés.
En dépit de ces défis, plus de la moitié des Sénégalais approuvent la performance du gouvernement en matière d'amélioration des services de santé de base, et plus des trois quarts font confiance au Ministère de la Santé et de l'Action Sociale.
Enfin, la grande majorité des répondants estiment que les parents doivent faire vacciner leurs enfants contre les maladies infectieuses.
Mamadou Abdoulaye Diallo Mamadou Abdoulaye Diallo is a research associate for the Consortium pour la Recherche Economique et Sociale (CRES) in Dakar, Senegal
Soukeyna Diallo Soukeyna Diallo est doctorante à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar
et coordonnatrice des enquêtes de terrain au CRES.