Cote d'Ivoire: Axe Daleu-Danané - 42 km d'enfer

Entre impraticabilité, insécurité et impact économique, les populations, à bout de nerfs, tirent la sonnette d'alarme.

Dégradée depuis plusieurs décennies, la route Daleu-Danané est devenue un véritable parcours du combattant. Usagers, transporteurs, commerçants et populations villageoises dénoncent l'abandon prolongé d'un axe stratégique pour le département.

Dans l'ouest montagneux de la Côte d'Ivoire, entre la sous-préfecture de Daleu et la ville de Danané, ce sont 42 kilomètres de calvaire, les pleurs d'un peuple qui se sent abandonné. Sur cet axe vital, on compte plus de dix villages, dont la population est comprise entre 2 000 et 5 000 âmes chacun, essentiellement des producteurs de café, de cacao et de produits vivriers.

Trokoulimpleu, Goueugbopleu, Sioba, Bleupleu, Gouepouta, Gblunzeuhiba, Doueleu, Yalégbeupleu, Nimpleu 1, Gopleu : des villages enclavés, privés de routes dignes de ce nom, de centres de santé, de collèges de proximité et même d'un réseau de téléphonie fiable. Vivre dans ces villages, c'est résister. Se déplacer, c'est risquer sa vie.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Une route détruite

La route Daleu-Danané n'en est plus une. C'est une cicatrice béante : une piste de latérite rouge, creusée, déformée par les pluies et le passage, rare, de camions surchargés. Des nids-de-poule profonds comme des tombes, des ravins, des blocs de granite, des ponts de fortune dégradés : chaque kilomètre est un danger, chaque trajet une épreuve.

En saison pluvieuse, l'axe devient un bourbier mortel. Les journalistes présents les 14 et 15 avril 2026 l'ont vécu : des motos embourbées, des chutes violentes, des blessures, etc.

Donner la vie au péril de sa vie

Le plus insupportable se joue dans le silence. Cette route est un mouroir pour les femmes enceintes. Faute de centres de santé, les femmes sont transportées à moto, avec des secousses, exposées à la boue, à la poussière et aux chocs. Beaucoup d'entre elles n'arrivent jamais à l'hôpital de Danané. « Certaines meurent en chemin », témoigne Gogbeu Célestine, habitante de Sioba et porte-parole des femmes du village.

Dans ces localités, donner la vie peut coûter la vie, simplement parce que le chemin vers les centres de soins est impraticable. Ce n'est pas une fatalité, mais une responsabilité, estiment les populations rencontrées lors de la tournée de remerciements de Guillaume Gbato, nouveau député de la circonscription, qui interpellent le gouvernement.

Tout manque, sauf les promesses

La route n'est que le symbole d'un malaise plus profond, confient des villageois. Comme le dit l'adage, la route précède le développement. Sans route, impossible d'accéder aux services élémentaires.

Ainsi, ces villages manquent de centres de santé. Les écoles primaires sont insuffisantes ; celles qui existent ne comptent souvent que trois classes, le reste étant constitué de hangars ou de bâtiments en terre battue. Les habitants déplorent également l'absence de collèges de proximité ainsi qu'une couverture téléphonique faible, voire inexistante.

Depuis des années, selon Célestin Soumahoro, habitant de Sioba, les promesses se succèdent, les discours rassurent, mais les actes tardent à suivre.

Le chef du village de Doueleu, Tongba Jean, a rappelé que des travaux avaient été engagés par le passé, avant de sombrer dans l'oubli après la crise. Aujourd'hui, les conséquences sont claires : accidents, évacuations impossibles, pertes en vies humaines.

Un espoir fragile, une attente immense

Le passage du député nouvellement élu, Guillaume Gbato, a ravivé l'espoir. Pour beaucoup, ce geste est rare : revenir remercier, écouter et constater est à saluer.

« Nous ne demandons pas, dans un premier temps, grand-chose. Même un reprofilage profond pourrait déjà nous soulager », insiste le chef de Doueleu. « Nous ne voulons plus être coupés du reste de la Côte d'Ivoire. Nous sommes aussi des Ivoiriens », a-t-il lancé, pour exprimer son désarroi.

Agir maintenant

« La route Daleu-Danané n'est pas un simple chantier en retard. C'est un test de justice sociale, d'équité nationale et de respect de la vie humaine », a lancé un jeune se faisant appeler « l'Intello ». De son vrai nom, Alain Tokpa, il insiste : chaque jour sans action est un risque supplémentaire. C'est une femme enceinte de plus mise en danger, un village davantage isolé, une économie locale étouffée.

Les populations appellent solennellement le gouvernement, l'Assemblée nationale et le Chef de l'État à agir, avant que le canton Gouroussé, qui revendique plus de trente villages et une sous-préfecture, ne soit totalement coupé du reste de la Côte d'Ivoire.

Elles plaident pour un véritable « plan Marshall » en faveur dudit canton.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.