Sénégal: Ligue 1 - Yehvann Diouf, le gardien de Nice qui «aime plonger»

Dans un entretien accordé à RFI et organisé grâce à la Ligue de Football Professionnel, le portier de Nice, Yehvann Diouf, raconte son métier et explique les difficultés que vivent les Niçois en ce moment. L'international sénégalais, qui évoque aussi la sélection, doit faire en sorte que l'OGC Nice garde sa place en Ligue 1 à la fin de la saison.

À la quinzième place du Championnat de France, Nice traverse une période un peu difficile. En tant que gardien, comment vivez-vous cette période ?

Oui, c'est une période qui est difficile, d'autant plus pour un défenseur ou un gardien, parce qu'on encaisse pas mal de buts. Mais voilà, on sait qu'on a les ressources nécessaires pour pouvoir se maintenir. Maintenant, à nous d'effectuer le travail sur et en dehors du terrain pour rester concentrés, préparer les matchs de la meilleure des manières et se mettre dans les meilleures conditions pour aborder cette fin de saison.

À Reims, vous avez connu aussi des hauts et des bas. Comment cela vous aide à Nice ?

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Disons que la saison dernière à Reims était différente, même si on est descendu en Ligue 2. Mais ce qui est sûr, c'est que la fébrilité est la même. On retrouve des points de fébrilité qui m'aide. Je l'ai vécu, j'ai de l'expérience, je sais ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire.

Être en difficulté deux années de suite, ce n'est pas trop lourd à porter ?

C'est forcément difficile. Pour être franc, on se pose aussi des questions sur soi. Mais voilà, on est une équipe, un club, et nous sommes plus qu'un ou deux à être responsable de cette situation. Nous avons notre destin entre nos mains, et nous avons la possibilité de le changer.

Surtout que Nice a quand même connu le haut du tableau. C'est toujours un peu compliqué de se retrouver dans cette situation ?

Oui c'est clair. Mais le modèle du club est légèrement différent de ce qu'il a pu être lors de ces dernières années. On sait que c'est peut-être aussi une saison de transition pour Nice. C'est ce qui pourrait expliquer aussi les résultats de l'équipe. Maintenant, nous sommes des joueurs avant tout. Nous sommes là pour se donner à 100 % et essayer de remporter le plus grand nombre de matchs.

Vous vous êtes installé en Ligue 1 avec Reims. Ensuite, vous avez choisi Nice. Quelle est la différence entre les deux clubs ?

Nice est déjà une plus grande ville. Après, c'est un club chargé d'histoire, tout comme Reims. Et puis c'est un club qui a joué les compétitions européennes. Dès le début de saison, on a repris plus tôt avec le barrage de Ligue des Champions (Nice a chuté face au Benfica Lisbonne, ndlr). Et puis on a joué quasiment tous les trois jours jusqu'en décembre (Ligue Europa, ndlr). Donc oui, c'est un rythme qui est assez effréné et c'était quelque chose de nouveau, quelque chose que je voulais découvrir. Malheureusement, ça ne s'est pas passé de la manière dont je l'espérais, mais ça reste quand même une expérience où on apprend pas mal de choses. Maintenant qu'on a un rythme plus calme, ça nous permet aussi de peut-être mieux se concentrer sur nous et de mieux préparer les matchs du championnat.

Le poste de gardien, j'imagine que vous ne l'avez pas choisi par hasard. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous dire que c'était votre poste de prédilection ?

Je n'ai jamais aimé prendre des buts ! Surtout, j'ai toujours aimé plonger et arrêter des buts. Je suppose que c'est une sensation qui est très différente de celle de marquer. Mais oui, c'est quelque chose qui me procure énormément de plaisir. J'aime pouvoir être décisif dans les moments importants. Puis, on sait que pour aller chercher des trophées, il faut de très bons gardiens. Chaque saison, l'équipe qui gagne la Ligue des champions ou un championnat a besoin d'un bon gardien.

Vous avez signé votre premier contrat pro à seize ans à Troyes. Comment vous l'avez vécu ?

Plutôt bien parce que c'est une bonne chose de commencer tôt. Ça m'a permis d'apprendre plus vite, de grandir plus vite, de côtoyer le monde professionnel et les joueurs professionnels plus vite. Je n'avais pas trop de pression, Troyes a toujours été un très bon club formateur. On a été dans de bonnes conditions, de la préformation au monde professionnel. J'ai essayé de gratter des minutes de jeu en Coupe de France ou en Coupe de la Ligue. C'était vraiment le seul objectif que j'avais.

Et votre progression, vous l'imaginez comment ?

Je pense que j'ai encore une grosse marge de progression. Je crois que j'ai beaucoup appris par rapport à la saison dernière et par rapport à cette saison aussi. On peut toujours progresser, que ce soit sur le terrain, en dehors, sur les aspects mentaux et dans la vie de groupe. Il y a plein de points qui peuvent toujours être améliorés. Et c'est un défi quotidien.

Vous diriez que durer, c'est le plus compliqué dans une carrière ?

Au niveau de la performance, oui. Durer, c'est dur. Après, une carrière c'est des hauts et des bas. C'est difficile de rester toujours au top comme certains joueurs et certains gardiens l'ont fait, voire certains entraîneurs. Il y a les blessures, les contextes. Une carrière peut s'arrêter du jour au lendemain, il faut en être conscient.

Et vous pensez que c'est plus dur pour un gardien ?

Disons que l'on a peut-être moins cette contrainte physique que les autres joueurs, surtout dans le foot de maintenant, qui est très vif, très rugueux, très physique. Nous, on peut un peu plus compenser par du placement, par de l'anticipation, par ce côté un peu cérébral et par l'expérience. Souvent le gardien arrive à maturité un peu plus tard, vers 30 ans. C'est le moment où l'on est bien physiquement. Et mentalement, on a assez d'expérience pour pouvoir anticiper et aussi réagir face à certaines situations délicates. Le gardien peut durer un peu plus longtemps que les autres joueurs.

En sélection, vous avez choisi le Sénégal, et vous auriez pu aussi choisir la Pologne. Pourquoi les Lions de la Teranga ?

Je n'ai jamais eu de lien avec la Pologne et je n'y suis jamais allé. Je ne connais pas ma famille du côté polonais alors que du côté du Sénégal, j'y suis allé. Mon père nous a régulièrement emmené avec ma soeur. Je connais ma famille là-bas, j'ai toujours eu une certaine proximité avec le Sénégal.

Et alors, cette histoire de match de victoire attribués au Maroc, ça vous a choqué ?

Oui, moi ça m'a surpris d'autant plus que je l'ai appris tard la nuit après un match de Ligue des Champions. Après, le Tribunal Aarbitral du Sport va décider. Mais peu importe la décision, qu'elle soit dans notre sens ou pas, pour moi et pour nous, nous sommes les vainqueurs de cette édition de la CAN. Le match est allé à son terme.

La CAN ou la Coupe du monde sont des compétitions qui durent longtemps. Comment on le vit quand on sait que ce sera dans la peau d'un remplaçant ?

Plutôt bien. On passe un mois, un mois et demi à peu près ensemble, avec avec la préparation et même sans jouer, on fait partie des joueurs qui s'entraînent. On essaie de tirer le groupe vers le haut, de rester sérieux, de rester professionnel, de donner du plaisir et de participer à la bonne ambiance collective. C'est important. Si quelqu'un a besoin à la fin de l'entraînement de faire du travail, on est là pour lui. Même si on n'est pas acteur directement sur le terrain pendant cette compétition, on est acteur à l'entraînement, on est acteur à l'hôtel, on est acteur dans les vestiaires. On a on a un rôle à part entière qui est peut être moins visible que certains, mais qui est tout aussi important.

Et qu'est-ce que l'on peut espérer du Sénégal lors du prochain Mondial ?

Je pense qu'on peut aller loin dans cette compétition. Après, personnellement, je ne me suis pas encore projeté sur la Coupe du monde. Le plus important, c'est la fin de saison en club. Je pense que c'est la même chose pour tout le monde. Chacun a ses objectifs en club, que ce soit des objectifs individuels ou collectifs, avec des maintiens ou des qualifications, ou même des trophées pour certains. On a eu l'objectif de la CAN qui a été atteint cet hiver, et puis après tout s'est enchaîné assez vite avec la reprise en club, la trêve du mois de mars. Je pense qu'on n'a pas vraiment le temps de se projeter sur le Mondial pour le moment. Il faut déjà bien finir la saison, être en forme et être dans les meilleures conditions pour pouvoir partir à la Coupe du monde.

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