La collecte de données, notamment à partir de journaux, permet d'identifier des foyers de maladies. Les informations sont ensuite transmises aux experts à travers une plateforme dédiée à la santé humaine, à la santé animale et à la santé végétale. L'alerte sur des signaux potentiels de maladies est ainsi lancée, selon Mathieu Roche, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), afin que les investigations nécessaires soient menées.
LYON- Les données sont capitales dans la recherche en santé, surtout pour assurer la veille épidémiologique et alerter en cas de besoin. Mais, peu de gens ignorent que les médias jouent un rôle important dans ce processus. En effet, à partir des informations qui sont livrées quotidiennement dans la presse, notamment celles relatives à la santé humaine, animale et végétale, des foyers de maladies peuvent être identifiés.
C'est ce que révèle Mathieu Roche, chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Lors du Sommet sur le « One Health » (Une Seule santé), à Lyon (6-7 avril 2026), il a évoqué la problématique des données, leur collecte et comment les rendre « interopérables, pour qu'on puisse les connecter les unes aux autres ».
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Selon lui, les médias sont des espaces de collecte d'informations qui sont remontées via une plateforme dédiée à la santé végétale, à la santé animale et à la santé humaine, donc dans un contexte purement « One Health ».
« Notre objectif, dans le cadre de cette plateforme développée depuis une dizaine d'années, est de collecter des informations issues de news. C'est pour cela que les journaux nous intéressent dans les différents pays, en différentes langues, pour pouvoir identifier des foyers de maladies et les proposer aux différents experts », a-t-il expliqué.
Ainsi, à travers la matière première que constituent les informations livrées régulièrement par le biais des publications, « des experts reçoivent, tous les jours, des notifications disant qu'une maladie peut se déclarer ici ou là, qu'il y a un signal faible ailleurs », a souligné le chercheur, précisant que l'Intelligence artificielle (Ia) est au coeur de cette plateforme.
Elle permet, en effet, d'« identifier si le document est pertinent avec des informations liées aux évènements. Par exemple : des lieux, des symptômes ». Les données collectées à travers les médias sont, de ce fait, utilisées pour alerter les experts sur des signaux de maladies potentiels, d'après M. Roche.
Etait-ce le cas lors de la Covid-19 ? « En ce moment, on s'intéressait plutôt à la santé animale », a fait savoir le chercheur. Mathieu Roche d'expliquer ainsi : « Il y a des maladies spécifiques qu'on surveille, mais on a aussi une surveillance dite syndromique, c'est-à-dire des affections nouvelles qui ne sont pas forcément connues ».
Seulement, à travers « une étude rétrospective à partir des données qu'on avait collectées, on s'est rendu compte que, finalement, les premiers signaux de la Covid-19, on les avait collectés, mais ils n'étaient pas remontés ». Cela souligne la nécessité d'améliorer les processus de collecte et de partage d'informations.
Au-delà des informations relayées à travers la presse écrite en Afrique, il y a aussi les radios. « On est en train de s'intéresser à la collecte des données qui sont issues de la radio », a indiqué M. Roche. Mais, le principal défi est que des informations circulent en Afrique dans plusieurs langues, « plus de 2000 », a-t-il précisé.
Aujourd'hui, l'enjeu est de prendre en compte ces langues locales, d'autant plus que « l'Intelligence artificielle s'appuie beaucoup sur l'anglais. « Elle n'est pas forcément efficace quand on travaille sur des langues peu dotées », a estimé le chercheur.