À l'occasion de Varusha Pirappu, le Nouvel an tamoul, deux jeunes frères ont choisi de faire résonner bien plus qu'une simple mélodie. Avec la sortie de leur nouvelle chanson, Kamatchi Meenakshi, Areeven Karayappa Naik, neuf ans, etson grand frère Arouven, 13 ans, mettent à l'honneur un héritage familial, une mémoire affective et une volonté affirmée de faire vivre la culture tamoule à travers la musique. Derrière ce projet se dessine une aventure artistique profondément enracinée dans la famille, portée par l'émotion, la transmission et l'espoir.
Pour les deux jeunes artistes, Kamatchi Meenakshi n'est pas née d'un simple exercice de création. Elle plonge ses racines dans l'histoire familiale. «Kamatchi Meenakshi est une chanson qui a toujours été chantée par nos grands-oncles, les frères de notre grand-mère paternelle. On a grandi en écoutant cette chanson, sans forcément connaître toutes les paroles originales.
Le jour où nous avons réussi à mettre la main sur les paroles complètes, on s'est tout de suite mis à les retravailler et à les adapter à notre style», confient-ils. Ce morceau, aujourd'hui revisité, apparaît ainsi comme un trait d'union entre les générations, entre la tradition orale et une sensibilité artistique plus contemporaine.
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Au-delà de sa dimension musicale, la chanson porte une charge intime forte. Pour Arouven et Areeven, elle renvoie à une mémoire familiale précieuse, faite de rassemblements, de joie partagée et de souvenirs tendres. «Pour nous, cette chanson reste avant tout une chanson familiale. Elle nous rappelle les bons moments passés ensemble : à la plage, lors des rassemblements familiaux, des mariages et d'autres occasions spéciales», expliquent-ils.
Ils soulignent aussi le rôle essentiel joué par leurs proches dans la renaissance de ce morceau. «C'est aussi une histoire de famille car c'est mon oncle, Arasen, qui a retrouvé les paroles et mon papa a reconstruit la chanson. Donc, cette chanson nous tient énormément à coeur, surtout pour tout cet aspect familial et les souvenirs qu'elle représente.»
La collaboration entre les deux frères semble, elle aussi, couler de source. Leur complicité s'est naturellement retrouvée dans ce projet. «Travailler ensemble est assez naturel pour nous. Nous nous comprenons rapidement, et notre papa est toujours là pour nous guider et combler les moments où nous ne sommes pas tout à fait d'accord», racontent-ils. Si chacun possède son propre style, ils disent parvenir à unir leurs idées pour bâtir un univers commun.
«Nous partageons nos idées, que ce soit pour les paroles, la mélodie ou le clip, et chacun apporte sa touche personnelle», précisent-ils. Dans cette dynamique familiale, le père occupe un rôle d'accompagnateur, presque de chef d'orchestre discret, veillant à préserver l'harmonie du projet.
Premier tournage
Le clip, lui aussi, a été conçu dans un esprit profondément familial. Le tournage a réuni des proches installés à Maurice comme à l'étranger, donnant à cette production une dimension encore plus touchante. «Tous les acteurs, actrices, danseurs et danseuses sont des membres de notre famille. Ils ont tous répondu présents, que ce soit à Maurice ou à l'étranger. Cela rend cette chanson encore plus personnelle et spéciale pour nous», expliquent Arouven et Areeven.
Le moment le plus marquant du tournage ne relève pas seulement de l'amusement, mais aussi de l'émotion. «Le moment le plus fort, c'était de se retrouver tous ensemble, à partager ces instants, entre rires, émotions et souvenirs, surtout après le décès de notre arrière-grandmère paternelle l'année dernière. Ce n'était pas juste un tournage ; c'était un vrai moment de vie en famille qu'on n'oubliera jamais», disent-ils avec émotion.
Comme souvent dans les projets artistiques, cette aventure n'a pas été exempte de défis. Les deux frères reconnaissent avoir dû apprendre, composer avec les contraintes et surmonter quelques désaccords. «Oui, comme dans tout projet, surtout que pour la plupart d'entre nous, c'était notre tout premier tournage. Parfois, nous n'étions pas d'accord sur certains choix ou nous manquions de temps. Mais le vidéographe et toute l'équipe ont été très patients et compréhensifs», racontent-ils.
Ces difficultés n'ont toutefois pas freiné leur élan. Au contraire, elles ont nourri leur progression. «Au final, ces défis nous ont permis de nous améliorer, d'apprendre et de rendre le projet encore plus fort», affirment-ils.
Dans leur univers musical, une grande figure occupe une place particulière : Désiré François. Les deux garçons ne cachent pas leur admiration pour cet artiste mauricien. «C'est notre idole. On adore ses chansons parce qu'elles touchent différentes facettes de la société et qu'elles parlent à tout le monde», disent-ils. Arouven cite Le Morne comme chanson préférée, tandis qu'Areeven mentionne Dipin griye.
Leur admiration a d'ailleurs pris une dimension concrète lorsqu'ils ont partagé une scène avec lui. «On a même eu la chance de jouer à ses côtés en 2025 lors d'un concert à l'auditorium J&J pour l'École de musique du Sud. C'était un moment incroyable pour nous. On était vraiment aux anges», se souviennent-ils.
Respect de la culture
Malgré leur jeune âge, Arouven et Areeven gardent les pieds sur terre. Ils savent que la musique exige du temps, tout comme l'école. «Ce n'est pas toujours facile, mais on essaie de bien organiser notre temps. L'école reste une priorité. Donc, on travaille sur la musique surtout après les cours, pendant le week-end et pendant les vacances», expliquentils. Une discipline déjà bien ancrée qui témoigne de leur sérieux et de leur volonté de poursuivre leur passion sans négliger leurs études.
À travers Kamatchi Meenakshi, les deux frères souhaitent transmettre un message clair à la jeunesse et au public en général : «On veut transmettre un message de respect pour notre culture et notre langue, tout en montrant qu'on peut aussi moderniser. On souhaite que le séga tamoul ne s'éteigne pas car c'est un cadeau qui nous a été transmis par nos ancêtres.»
Leur démarche va encore plus loin : elle se veut un appel à choisir des voies positives. «On veut aussi promouvoir la musique parmi les jeunes car on voit que la drogue et les autres fléaux prennent de plus en plus d'ampleur. À travers notre parcours, on espère leur montrer qu'il existe des chemins positifs, passionnants et porteurs d'avenir», déclarent-ils.
La réaction de leur entourage a été à la hauteur de l'investissement affectif placé dans ce projet. «Ils étaient très fiers et contents pour nous. Leurs encouragements nous ont beaucoup motivés à continuer», confient-ils. Portés par cette bienveillance, Arouven et Areeven regardent déjà vers l'avenir avec ambition. «Oui, on aimerait vraiment continuer dans la musique, créer encore plus de chansons et partager notre passion au grand public.»
Avec Kamatchi Meenakshi, Arouven et Areeven Karayappa Naik offrent ainsi bien plus qu'un titre musical. Ils signent une déclaration d'amour à leur culture, à leur famille et à la transmission. Deux jeunes voix, sincères et lumineuses, qui rappellent que, parfois, les plus belles chansons naissent d'abord au coeur du foyer avant de toucher le public.