Ile Maurice: Réactions des syndicats - «Fire, fire in the country»

Narendranath Gopee, de la FCSOU : «Il pourrait y avoir une répercussion générale».

«Fire, fire in the country», lance le président et négociateur de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU). Pour lui, le carburant constitue la base de presque toute l'activité économique. Dès que son prix augmente, explique-t-il, les entreprises de livraison, les supermarchés, les trans- porteurs et même les prestataires de services sont susceptibles de revoir leurs tarifs à la hausse. Il estime qu'il pourrait y avoir une «répercussion générale», non seulement sur les marchandises mais aussi sur les services, puisque ceux-ci dépendent eux aussi de déplacements, de logistique et de coûts indirects.

Le syndicaliste replace également cette hausse dans un contexte budgétaire plus large, évoquant le poids de la dette publique et la difficulté pour l'État de créer de nouveaux amortisseurs sociaux. Il plaide ainsi pour des mesures comme la semaine de quatre jours ou du télétravail afin d'atténuer le coût élevé de l'essence et du diesel pour les ménages.

Deepak Benydin (FPBOU/CITU) : «Pli pir ki Covid-19»

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Le président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions et viceprésident de la Confederation of Independent Trade Unions (FPBOU/CITU), Deepak Benydin, voit dans cette hausse «un effet cascade», allant jusqu'à dire que la situation pourrait être «pli pir ki Covid-19». Son inquiétude est d'abord sociale : selon lui, la classe moyenne et les catégories les plus modestes risquent d'être frappées de plein fouet, surtout dans un contexte où les salaires restent insuffisants face au renchérissement du panier ménager.

Il insiste sur la menace qui plane sur les produits alimentaires, le gaz, les produits de base et, plus largement, tout ce qui dépend du transport ou de l'importation. Il appelle le gouvernement à passer de la parole à l'action, notamment en soutenant davan- tage la production agricole locale et en prenant des mesures d'urgence. Le pays ne peut pas simplement regarder la houle monter depuis la plage ; il faut ramer, et vite.

Reaz Chuttoo, de la CTSP : «Dimounn pou al kas ros pou kapav sirviv aster»

Du côté de la Confédération des Travailleurs des Secteurs Public et Privé (CTSP), Reaz Chuttoo dénonce une «irresponsabilité totale». Il résume l'angoisse populaire en une formule dure: «Dimounn pou al kas ros pou kapav sirviv aster». À ses yeux, l'augmentation du carburant envoie un signal très mauvais, celui d'un État qui laisse souffrir la population tout en engrangeant davantage de recettes fiscales à travers la TVA et d'autres prélèvements adossés aux prix.

Il soutient que la hausse de l'essence et du diesel ne restera pas isolée : «Tou pou augmente !» Le syndicaliste met également en avant la vulnérabilité des travailleurs aux bas salaires. La hausse de Rs 635 du salaire minimum national - le faisant passer de Rs 17 110 à Rs 17 745 par mois - est insuffisante si, dans le même temps, les coûts du transport, de l'alimentation et des dépenses courantes flambent. Il dénonce aussi ce qu'il considère comme un gel salarial de fait et une déréglementation croissante du marché du travail, dans un climat où les travailleurs mauriciens, dit-il, peinent déjà à joindre les deux bouts.

Jayen Chellum, de l'ACIM : «Un impact très, très négatif»

Le secrétaire général de l'Association des consommateurs de l'île Maurice (ACIM), Jayen Chellum, adopte une lecture plus technique, tout aussi alarmante. Il rappelle que la formule de calcul utilisée pour fixer le prix des carburants s'appuie sur une période de référence étalée sur plusieurs mois. Si les prix pétroliers internationaux continuent de grimper, cette formule pourrait, selon lui, conduire à de nouvelles hausses marquées et avoir un «impact très, très négatif» sur l'économie. Pour lui, le diesel est particulièrement sensible, car il irrigue le transport de marchandises.

Or, dès que le coût du transport monte, c'est toute la chaîne qui en pâtit : distribution, services, petites entreprises, artisanat... Il appelle aussi à mieux encadrer les marges et à prévenir les augmentations abusives ou les profits jugés injustifiés. En creux, l'ACIM pose une question centrale : la hausse du carburant est-elle seulement un feu de brousse ou le début de l'incendie sur les prix ?

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