Ile Maurice: Nathalie Philogène - «Ouvrir un espace de dialogue autour des premières règles»

interview

Briser les tabous autour du corps féminin et, en particulier, des règles : telle est l'ambition de la deuxième édition de «Lakaz Baba». Cet espace de sensibilisation et de dialogue, ouvert au grand public à partir du 18 mai au Plaza de Rose-Hill, est à l'initiative de l'artiste engagée Nathalie Philogène. Un projet qui sera rendu possible grâce au soutien de donateurs et d'entreprises partenaires du réseau Small Step Matters.

La première édition de «Lakaz Baba» en mai 2025 avait été consacrée au thème de l'endométriose. Que retenez-vous de cette première campagne ?

Il existe une réelle demande du public pour des espaces où l'on peut parler librement de tout ce qui touche au corps humain. La première édition abordait Lakaz Baba comme symbole de l'utérus, une partie essentielle du corps féminin. J'ai réalisé qu'il n'existait pas vraiment de plateforme pour aborder ces sujets en profondeur.

Pour moi, la spiritualité n'est pas une dimension religieuse, mais une quête de soi. Et cette quête passe par une connexion, ou plutôt une reconnexion, avec son propre corps. Lors de la première édition, les visiteurs sont venus pour se «poser» avec eux-mêmes, notamment à travers les ateliers.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Lakaz Baba est aussi l'aboutissement d'un parcours de neuf mois, une sorte de «gestation de soi», avec une forte dimension artistique. Ce cheminement donne naissance à une exposition, chaque année. En mai 2025, le focus était sur l'endométriose. Cela m'a amenée à réfléchir : comment cheminer avec son corps pour se sentir bien ? La maladie est souvent un signal d'alerte. Elle peut être liée à un excès de stress, de pression, qui finit par impacter les hormones et les organes. En étant davantage à l'écoute de son corps, on pourrait parfois prévenir ces déséquilibres avant qu'ils ne s'expriment par une pathologie.

Une première édition sur l'endométriose et une seconde sur les règles. Pourquoi ce choix ?

À l'occasion de la semaine de la Fête des mères, je souhaite ouvrir un espace de dialogue autour des premières règles dans la culture mauricienne. J'ai choisi de mettre l'accent sur les jeunes filles à l'âge de la puberté. Comment honorer ce corps de femme en plein épanouissement ? Dans beaucoup de familles, cette étape est passée sous silence, voire entourée de tabous. Pourtant, c'est un grand bouleversement physique, émotionnel et identitaire.

Et pourtant les premières règles peuvent apparaître très jeunes pour certains enfants, dès huit ou neuf ans ?

Oui et cela soulève de nombreuses questions. Comment une enfant aussi jeune, dans son développement émotionnel et mental, peut-elle comprendre et vivre ses premières règles ? C'est un véritable enjeu pour les parents et les éducateurs : comment accompagner ces enfants dont le corps change ? Comment être mieux préparé, mieux outillé en tant qu'adulte ? Nous aborderons ces questions durant la semaine de sensibilisation du 18 au 24 mai. Il est aussi essentiel, en tant que mère, de ne pas projeter son propre vécu sur celui de sa fille.

Certaines femmes ont vécu leurs premières règles comme un moment difficile, d'autres comme un non-événement. Il est donc important de se demander : comment notre propre histoire influence-t-elle notre perception des cycles ? Ces enjeux seront explorés par Megha Venketasamy, Associate certified meta coach (International Society of Neuro-Semantics) et facilitatrice de cercles de femmes. Pour ma part, je ne suis pas spécialiste des cycles menstruels : je fais appel à des intervenants. Mon rôle est celui de facilitatrice, notamment à travers l'organisation de l'événement et l'exposition artistique collective.

Également à l'affiche de la programmation de «Lakaz Baba» au Plaza, la projection du documentaire «Premières Lunes» de Mélanie Mélot, un documentaire français sorti en janvier. Vous a-t-il marquée ?

La sortie du documentaire Premières Lunes en métropole et à La Réunion a marqué bien au-delà de sa simple diffusion : elle a initié un véritable mouvement de sensibilisation et de libération de la parole autour des premières menstruations. En métropole, le film a suscité un fort écho dans les milieux éducatifs, associatifs et de la santé. Une tournée en régions a permis de toucher un public large : adolescentes, parents, éducateurs et professionnels de l'accompagnement. Chaque projection devenait un espace de dialogue, permettant d'aborder des sujets longtemps restés tabous.

À La Réunion, la présence de la réalisatrice a renforcé cette dynamique. Les débats ont permis des échanges profonds, des partages d'expériences et une prise de conscience collective autour du vécu menstruel.

Quels publics visez-vous avec la projection du documentaire ?

Je vise tout le monde, y compris les hommes. J'aimerais particulièrement toucher les établissements scolaires, qu'ils soient publics, privés ou associatifs. Éduquer les garçons sur les cycles menstruels et le corps féminin est essentiel pour favoriser le respect, l'empathie et l'ouverture d'esprit. L'année dernière, certains hommes ont assisté à une conférence de la Dr Zeenat Aumeerally, gynécologueobstétricienne. Ils ont été surpris d'apprendre, par exemple, qu'une infection chez l'homme peut entraîner des conséquences graves pour la santé de la femme. Ces informations doivent circuler librement.

«Lakaz Baba», c'est aussi un parcours de gestation spirituelle et artistique sur neuf mois. Lancez-vous un appel pour la prochaine cohorte ?

Il y en aura plusieurs en parallèle, des groupes de jeunes dans différentes localités (Plaines-Wilhems, Mahébourg...), un groupe ou plusieurs de femmes et éventuellement un groupe d'hommes. N'hésitez pas à me contacter si ce parcours vous intéresse : [email protected].

À l'agenda de «Lakaz Baba» édition 2

À travers une exposition artistique, des causeries, la projection d'un documentaire suivie de débats, ainsi que des espaces dédiés aux jeunes filles et aux mères, cette campagne vise à :

· Briser les tabous autour des règles ;

· Valoriser la parole des femmes ;

· Encourager la transmission intergénérationnelle ; et

· Favoriser une meilleure compréhension du vécu menstruel féminin.

Programme gratuit au Plaza de Rose-Hill

· 18 au 24 mai : Exposition artistique de 10 heures-19 heures

· 18 mai : Cercle interactif pour adolescentes de 10 heures à midi

· 20 mai : Session holistique pour éducateurs d'ONG de 10 heures à midi

· 21 mai : Cercle interactif pour adolescentes de 10 heures à midi

· 22 mai : Session mère-fille - I Have You, You Have Me de 10 heures à midi

· 23 mai : Projection du documentaire Premières Lunes suivie d'un débat de 16 h 30 à 19 heures

· 24 mai : Clôture de l'événement de 10 heures à midi.

Comment soutenir ce projet de sensibilisation ?

La logistique derrière l'organisation d'une telle manifestation sur une semaine nécessite des fonds. C'est pourquoi Nathalie Philogène lance un appel aux citoyens et aux entreprises pour soutenir ce projet avec une donation individuelle, une contribution CSR ou fonds de sponsoring :

· Par juice : Small Step Matters est accessible facilement via Pay a Merchant. Merci de spécifier un mot-clé comme référence avec le virement : Lakaz Baba

· Numéro de compte MCB - Small Step Matters : 000444289887. Référence : Lakaz Baba

· Numéro de compte IBAN pour les donations depuis l'étranger : MU59- MCBL0944000444289887000 - Référence : Lakaz Baba

· Pour les contributions CSR, contact : [email protected]

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.