Soudan: À l'aube de la quatrième année de guerre, l'ONU alerte sur une « crise abandonnée »

14 Avril 2026

Alors que la guerre au Soudan entre dans sa quatrième année, des civils continuent d'être tués, déplacés et soumis à des violences sexuelles généralisées, a averti lundi la principale responsable humanitaire de l'ONU dans le pays, appelant à une action urgente pour mettre fin aux combats et protéger les populations.

Denise Brown a décrit une crise marquée par un cycle d'abus et de souffrances.

« Nous sommes vraiment dans un cycle qui se répète au Soudan -- violences sexuelles, déplacements, morts : tout se répète », a déclaré la Coordonnatrice humanitaire des Nations Unies au Soudan, en visioconférence depuis Khartoum, lors d'un point de presse au siège de l'ONU à New York.

Massacres et violences sexuelles

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Des rapports du bureau des droits de l'homme de l'ONU et de partenaires humanitaires font état de viols généralisés, y compris de viols collectifs, en particulier au Darfour.

Ces violences sexuelles « s'inscrivent dans un schéma systémique, et les femmes et les filles en subissent les conséquences », a déploré Mme Brown.

Au cours de l'année écoulée, les humanitaires au Darfour ont pris en charge près de 2.500 survivantes de violences sexuelles. L'impact dépasse largement les victimes directes.

« Il faut aussi s'attaquer aux grossesses résultant de ces violences, et à leurs conséquences pour les victimes, les familles, les communautés -- et surtout pour les enfants », a précisé la responsable humanitaire.

Signalant que la Mission internationale indépendante d'établissement des faits de l'ONU pour le Soudan évoque désormais des signes caractéristiques de génocide, Mme Brown a également pointé les massacres autour d'El Fasher, où, selon des informations vérifiées, 6.000 personnes auraient été tuées en trois jours -- « un bilan probablement bien sous-estimé ».

Prévenir plutôt que subir

La Coordonnatrice humanitaire a exhorté la communauté internationale à faire bien davantage pour prévenir les atrocités.

« Pourquoi l'indignation mondiale ne se traduit-elle pas en action ? Que faut-il de plus ? », a-t-elle lancé.

Les États Membres « doivent examiner l'économie de guerre, les ressources mobilisées et les flux d'armes afin de trouver une véritable issue à ce conflit », ainsi que l'application de l'embargo sur les armes au Darfour.

Également Coordonnatrice résidente, Mme Brown a précisé que les agences de l'ONU, les ONG internationales et les organisations soudanaises restent présentes dans tout le pays, faisant le maximum pour aider les populations à survivre.

Mais l'action humanitaire ne peut se substituer à une solution politique pour mettre fin à la guerre.

« Nous sommes présents... mais nous ramassons les morceaux : nous ne sommes pas la solution », a-t-elle affirmé.

Dilling sous le feu, civils piégés

Parmi les zones les plus préoccupantes figure Dilling, dans le Kordofan du Sud. Des convois humanitaires ont finalement pu atteindre la ville après des années de difficultés, et une visite a été possible en mars -- avant que la localité ne soit de nouveau attaquée.

Aujourd'hui, les convois ne peuvent plus y accéder, et les civils tentent à nouveau de fuir sous des bombardements quotidiens.

« Il n'existe aucun passage sûr pour sortir », a-t-elle déclaré.

La situation se dégrade également dans l'État du Nil Bleu, où près de 30.000 personnes auraient été déplacées par les récents combats.

Une lueur d'espoir subsiste toutefois : des communautés locales s'organisent pour contrer les discours de haine et soutenir des initiatives de paix à la base.

Un financement à la traîne

En 2025, le plan humanitaire pour le Soudan n'a été financé qu'à 35 %, et l'appel de 2,9 milliards de dollars pour 2026 n'est couvert qu'à 16 %, a regretté Mme Brown.

« Une tente reste une tente -- je n'ai pas de baguette magique -- elle ne se transforme pas en six tentes », a-t-elle souligné, illustrant l'impact concret de ce déficit tout en exprimant sa reconnaissance envers les donateurs.

Malgré la mobilisation des donateurs, les besoins restent immenses dans ce qu'elle décrit comme la crise « la plus vaste et la plus complexe ».

S'adressant aux journalistes, la haute responsable onusienne a enfin plaidé : « S'il vous plaît, ne qualifiez pas cela de crise oubliée. Je parle d'une crise abandonnée. »

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