Paul Bérenger, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall ont démissionné du MMM hier, l'annonçant par le biais d'une lettre adressée au secrétaire général du parti, Rajesh Bhagwan, et rompant avec un parti que le premier a contribué à fonder en 1969. Nad Sivaramen, directeur des publications de La Sentinelle, décortique ce tournant historique sur le plateau de Décryptage avec le journaliste Stewelderson Casimir.
C'est une rupture que peu avaient anticipée. «C'est un moment historique car le MMM et Paul Bérenger ont toujours été associés. On ne parle pas de Bérenger sans mentionner le MMM et on ne parle pas du MMM sans mentionner Bérenger. Cette décision, j'imagine, prend beaucoup de personnes de court», analyse Nad Sivaramen.
Pour lui, les signes avant-coureurs étaient pourtant lisibles. En effet, l'express avait publié, dès les premières semaines de janvier, un article titré «Will the MMM split again?» citant plusieurs anciens membres démissionnaires de la direction du parti.
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Interrogé par Stewelderson Casimir sur une éventuelle continuité entre ces démissions et celle de Bérenger, le directeur des publications est sans ambiguïté : «Cet article disait, dès les premières semaines de janvier, que la cassure était inévitable au sein du MMM, de par les déclarations de Bérenger qui critiquait le gouvernement de l'intérieur et qui dévoilait des discussions eues au sein du Conseil des ministres. C'était une position intenable pour lui. Il pensait sûrement que son état-major allait le suivre. Or, cela n'a pas été le cas cette fois-ci.»
1982, 1995, 2024
Nad Sivaramen replace la démission dans une perspective historique. Il rappelle qu'il y a eu trois 60-0 dans l'histoire politique du pays : en 1982, 1995 et 2024. À ces trois occasions, Bérenger a été partenaire de ces gouvernements et, à chacune de ces occasions, il a quitté le gouvernement ou s'est fait révoquer. Il revient également sur les instances du MMM : le Bureau politique, le Comité central et l'organe suprême, l'Assemblée des délégués. Nad Sivaramen explique que depuis quelque temps, aucun des trois organes n'a suivi l'ex-leader.
Résultat : deux camps se font face : «Il y a plusieurs raisons pour lesquelles le MMM reste au gouvernement. La bande des 15 va donner une série de raisons et la bande des 3 - Bérenger, Baboolall et (Joanna) Bérenger -, une autre série de raisons.»
Qui sera le leader de l'opposition ?
Quid de la succession à la tête du MMM ? Pour le directeur des publications, la question est épineuse : «Je pense que le MMM ira vers une direction collégiale dans un premier temps, au lieu de désigner un leader qui va remplacer Paul Bérenger. Il ne sera pas évident de le remplacer. N'importe qui sera placé dans ce rôle sera victime d'une comparaison perpétuelle avec un monstre sacré de la politique mauricienne. Paul Bérenger est là depuis 50 ans. Ce sera difficile.»
La démission soulève aussi une question institutionnelle : qui sera leader de l'opposition ? Nad Sivaramen explique : «Paul Bérenger sera, avec son nouveau parti, au nombre de trois au Parlement. Il a fait comprendre hier à l'express qu'il ne va pas bousculer les choses et va laisser les institutions travailler. Mais, selon la loi, il a le plus grand nombre avec trois députés, devant Joe Lesjongard du Mouvement socialiste militant, Adrien Duval du Parti mauricien social-démocrate et Franco Quirin, qui est un ex-MMM.
Le cas de Quirin est intéressant : en tant qu'indépendant, est-ce qu'il est désormais dans l'opposition ou dans le gouvernement ?»
Nad Sivaramen aborde également le débat autour du terme «vrai militant», avant d'évoquer le cas de Danielle Perrier, la belle-soeur de Paul Bérenger, nommée ambassadrice au Mozambique après la victoire aux élections de 2024. Cette dernière n'a pas, remarque- t-on, quitté le gouvernement ou son poste d'ambassadrice. Au-delà du politique, c'est aussi une rupture symbolique. Nad Sivaramen observe : «Paul Bérenger renonce au symbole coeur, à la couleur mauve et au MMM.
C'est une dissociation qui va prendre du temps pour rentrer dans l'imaginaire des Mauriciens.» Avant de conclure : «Et demain, au Parlement, le nouveau parti de Paul Bérenger pourrait ravir le leadership de l'opposition.»