La réserve naturelle communautaire de Dindéfélo (RNCD) et sa cascade, dernier sanctuaire des chimpanzés d'Afrique de l'Ouest, comptent désormais parmi les circuits touristiques les plus prisés au Sénégal. Mais cette reconnaissance s'accompagne d'une pression sur la nature, amplifiée par l'impact du changement climatique. Les acteurs, conscient des enjeux de la préservation de ce cadre exceptionnel, misent tout sur le tourisme durable.
La réserve naturelle de Dindéfélo, dans la région de Kédougou (sud-est) accueille régulièrement des touristes venus du Sénégal et des pays européens, attirés par la beauté du site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Un centre d'accueil sert de siège à la réserve qui vit des retombées des visites de touristes encadrés par des guides locaux, explique Mamadou Ba, actuel directeur de la réserve naturelle communautaire de Dindéfélo. La RNCD dispose aussi d'une plateforme de gestion des données statistiques pour orienter les touristes, afin de faire respecter les règles de la convention locale de la protection de l'environnement.
"Nous avons un gestionnaire des données et une assistante qui font la présentation de la réserve et de la cascade à tous les visiteurs. Il y a ensuite le collecteur qui reçoit le droit de visite", fixé à 1000 francs pour les nationaux, contre 2000 francs CFA pour les étrangers, détaille Mamadou Ba. Les touristes souhaitant aller à la rencontre des chimpanzés doivent en ce qui les concerne débourser 30 000 francs CFA, contre 3000 francs s'ils veulent contempler les oiseaux.
Ils sont accompagnés par des guides locaux sur les différents sites que sont la grande cascade, la grotte de Dandé, source de la cascade de Dindéfélo, et les autres cascades saisonnières de Afia, Ségou et Pélel. La moitié des recettes est utilisée pour motiver le personnel du centre d'accueil, les 20% servent à l'entretien des sites touristiques, les 30% restants revenant à la commune, a indiqué M. Ba, par ailleurs professeur de sciences et de mathématiques au lycée de Dindéfélo.
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L'association régionale des guides touristiques de Kédougou conduit, en parallèle, des actions de développement durable pour une meilleure protection de la cascade de Dindéfélo. Les membres de cette association nettoient les lieux publics et sites touristiques, organisent aussi des séances de sensibilisation dans tous les villages concernés par la gestion de la réserve naturelle et de sa cascade. "Nous unissons nos forces avec la réserve communautaire de Dindéfélo en prenant en compte surtout la question environnementale de la cascade", souligne Moctar Diallo dit "Yékini", le président de l'association des guides locaux.
Diallo dirige aussi une association environnementale dénommée "L'arbre à palabre de Dindéfélo", qui appuie toutes les initiatives locales, dont l'installation de poubelles publiques à la cascade.
Des initiatives locales de protection de la nature
Elizabeth Faye, venue de Dakar, visite pour la première fois la cascade emblématique. "C'est un endroit magnifique, et il fait très frais ici, alors que nous sommes en période de forte chaleur dans la région de Kédougou", avance-t-elle avec un grand sourire. A côté d'elle, Seydou Diallo, originaire de Kédougou, la capitale régionale, semble davantage impressionné par les initiatives locales de protection de l'environnement. "Nous avons vu des poubelles publiques un peu partout sur la route et jusqu'à la cascade, pour lutter contre les déchets plastiques et sauvegarder la nature. En plus, nous avons un bon climat à la cascade", dit-il.
Le Conseil départemental de Kédougou n'est pas en reste dans les initiatives mises en place pour protéger la nature. L'institution locale a adopté une politique inclusive et holistique dans le cadre de la coopération avec l'Isère, en France, à travers le programme "La Piste du Caméléon" (2025 à 2027).
"Il s'agit des territoires dont les populations vivent d'agriculture, d'élevage et de produits forestiers non ligneux et autres. Ce programme intègre des initiatives d'appui en faveur des activités communautaires agricoles, comme le périmètre maraîcher du centre de formation professionnelle pour filles de Thiabékaré, l'accompagnement de la réserve de Dindéfélo", indique son vice-président, Amadou Sega Keita. Selon l'élu local, certaines activités de formation propres à la réserve naturelle de Dindéfélo bénéficient d'un accompagnement financier du Conseil départemental.
Amadou Sega Keita précise que, de manière générale, toute politique d'adaptation au changement climatique devrait être inclusive et plurisectorielle. La réserve naturelle de Dindéfélo ayant fait de l'écotourisme une priorité, il se développe en son sein une activité socioéconomique maîtrisée, compatible avec la conservation de la nature. Ce mouvement est accompagné par l'Université de Huelva, en Espagne, qui apporte sa contribution à cette dynamique, pour une amélioration de la qualité de l'offre touristique.
"Nous sommes un partenaire technique de la réserve et nous les aidons sur différentes initiatives, notamment à faire des reboisements et à élaborer le plan de gestion environnemental. Nous avons aussi accompagné la réserve sur un programme de sensibilisation auprès des écoles", a déclaré Murielle Basile, coordonnatrice de la coopération internationale de l'Université de Huelva. Le soutien de l'Université de Huelva consiste à accompagner l'option des acteurs locaux en faveur de l'écotourisme, à travers des initiatives financées par l'Agence andalouse de coopération internationale pour le développement (AACID).
"Nous avons accompagné les groupements [de promotion féminine] pour l'ouverture d'une boutique de production des produits locaux à Dindéfélo, et nous avons clôturé le jardin communautaire de Mboulako pour la diversification de leurs productions", a-t-elle détaillé. La coopération andalouse a par ailleurs financé des sessions de formation sur les ressources locales (la faune, la flore, les cultures et traditions) pour renforcer les capacités des guides touristiques pour mieux ancrer leur activité dans la dynamique du tourisme durable.
Des pépinières communautaires impactées par une forte pénurie d'eau
Selon Murielle Basile, l'Université de Huelva accompagne en outre la commune de Dindéfélo pour la création d'un Géoparc pour valoriser la diversité et l'ancienneté des roches de la réserve naturelle communautaire de Dindéfélo, en misant sur une reconnaissance de l'Unesco.
"On fait des supports de communication pour le tourisme et on accompagne les femmes sur des cours de cuisine et les guides sur des cours de tourisme avec l'Ecole nationale d'hôtellerie, de tourisme de Dakar", a-t-elle ajouté. L'Université de Huelva déroule, en parallèle, des activités de conservation de l'environnement dans la commune de Ninéfécha. "En fait, explique Murielle Basile, la commune de Ninéfécha agit comme un corridor et un territoire intermédiaire entre le Parc national de Niokolo Koba et la réserve naturelle communautaire [de Dindéfélo], en protégeant Ninéfécha, on crée une continuité entre ces deux espaces".
D'après la coordonnatrice de la coopération internationale de l'Université Huelva, la protection et la valorisation du patrimoine culturel et environnemental local peuvent compter sur des paysages remarquables, une grande richesse en termes de biodiversité, en plus de tout ce que peut apporter le label "Pays Bassari". "Ce sont les populations qui ont réussi à conserver leur patrimoine culturel et naturel en bon état et jusqu'à maintenant", a-t-elle commenté.
L'Institut Jane Goodall, une organisation mondiale de protection de la vie sauvage et de l'environnement basée en Virginie, aux Etats-Unis, a aussi implanté une station biologique à Dindéfélo depuis 2013, une infrastructure ouverte aux universités, aux chercheurs et étudiants du monde entier. Cette station est aussi considérée comme un lieu de recherches, de formation des étudiants régionaux et nationaux, qui devrait à terme apporter au territoire de Dindéfélo les moyens d'assurer sa sécurité alimentaire.
L'Institut Jane Goodall, à travers son département d'agroforesterie dédié au renforcement de la souveraineté alimentaire et à la restauration écologique, a distribué 15 000 arbres fruitiers à des ménages et reboisé 15 000 autres arbres sauvages sur le territoire de Dindéfélo, en partenariat avec l'Université Huelva. Cette initiative vise à renforcer la souveraineté alimentaire en contribuant à réduire la pression exercée sur certaines espèces forestières de la réserve naturelle communautaire de Dindéfélo, selon Justin Hamilton, coordonnateur de recherche et restauration écologique à l'Institut Jane Goodall au Sénégal.
Il s'y ajoute que pour le compte de la même initiative, plus de cinq pépinières ont été installées dans des villages de la commune de Dindéfélo, selon Diba Diallo, assistante polyvalente de l'Institut, compte non tenu de beaucoup d'autres initiatives communautaires se traduisant par des sensibilisations, des formations en production de pépinières.
Murielle Basile met en exergue l'échange de conseils pratiques entre les employés de l'Université de Huelva et ceux de l'Institut Jane Goodall, depuis plusieurs années, pour un meilleur entretien des pépinières de Dindéfélo et Nandoumary.
Les pépinières communautaires de Dindéfélo se trouvent toutefois confrontées à un problème d'approvisionnement en eau, poussant l'Université de Huelva à réfectionner le puits du jardin de Tanaghé et l'institut Jane Goodall à creuser le puits de la pépinière de Ségou. A Ségou, Tanaghé, Mboulako, Péloun, Dian Wéli, Nandoumary et Diogoma, le visiteur est frappé par un long alignement de récipients qui attendent d'être remplis sous les yeux de leurs propriétaires. Des hommes et des femmes viennent s'approvisionner en eau à l'unique puits ou borne fontaine de chaque village de la commune de Dindéfélo.