Un débat qui divise le champ politique camerounais
Depuis l'annonce de la réforme constitutionnelle portée par le président Paul Biya, la classe politique camerounaise est en ébullition. Le ministre Grégoire Owona, secrétaire général adjoint du comité central du RDPC, a pris la plume pour recadrer ses adversaires avec une virulence calculée.
Ce que dit Owona, et pourquoi ça tranche
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Le ministre ne mâche pas ses mots. Il rappelle qu'en 1982, Paul Biya est devenu président par nomination un décret, sans élection et que "tout le pays a applaudi". Sa cible principale : Maurice Kamto, leader du MRC, qui conteste l'instauration d'un poste de vice-président non élu.
Owona avance un argument historique : si la nomination sans suffrage était acceptable en 1982, pourquoi serait-elle illégitime aujourd'hui ? Il vise aussi Rebecca Enonchong, tech-entrepreneure et voix critique influente, qu'il associe à ce qu'il nomme des "campagnes de désinformation".
L'accusation centrale : un passé RDPC que Kamto nierait
Le coup le plus dur porte sur le parcours partisan de Kamto. Owona dresse une trajectoire en quatre actes : le SDF, puis le RDPC, puis le MRC soutenu par le FCC, puis le MANIDEM appuyé par une faction de l'UPC, et retour au MRC.
Ce nomadisme politique terme qu'Owona emploie comme une accusation servirait à délégitimer la crédibilité de Kamto sur les questions constitutionnelles. "Faites vos trois années de militantisme au MRC avant de vous proclamer président de ce parti", lui lance-t-il directement.
Une guerre de légitimité, pas de droit
Derrière la polémique, le mécanisme est lisible. Owona ne répond pas juridiquement aux objections constitutionnelles. Il attaque la légitimité personnelle de ses contradicteurs.
En rappelant que Kamto "était heureux de rentrer de l'étranger" en 1982 à l'arrivée de Biya, il cherche à retourner l'argument moral. Ce procédé invalider la critique par le passé du critique est une stratégie rhétorique classique en période de réforme sensible.
La réforme constitutionnelle camerounaise en cours touche directement la question de la succession présidentielle. Le vice-président non élu, nommé par le chef de l'État, concentrerait un pouvoir de continuité sans mandat populaire direct. C'est ce point précis que l'opposition conteste.
Ce que cette querelle révèle du Cameroun de demain
Le débat polarise davantage un espace politique déjà fragmenté. Les opposants coordonnent pétitions et prises de parole publiques. Le pouvoir répond par la disqualification biographique.
La vraie question est institutionnelle : une démocratie peut-elle asseoir durablement une succession non élective ? La succession présidentielle au Cameroun devient un enjeu régional. Les États voisins observent. Les bailleurs internationaux aussi.
L'implication de figures comme Rebecca Enonchong respectée dans les cercles tech africains et internationaux élargit la visibilité du débat bien au-delà des frontières camerounaises.
Et maintenant : qui légitime qui ?
Grégoire Owona a choisi l'offensive. Maurice Kamto a choisi la résistance constitutionnelle. Entre les deux, une question reste entière : dans une démocratie en construction, qui détient le droit de définir les règles du jeu et surtout, au nom de qui ?