Tunisie: Jusqu'à 4 000 euros pour rentrer - La colère des Tunisiens de l'étranger

14 Avril 2026

À quelques semaines de la saison estivale, les Tunisiens résidant à l'étranger se heurtent à un coût de retour devenu insupportable. Invité de la Radio nationale le 13 avril 2026, Hassan Laribi, président de la Fédération Tunisienne des Travailleurs à l'Étranger (FTTE), a appelé l'État à reprendre son rôle de régulateur, à consulter réellement la diaspora avant de légiférer en son nom, et à prendre conscience que c'est le lien même entre les nouvelles générations et la Tunisie qui est en jeu.

Hassan Laribi a placé la question du coût des billets au centre de son intervention. Pour une famille de cinq personnes composée de deux parents, trois enfants et un véhicule, le seul poste transport représente entre 3 500 et 4 000 euros, que ce soit sur la Compagnie Tunisienne de Navigation ou sur Tunisair. En ajoutant les dépenses engagées sur place, estimées à 20 ou 30 millions de millimes, c'est l'équivalent de deux mois de salaire que doit mobiliser un foyer pour un séjour estival ordinaire. Le président de la FTTE a conclu que pour l'écrasante majorité des Tunisiens établis à l'étranger, rentrer en famille relevait désormais de l'impossible.

Le responsable associatif a insisté sur une dimension qu'il juge plus grave encore que le seul aspect financier. Les Tunisiens de la première génération, a-t-il expliqué, continuent de faire l'effort de revenir par attachement profond à leurs origines, à leur famille, à leur pays. Mais leurs enfants, nés et élevés en Europe, grandissent dans une culture différente, avec des frontières ouvertes sur le monde entier et d'innombrables destinations concurrentes. Si l'État ne crée pas les conditions de leur retour, ces jeunes n'auront aucune raison de conserver un lien avec la Tunisie, et c'est un lien national, culturel et économique qui sera durablement rompu.

Des réductions ciblées, pas la gratuité

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Hassan Laribi a tenu à clarifier la position de la Fédération : la FTTE ne réclame pas la gratuité des billets et reconnaît les contraintes économiques que traversent les pays d'accueil comme la Tunisie elle-même. Ce qu'elle demande, c'est la mise en place de réductions ciblées en faveur des retraités, des familles et des profils les plus défavorisés, des mécanismes que des responsables compétents au sein de l'État seraient tout à fait en mesure de concevoir.

Face à des promesses d'aide restées sans suite, la FTTE a choisi de s'adresser directement au chef de l'État, dont les recommandations publiques sur le retour estival des TRE constituaient selon Laribi un signal positif qu'il convient désormais de traduire en actes. Le président de la Fédération a rappelé que son organisation emprunte exclusivement des voies officielles et légales pour porter la voix des Tunisiens de l'étranger.

L'intervenant a élargi le débat au-delà des tarifs, citant également les retards des vols et des traversées, ainsi que la qualité insuffisante des services. Il a surtout plaidé pour que les TRE soient reconnus pour ce qu'ils sont : un pilier de l'économie nationale, à travers les transferts de fonds qu'ils opèrent. Cette réalité devrait, selon lui, fonder une nouvelle relation entre l'État tunisien et sa diaspora, dans laquelle l'État réinvestirait pleinement son rôle de régulateur, aussi bien sur les prix que sur l'ensemble du secteur des services.

Les mesures de février 2026 contestées dans leur méthode

Interrogé sur les mesures préférentielles annoncées en février 2026 en faveur des TRE, Hassan Laribi a répondu avec franchise. Il a estimé qu'aucune décision ne pouvait être valablement prise au nom des Tunisiens de l'étranger par des responsables vivant en Tunisie, qui ne connaissent pas leur réalité quotidienne. Par symétrie, a-t-il ajouté, il serait tout aussi illégitime pour un TRE de décider des affaires intérieures tunisiennes sans en vivre les conséquences. Les décisions concernant la diaspora doivent être co-construites avec ses représentants.

Le président de la FTTE a replacé la situation dans son contexte international : la crise économique mondiale, les séquelles de la pandémie et l'inflation ont dégradé le pouvoir d'achat dans l'ensemble des pays d'accueil. À cela s'ajoutent la réduction des remboursements de soins de santé et une perte générale de mobilité. Ces contraintes cumulées justifient, selon lui, une intervention résolue de l'État tunisien en faveur de sa communauté à l'étranger.

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