Loin des stéréotypes d'un métier champêtre difficile et peu rémunérateur, la Foire Internationale de l'Agriculture et des Ressources Animales (FIARA) accueille cette année un espace qui décoiffe. Le Consortium Jeunesse Sénégal (CJS), dans le cadre du projet YEAH (Yaakaar Jeunesse et Entreprenariat), a ouvert les portes de son stand collectif dédié aux «5 jeunes champions de l'agrobusiness ». Une invitation au public à soutenir, par l'achat et l'échange, une jeunesse qui s'investit corps et âme pour la souveraineté alimentaire du pays.
Ici, pas de résignation. On transforme, on innove, on exporte. Du riz de Casamance qui s'arrache en trois mois, du biofertilisant qui défie les chimiques importés, ou encore de la mangue valorisée en 18 produits dérivés. Le CJS prouve que l'agriculture sénégalaise est devenue un véritable vivier de réussite socio-économique. En visitant ce stand, le public ne fait pas qu'acheter des produits ; il investit dans une chaîne de valeur qui structure tout un territoire. Les jeunes entrepreneurs présents ne se contentent pas de cultiver : ils industrialisent, fédèrent et créent des milliers d'emplois indirects.
C'est le cas d'Abdourahmane Diallo, fondateur de CAS'Art basé à Ziguinchor. Son produit phare, le riz local « EMANAY », est une fierté nationale. « Nous avons emblavé 450 hectares avec 2 800 producteurs actifs, et nous avons un potentiel d'incuber 25 000 producteurs à travers la Casamance, » explique-t-il.
Face aux 1,3 million de tonnes de riz importées par le Sénégal en 2023, son entreprise a déjà produit 2 250 tonnes de riz paddy, transformées dans sa propre usine à Diembéreng. Le plus frappant : « Notre problème n'est pas de vendre, mais de répondre à la demande. Nous avons des commandes allant jusqu'à 25 000 tonnes alors que nous ne faisons que 2 250 tonnes. » Une preuve que le local, compétitif et qualitatif, peut battre l'importé sur son propre terrain.
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L'innovation au service de la planète et de la santé
Autre pépite découverte sur le stand : Khadiatou Sarr, technicienne vétérinaire de Mbour et fondatrice de la Maison d'Accueil Vétérinaire (Matvet). Face à la menace des engrais chimiques sur les terres et la santé publique, elle a créé « Matcompos », un biofertilisant naturel issu de la transformation des déchets de volaille. « Rien ne se perd, tout se transforme, » lance-t-elle. Son approche est globale : elle produit des légumes bio (piments, concombres, tomates) qu'elle livre en « panier chez moi », associés à son engrais et à du poulet local. Son rêve : réduire drastiquement l'importation d'engrais chimiques d'ici 15 ans.
Valoriser les ressources locales pour ne plus les exporter brutes
La jeune ingénieur agroalimentaire Oumou Kalsoum Thiaw (DDS Agro, Dakar) et Gnima Diatta (Ferme pédagogique Nyadis, Ziguinchor) incarnent, quant à elles, la nouvelle vague de la transformation. Pour Oumou, la mangue est une mine d'or : « Chaque année, nous perdons des milliers de mangues. Aujourd'hui, nous produisons nectars, confitures, huiles et même biofertilisants à base de mangue. Notre objectif est d'arrêter d'exporter nos matières premières brutes pour qu'elles nous reviennent transformées d'Europe. »
À la ferme Nyadis, Gnima souligne les défis communs à tous : l'emballage, la certification et l'accès aux unités de transformation. « Nous vendons bio et sans produits chimiques, les clients sont satisfaits. Mais pour exporter, il nous faut des formations et des certifications. »
Des défis à relever, une dynamique à pérenniser
Si l'enthousiasme est palpable, les jeunes entrepreneurs n'éludent pas les difficultés. Abdourahmane Diallo résume le problème du secteur : « Nous avons des défis sur les CAPEX (investissements long terme). Aujourd'hui, nous fonctionnons sur fonds propres. Nous n'avons jamais bénéficié de financement. » Khadiatou ajoute la question des aléas climatiques et des risques non assurables, appelant les banques à plus de souplesse.
Pourtant, tous saluent l'opportunité offerte par le CJS. « Le CJCS nous a sortis de l'ombre. Ils nous donnent de la visibilité, nous mettent en réseau, et cela amène une mesure de responsabilité. Grâce à eux, on n'est plus seuls, » témoigne Abdourahmane.
Souveraineté alimentaire et consommation citoyenne
À travers cette présence à la FIARA, le Consortium Jeunesse Sénégal poursuit trois objectifs : briser les préjugés pour susciter des vocations, offrir une vitrine commerciale et un networking stratégique, et sensibiliser le grand public.
L'appel du CJS est clair : « Acheter leurs produits, c'est soutenir l'emploi des jeunes, encourager la souveraineté alimentaire et cultiver l'avenir. » Une consommation citoyenne qui, si elle se généralise, pourrait bien faire du Sénégal un nouveau grenier régional, comme à l'époque dorée des années 1960.
En attendant, ces jeunes champions repartent de la FIARA avec une certitude : l'agrobusiness est la voie de l'indépendance et de la prospérité. Comme le conclut magnifiquement Khadiatou Sarr : « Entreprendre, c'est transformer. C'est valoriser. C'est impacter. »