Tambacounda — Les femmes de Goudiry font de la restauration des ressources forestières de ce département de la région de Tambacounda (est) un combat quotidien. Ils produisent des pépinières destinées au reboisement, à l'arboriculture et à l'exploitation de projets maraîchers agroécologiques.
Le département de Goudiry, d'une superficie de 17 057 kilomètres carrés, correspondant à l'ancienne province du Boundou. La ville chef-lieu de département est située à environ 110 kilomètres de la capitale régionale, Tambacounda, et à 618 kilomètres de Dakar. Le climat du département de Goudiry est chaud et sec. Cette circonscription administrative compte six forêts classées de 267 433 hectares. On y dénombre six massifs d'une superficie totale de 220 388 hectares.
Cependant, l'écologie du Boundou subit de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique, une situation aggravée par l'exploitation abusive et clandestine du bois et les feux de brousse. La pression sur la végétation de Goudiry s'accentue. Ses écosystèmes forestiers sont de plus en plus exploités en raison de la stricte surveillance forestière dont les régions méridionales de Sédhiou, Kolda et Ziguinchor sont l'objet.
Un engagement communautaire
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En milieu de journée de ce mois d'avril, les chauds rayons de soleil inondent de lumière les nombreux baobabs de Goudiry. Plusieurs groupements de femmes du département mènent des activités de reboisement. Ils plantent des arbres fruitiers : manguiers, citronniers, baobabs, etc. Sont également plantées des espèces en voie de disparition dans cette partie du Sénégal où règnent une longue saison sèche et une courte saison des pluies.
À Didé Gassama, un village de la commune de Toumboura, dans l'arrondissement de Kéniéba, à 57 kilomètres de la ville de Goudiry, la chaleur est accablante. Il faut plus d'une heure de route pour y arriver. En passant par la commune de Koussan.
Un vent chaud et sec souffle sur Didé Gassama. La température est de 40° C au moins. Soudain, un tourbillon se lève et se propage dans la réserve naturelle communautaire du Boundou. À Didé Gassama, le groupement d'intérêt économique (GIE) Allah Tantou (Grâce à Dieu) fait preuve d'un engagement communautaire pour la restauration des ressources forestières. Il exploite un périmètre agroforestier de 10 hectares, avec le soutien financier du Conservatoire de la réserve naturelle communautaire du Boundou et la coopération du département de l'Isère, en France. "Un habitant, un arbre" est le slogan, ici.
Les femmes du GIE Allah Tantou pilotent parallèlement un projet maraîcher agroécologique, avec l'aide du "Fonds pour l'environnement mondial pour investir dans notre planète". Dans ses deux jardins entretenus avec un forage fonctionnant entièrement à l'énergie solaire, le GIE Allah Tantou s'active dans la restauration des écosystèmes forestiers dégradés. Il entretient des pépinières et mène des activités de reboisement.
Fatoumata Gassama, la présidente du GIE Allah Tantou, nous fait visiter les pépinières, sous la canicule. "Ici, nous produisons des pépinières forestières destinées au reboisement. Nous plantons des arbres fruitiers et d'autres espèces, que nous recommandent les gestionnaires de la réserve naturelle communautaire du Boundou", explique Mme Gassama.
Régénération écologique
Dans le périmètre arboricole du GIE Allah Tantou, les pépinières se portent bien, malgré la chaleur et l'aridité des sols. "Nous les utilisons pour reboiser notre forêt", dit Mme Gassama d'un léger sourire, signe de sa passion de contribuer à la revitalisation de la forêt du Boundou. Les femmes du village de Didé Gassama, elles, se lancent dans la sauvegarde de l'environnement. À Mbangol, un village de l'arrondissement de Balla, on constate la même dynamique communautaire. L'élevage est la principale activité des populations.
Ici, le cheptel se promène dans des rues sablonneuses. La volaille, elle, picore joyeusement devant les concessions. Mbangol est un écovillage composé majoritairement de cases en paille. De grands baobabs le surplombent. Ils sont l'emblème de la forêt du Boundou. Dans ce village, les femmes réunies dans un GIE se lancent depuis cinq ans dans la régénération écologique de Balla, une commune située au coeur du Boundou, à 53 kilomètres de la ville de Goudiry.
"Nous fabriquons nous-mêmes des fertilisants naturels"
Dans ce périmètre agroforestier d'un hectare, situé juste à côté de l'école primaire du village, les femmes s'investissent aussi dans la production de pépinières forestières destinées au reboisement des espaces publics, dont les établissements scolaires de la zone. Oumou Camara est la présidente du groupement d'intérêt économique des femmes de Mbangol. "L'engagement communautaire des femmes de Mbangol pour l'environnement est exemplaire. Depuis la naissance de notre association, nous entretenons des pépinières destinées au reboisement des écoles et de la forêt", dit-elle sous les acclamations des autres membres du GIE.
"Nous sommes déterminées à poursuivre notre travail avec l'aide des services des eaux et forêts, car nous avons compris l'importance des arbres pour notre cadre de vie. Nous menons des activités de maraîchage, mais pas avec des produits chimiques. Nous fabriquons nous-mêmes des fertilisants naturels", témoigne Mme Camara.
Le périmètre maraîcher des femmes de Mbangol a été aménagé avec le soutien financier d'ActionAid Sénégal. Mais les femmes sont confrontées à des difficultés liées à l'accès à l'eau et au matériel agricole. Elles souhaitent que les organisations chargées de la protection de l'environnement les aident à disposer d'un forage. "Actuellement, nous n'avons que ce mini-forage, qui est utilisé par tout le village", dit Oumou Camara.
Un sol aride
La végétation du Boundou est dominée par certaines espèces, dont le combretum glutonosum, qui très utilisé pour la carbonisation, en raison de sa forte capacité à se régénérer. Le baobab - appelé scientifiquement adansonia digitata -, dont les fruits et feuillages sont très prisés dans la région de Tambacounda, est fortement présent dans le Boundou. Le département de Goudiry se caractérise aussi, par endroits, par un sol extrêmement dur et latéritique, où les racines de beaucoup d'arbres se développent très lentement.
Depuis des années, Goudiry connaît une pression constante sur les écosystèmes accentuée par les effets destructeurs de l'environnement, lesquels nécessitent une réponse communautaire forte et organisée. Dans les villes de Goudiry et de Kothiary, les femmes ont compris que la préservation de l'environnement est plus que nécessaire.
Il est presque 19h dans la ville de Goudiry, le soleil s'apprête déjà à disparaître dernière l'horizon, entraînant une baisse des températures dans ce département de Tambacounda. Dans ce jardin de quatre ha situé au cœur de la ville, souffle un vent doux du fait feuillages des arbres. Ici, plusieurs groupements de femmes de la commune de Goudiry s'activent dans l'agroécologie et l'arboriculture.
Des femmes membres de plusieurs groupements féminins travaillent dans le périmètre agroforestier, pour la production de pépinières. Elles plantent des arbres fruitiers ainsi que d'autres espèces grâce au soutien du service des eaux et forêt de Goudiry", renseigne Sira Dème, présidente d'un GIE travaille dans ce périmètre. Les femmes du département de Goudiry ont compris les enjeux liés au réchauffement climatique, en contribuant aux actions de reboisement pour réhabiliter la forêt du Boundou. Elles veulent avoir plus d'espaces aménagés pour concrétiser leur engagement et des financements, pour rendre verte la ville de Goudiry.
L'agroécologie, pour préserver l'environnement de Kothiary.
Dans le département Goudiry, l'engagement communautaire des femmes ne se limitent pas seulement à la restauration des écosystèmes. Au-delà des actions de reboisement et production de pépinières, les femmes s'activent aussi dans l'agro-écologie, avec des méthodes efficaces qui leur permettent de satisfaire leurs besoins tout en préservant durablement la richesse de la terre.
A Kothiary, commune du département de Goudiry située à 23 kilomètres de la ville de Tambacounda, l'association des femmes Héra Macono (jardin de la paix en français) exploite depuis 2012 un périmètre agroforestier de plus d'un hectare. Elles s'activent dans le reboisement, la plantation de pépinières et surtout dans l'agriculture biologique. Ce périmètre agroforestier fonctionne grâce à un mini forage acquis dans cadre du projet régional Manantali financé par la Banque mondiale.
Dans ce périmètre agroforestier, on retrouve des citronniers, des manguiers, des anacardiers, des orangers et des papayers. Ici, les femmes n'utilisent que des fertilisant bio.
80.000 plants reboisés en 2025 au niveau du département de Goudiry
"Avec cette technique, nous produisons en qualité et en quantité tout préservant l'environnement. Ici nous n'avons pas besoin des produits chimiques, nous fabriquons nous mêmes le compostage grâce à l'appui du Projet MEDA. Nous sommes préparées à tous les niveaux grâce aussi au soutien des services des Eaux et Forêt et du maire de Kothiary", a déclaré Rama Diop, présidente du groupement Héra Macono de Kothiary.
Elle soutient qu'en cas d'attaques des plantes par des ravageurs, les femmes utilisent des méthodes culturales écologiques pour faire face sans recours aux produits chimiques. "En tout cas, si nous avons un soutien, nous avons l'ambition de planter des arbres partout dans la commune de Kothiary", a-t-elle dit. Dans le département de Goudiry, le service des Eaux et forêts a produit en 2025, au total 112 000 plants d'arbres et reboisé environ 80000 plants avec des reliquats de plants au niveau des pépinières.
Dans ce travail de reboisement, les femmes jouent un rôle important dans la régénération des ressources forestières à travers le reboisement, les activités de production de plants, dans le cadre des aménagements de certains massifs forestiers, à travers un comité intervillageois.
Plaidoyer pour l'accès aux financements de protection de l'environnement
Les actions de sensibilisation menées surtout avec la mise en place de la réserve naturelle communautaire du Boundou ont permis de sensibiliser les femmes et les hommes sur l'importance de la préservation des ressources naturelles, a salué le capitaine Amadou Sarr, chef de secteur des eaux et forêts de Goudiry. Les femmes sont de plus en plus conscientes de la nécessité de protéger ces ressources, en s'impliquant beaucoup dans les activités de reboisement surtout dans la production des plants au niveau des pépinières, a-t-il dit.
"Nous sollicitons régulièrement les femmes pour le rempotage au niveau des pépinières. Dans toutes les activités où nous avons l'implication des femmes notamment au niveau des vergers communautaires ou des jardins, nous enregistrons des résultats importants", a-t-il magnifié. De Didé Gassama, en passant par Mbangol, à Goudiry jusqu'à Didé, les femmes restent déterminées à oeuvrer pour la sauvegarde de l'environnement et de ses écosystèmes. En attendant, des financements des organisations oeuvrant pour la protection de l'environnement, elles poursuivent leur engagement pour la sauvegarde de l'environnement dans le Boundou.