Le 10 avril, Navin Ramgoolam a inauguré la nouvelle unité de transplantation rénale à l'hôpital Jawaharlal Nehru (JNH). S'il a insisté sur la notion de dignité humaine dans son discours, pour le secrétaire de la Renal Disease Patients' Association, Bose Soonarane, cette infrastructure, longtemps attendue, représente un véritable tournant pour les patients dialysés, en quête d'une nouvelle vie.
Avec l'inauguration de cette nouvelle unité de transplantation rénale à la JNH, quel impact anticipez-vous sur la prise en charge des patients souffrant de maladies rénales dans le pays ?
L'impact pourrait être significatif. On estime qu'environ 200 000 Mauriciens souffrent de maladies rénales chroniques, même si tous ne nécessitent pas une dialyse. En général, lorsque les reins sont affectés à plus de 85 %, la dialyse devient indispensable. À l'heure actuelle, près de 1700 patients suivent des séances régulières à travers les différents centres du pays.
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Face à cette réalité, trois scénarios se présentent pour les patients dialysés : certains, faute de moyens ou d'information, renoncent à une prise en charge, ce qui peut aggraver leur état. D'autres ont recours à la dialyse, qui agit comme un rein artificiel et permet de prolonger la vie. Enfin, il y a la greffe rénale, qui reste la solution idéale sur le long terme. Toutefois, celle-ci dépend de la disponibilité d'un donneur compatible, souvent un proche parent, et de plusieurs critères médicaux.
Il est important de rappeler que la première greffe de rein à Maurice remonte aux années 1980. Aujourd'hui, après plus de quatre décennies, cette nouvelle unité dotée d'équipements modernes ouvre la voie à une relance structurée de la transplantation rénale dans le pays.
Par ailleurs, la mise en oeuvre du Human Tissue (Removal, Preservation and Transplant) Act 2018 est attendue. Elle devrait permettre d'encadrer et d'encourager le don d'organes, un élément clé pour assurer le succès et la pérennité de ce service.
Dispose-t-on des spécialistes nécessaires ou faudra-t-il encore compter sur l'expertise étrangère ?
Selon le ministre de la Santé,Anil Bachoo, un expert d'origine mauricienne, basé en Angleterre, est attendu à Maurice pour prendre en charge cette unité et y apporter l'expertise nécessaire. Il sera épaulé par une équipe locale qui bénéficiera de formations spécialisées sous sa supervision. Par ailleurs, des spécialistes étrangers viendront renforcer ce dispositif de temps à autre, notamment Dr Sanju Sobnach (Ndlr, Mauricien formé et évoluant à l'étranger), chirurgien consultant en transplantation, déjà intervenu dans le pays. Cette collaboration vise à assurer un transfert de compétences et à consolider durablement l'expertise locale.
Pour les patients en attente de greffe, souvent contraints de se rendre à l'étranger, peut-on parler aujourd'hui d'un véritable espoir, voire d'un soulagement ?
Oui, incontestablement. Le fait de pouvoir se faire opérer à Maurice représente un véritable soulagement pour de nombreux patients. Subir une intervention lourde entouré de ses proches apporte un soutien moral essentiel et renforce la confiance, des éléments qui peuvent même favoriser la guérison. À l'inverse, partir à l'étranger signifie souvent être isolé, avec un seul accompagnant, dans un environnement inconnu, ce qui peut être éprouvant sur le plan psychologique.
Certains continuent toutefois de penser que les soins sont meilleurs à l'étranger, mais cette perception reste discutable. Maurice a déjà connu des succès en matière de greffes rénales, avec des patients ayant bien récupéré après leurs opérations. Par ailleurs, les autorités veillent à garantir un encadrement médical rigoureux. Cette nouvelle unité vient ainsi renforcer la confiance dans les capacités locales et ouvre la voie à une prise en charge plus humaine et accessible.
Au-delà de la transplantation, en quoi cette unité pourrait-elle améliorer la prévention, le suivi post-opératoire et, plus largement, la qualité de vie des patients ?
Si cette unité représente une avancée majeure pour la transplantation, la prévention des maladies rénales reste avant tout un défi de sensibilisation. Beaucoup de personnes ignorent encore les signes avant-coureurs : gonflement des pieds, des mains ou du visage, troubles urinaires ou fatigue persistante. Une meilleure information du public est donc essentielle pour favoriser un dépistage précoce.
Il est fortement recommandé d'effectuer des bilans de santé réguliers, idéalement une fois par an, afin de détecter d'éventuelles anomalies. Ces examens permettent non seulement de surveiller la fonction rénale, mais aussi d'identifier d'autres problèmes de santé sous-jacents. Des pathologies comme le diabète, l'hypertension, le lupus ou encore les calculs rénaux figurent parmi les principales causes de complications.
Au-delà des soins, cette unité pourra également renforcer le suivi post-opératoire, offrant un encadrement médical de proximité, essentiel à la récupération. Toutefois, la responsabilité individuelle reste primordiale. Chacun doit adopter une démarche proactive en matière de santé. Prévenir vaut mieux que guérir, et une prise de conscience collective est indispensable pour améliorer durablement la qualité de vie des patients.
Quels sont les prochains défis dans la lutte contre l'insuffisance rénale à Maurice ?
Malgré les progrès réalisés, des défis majeurs subsistent. L'un des plus urgents reste le manque de chirurgiens vasculaires, essentiels pour la pose de fistules chez les patients sous dialyse. Cette intervention est cruciale pour assurer un traitement efficace, mais la liste d'attente est actuellement longue.
Le ministre de la Santé est conscient de cette situation et a déjà sollicité le soutien d'une équipe médicale en provenance de l'Inde pour accélérer les interventions. Par ailleurs, d'autres spécialistes étrangers devraient prochainement renforcer ce dispositif afin de réduire la pression sur le système de santé.
Même si toutes les demandes ne pourront être traitées immédiatement, l'objectif est de soulager un maximum de patients. En attendant, certains ont recours au cathéter, une alternative qui nécessite toutefois une hygiène rigoureuse. À défaut, des complications graves, telles que des infections ou une septicémie, peuvent survenir, soulignant l'importance d'un suivi médical strict.