Afrique: Tournée africaine de Léon XIV - «On profite de la visite du pape pour lui dire que ça ne va pas au Cameroun»

Après l'Algérie (13-15 avril), et en attendant l'Angola (18-21 avril) et la Guinée équatoriale (21-23 avril), le pape Léon XIV se rend au Cameroun du 15 au 18 avril 2026. Ce sera la quatrième fois qu'un souverain pontife se rend dans ce pays en 43 ans de présidence Paul Biya. Pour des représentants de la société civile, des politiques, ou de l'épiscopat, cette venue est l'occasion de porter des revendications.

À la veille de cette visite du pape au Cameroun, plusieurs acteurs de la société civile et de la classe politique se mobilisent pour faire passer des messages. Ainsi, Makini Tchameni, l'épouse de l'homme politique détenu Djeukam Tchameni, Alice Nkom, avocate et porte-parole de l'ancien ministre-candidat à la présidentielle Issa Tchiroma Bakary, et la journaliste Henriette Ekwé, cosignent un mémorandum qu'elles ont remis le 13 avril à l'archevêque de Douala.

Elles demandent à Monseigneur Samuel Kleda de plaider auprès de Léon XIV la cause des détenus, arrêtés dans le cadre de la crise anglophone et des crises post-électorales. « Le président est un fervent catholique, rappelle Henriette Ekwe au micro d'Amélie Tulet, au sujet de Paul Biya, réélu le 12 octobre 2025 pour un huitième mandat. Il s'assure toujours qu'un pape vienne. On profite de la visite du pape pour lui dire que ça ne va pas au Cameroun. Parce qu'en dehors d'un pape, personne n'a d'autorité morale sur le président camerounais. Il fait ce qu'il veut et quand on sort, il nous tire dessus ».

Elle poursuit : « On aurait pu penser qu'étant donné qu'il y a une crise électorale, il ne serait pas venu. Mais la visite est maintenue. Alors on profite de sa visite pour lui présenter le mémorandum pour libérer tous les prisonniers politiques et pour laisser ceux qui ont quitté le pays, dont Issa Tchiroma Bakary, que tout le monde rentre au Cameroun. »

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« Nous avons besoin de paix, de nous réconcilier »

De son côté, l'archevêque de la ville de Douala, Monseigneur Samuel Kleda, qui avait dénoncé le caractère non-réaliste d'une nouvelle candidature du chef de l'État à plus de 90 ans, rappelle que le message de justice, de paix, d'amour et de réconciliation que porte l'Évangile, et donc le pape, englobe tous les problèmes que vit actuellement le Cameroun. « Nous avons besoin de paix, de nous réconcilier, insiste-t-il au micro d'Amélie Tulet. Je suis à Douala où beaucoup de personnes ont été tuées. Il y a eu des personnes arrêtées qui ne sont pas libérées. Ce sont surtout des jeunes qui avaient manifesté les mains libres. Et ils sont encore en prison. Et puis les gens n'ont pas totalement accepté le verdict des urnes, parce que cela ne reflète pas la réalité ».

Il poursuit : « Moi, je dis que c'est un problème de justice. Ce qui résume tout cela, c'est le bien de l'homme. Cela est au coeur même du message que le pape pourra nous livrer. Le pape ne va pas dire qu'il ne touche pas à tel ou tel problème qui touche la personne humaine. C'est pour cela que le pape vient. Pour moi, et pour nous tous d'ailleurs, après la visite du pape, nous devrons tout faire pour que tous ces problèmes trouvent des solutions. »

Après Yaoundé, la visite de Léon XIV le conduira aussi à Bamenda, capitale de la région anglophone du Nord-Ouest, une des deux régions endeuillées depuis plus de 8 ans par un conflit entre forces gouvernementales et groupes armés séparatistes. Le souverain pontife ira aussi à Douala, capitale économique du Cameroun, réputée ville frondeuse où des centaines de personnes arrêtées dans le cadre de la crise post-électorale qui a suivi la présidentielle d'octobre dernier et la proclamation de la victoire de Paul Biya pour un huitième mandat après 43 années à la présidence, sont toujours en prison.

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