De par son positionnement stratégique, l'océan Indien est convoité par les grandes puissances pour des motifs économiques, commerciaux et sécuritaires. Petit caillou au milieu de ce vaste espace marin de 70 millions de kilomètres carrés, Maurice se retrouve depuis des décennies au centre de guerres d'influence.
N'ayant jamais fait de concession sur sa souveraineté, Maurice est toujours resté maître de son destin, tout en gardant une relation diplomatique saine et pérenne avec ses partenaires économiques et commerciaux. À un peu plus de 3 000 kilomètres de nos côtes, les Maldives sont souvent pointées du doigt pour avoir bradé leur souveraineté, en étant inféodées tantôt à l'Inde, tantôt à la Chine. Avec l'élection de Mohamed Muizzu à la présidentielle de 2023, les Maldives ont d'abord rompu avec la politique «India First» de Mohamed Solih pour embrasser une mouvance pro-Chine, avant d'opérer un virage à 180 degrés et de dérouler à nouveau le tapis rouge à Narendra Modi.
Rivalisant avec Pékin pour le contrôle de l'océan Indien, le Premier ministre indien a toujours été prompt à prendre les devants. Depuis son accession au pouvoir en 2014, Narendra Modi n'a pas caché son ambition de «Make India Great Again». Mais, contrairement à Donald Trump pour qui la fin justifie les moyens allant jusqu'à entraîner ses alliés dans une guerre commerciale absurde pour «Make America Great Again», Narendra Modi est une force silencieuse qui, habilement, a su positionner l'Inde comme la locomotive d'un modèle de développement Sud-Sud, avec l'émergence de ce qu'on appelle aujourd'hui le Sud global.
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L'océan Indien, que Narendra Modi voit comme «the Ocean of India», est central à la vision de l'Inde pour asseoir son contrôle économique et militaire dans l'hémisphère Sud. Dans ce calcul géostratégique, Maurice est loin de n'être qu'un simple pion sur l'échiquier. Sous Narendra Modi, la coopération Inde-Maurice s'est intensifiée à une vitesse folle. Il y a eu d'abord le deal sur le Metro Express en 2016. En 2017, le protocole d'entente pour le développement d'infrastructures aéroportuaires à Agalega a été ratifié. Malgré les images satellites attestant de la construction d'une base militaire sur l'îlot, Pravind Jugnauth et son successeur, Navin Ramgoolam, ont, tour à tour, démenti que tel était le cas et que la Grande péninsule apportait son expertise surtout dans la surveillance de la zone économique exclusive de la République de Maurice, qui s'étend sur 2,3 millions de kilomètres carrés.
Avec l'arrivée au pouvoir de Navin Ramgoolam, rien n'a changé dans la bonne entente entre Delhi et Port-Louis. Bien au contraire. Alors que la guerre au Moyen-Orient place Maurice dans une position d'extrême vulnérabilité pour sa sécurité énergétique, l'Inde nous envoie une bouée de secours sous la forme d'un accord d'approvisionnement en produits pétroliers et gaz par le biais de l'Indian Oil Corporation. Quelle forme prendra cet accord ? À quel prix et sur quelle durée s'étendra-t-il ? S'agit-il d'une formule de hedging pétrolier ? Dans un souci de transparence, le gouvernement devrait dévoiler les termes de cet accord.
Parallèlement, l'Inde vient de mettre un Special Economic Package de $ 655 millions (Rs 31 milliards) à la disposition de Maurice avec $ 215 millions à titre de subvention et $ 440 millions sous forme d'un don et d'une ligne de crédit pour financer des projets d'infrastructures.
Cette générosité n'est, bien évidemment, pas sans contrepartie. Narendra Modi s'attend à ce que Maurice lui accorde son soutien indéfectible à la Vision MAHASAGAR, qui se traduit littéralement comme Grand océan, et qui est une réponse à la Nouvelle route de la soie de la Chine. Symboliquement, cette initiative avait été lancée lors de la visite de Narendra Modi à Maurice en mars 2025. Son objectif : consolider la position de leadership de l'Inde pour le Sud global en transformant l'océan Indien en une route commerciale sécurisée.
La tenue de la 9e édition de l'Indian Ocean Conference sous le patronage de l'India Foundation et qui a vu la participation de délégués de 47 pays aura été l'occasion pour Subrahmanyam Jaishankar, le ministre indien des Affaires étrangères, de lancer un appel aux pays de l'hémisphère Sud en les exhortant à approfondir leur coopération. Cette entente est la meilleure réponse aux problématiques de sécurité énergétique et de sécurité alimentaire, aux risques climatiques et aux conséquences des conflits armés, a-t-il rappelé, tout en mettant en exergue MAHASAGAR et le «Neighbourhood First Policy» de l'Inde.
Alors que les rapports de force se redéfinissent sur l'échiquier mondial, Maurice doit s'inscrire dans la mouvance du Sud global, tout en renforçant et consolidant ses relations avec ses partenaires traditionnels.