Afrique: Hamidou Diallo, Docteur en Sciences politiques - « La Grande muraille verte est porteuse d'espoir, mais son efficacité reste contrastée »

17 Avril 2026

Docteur en Sciences politiques, Hamidou Diallo, également enseignant à la Faculté des sciences juridiques et politiques (Fsjp) de l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar et tuteur au Pôle sciences juridiques et de l'administration de l'Université numérique Cheikh Hamidou Kane, vient de soutenir sa thèse consacrée aux actions publiques de la Grande muraille verte entre le Sénégal et la Mauritanie. Dans ses travaux, il analyse en profondeur les dynamiques, les blocages et les perspectives de ce projet structurant implémenté dans plusieurs pays sahéliens.

Initiative phare de lutte contre la désertification au Sahel, la Grande muraille verte continue de susciter espoirs et interrogations. Pour le Dr Hamidou Diallo, les résultats sont tangibles, mais encore insuffisants en raison de contraintes multiples qui freinent son plein déploiement. D'emblée, le chercheur pose un diagnostic nuancé sur l'efficacité globale du projet dans le cadre de sa thèse intitulée : « Analyse des instruments des actions publiques environnementales de la Grande muraille verte au Sénégal et en Mauritanie : entre réceptions, mises en oeuvre et résistances ».

Selon lui, « la Grande muraille verte constitue un projet ambitieux et porteur d'espoir, mais son efficacité reste contrastée », affirme-t-il, soulignant la dualité des résultats observés. M. Diallo reconnaît qu' « elle a permis de mobiliser des financements internationaux, de restaurer certaines terres dégradées et de sensibiliser aux enjeux environnementaux sahéliens ».

Mais, dans le même temps, il relativise ces acquis, estimant que « les résultats demeurent inégaux selon les zones », notamment à cause de contraintes institutionnelles, climatiques et sociales. Pour lui, « l'efficacité du projet est donc réelle, mais partielle », car dépendant fortement « des contextes locaux et de la manière dont les actions sont mises en oeuvre ».

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Sur la perception des populations, Hamidou Diallo insiste sur la complexité des réalités sociales. « Les perceptions locales sont diverses et parfois ambivalentes », explique-t-il, mettant en évidence des dynamiques contrastées. Il note que certaines communautés voient dans ce programme « une opportunité économique, avec des emplois, le reboisement et l'amélioration des ressources naturelles ».

Cependant, cette adhésion n'est pas uniforme. « D'autres la perçoivent comme un projet imposé d'en haut, parfois déconnecté de leurs besoins quotidiens », souligne-t-il, révélant un déficit d'appropriation. À ses yeux, la participation est déterminante, car « l'adhésion est généralement plus forte lorsque les communautés sont réellement impliquées dans la conception et la gestion des projets », alors que « le manque de participation peut entraîner indifférence, voire méfiance ».

Lourdeurs administratives

Abordant les obstacles majeurs, le Dr en Sciences politiques dresse un tableau détaillé des contraintes qui entravent l'efficacité du projet. « Plusieurs obstacles majeurs se dégagent », indique-t-il, en citant d'abord des difficultés institutionnelles. Hamidou Diallo estime que « la coordination reste insuffisante entre les acteurs et les lourdeurs administratives ralentissent les interventions ».

Sur le plan financier, il relève que « les financements sont parfois irréguliers ou mal adaptés aux réalités locales » ; ce qui compromet la continuité des actions. Les défis techniques ne sont pas en reste puisqu'il observe « des choix d'espèces végétales parfois inadaptées et un manque de suivi des plantations ».

À cela s'ajoutent des contraintes sociales importantes. « La faible implication des populations et les conflits d'usage des terres constituent des freins majeurs », explique-t-il. Enfin, M. Diallo rappelle que « les conditions climatiques défavorables, avec la sécheresse et la variabilité pluviométrique, aggravent ces difficultés », creusant davantage l'écart entre ambitions et résultats.

Les résistances observées sur le terrain constituent un autre point central de son analyse. « Les résistances proviennent principalement des communautés locales, mais aussi parfois d'acteurs intermédiaires », précise-t-il. L'enseignant décrypte ces réticences par plusieurs facteurs structurels : « Elles s'expliquent par la perte ou la restriction d'accès à certaines terres, l'absence de concertation réelle, la non-prise en compte des savoirs locaux ou encore des bénéfices jugés insuffisants ».

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Pour lui, ces résistances ne sont pas anecdotiques, mais révélatrices d'un problème de fond. « Elles révèlent surtout les limites d'une approche trop technocratique des politiques environnementales », insiste-t-il, ajoutant que « la durabilité d'un projet dépend autant de son acceptation sociale que de sa pertinence écologique ».

Face à ces constats, le Dr Diallo propose plusieurs pistes pour consolider l'impact de la Grande muraille verte. « Il faut renforcer la participation locale », recommande-t-il, plaidant pour « une véritable co-construction des projets avec les communautés ». Le chercheur insiste aussi sur la nécessité de « valoriser les savoirs locaux en intégrant les pratiques traditionnelles de gestion des ressources ».

Sur le plan opérationnel, il appelle à « adapter les interventions aux territoires, en évitant les solutions uniformes », afin de mieux répondre aux spécificités locales. La question de la gouvernance est également centrale. « Il est essentiel d'améliorer la coordination entre les États, les Ong et les acteurs locaux », souligne Hamidou Diallo, estimant que cela conditionne l'efficacité globale du projet.

Par ailleurs, il insiste sur l'importance du temps long : « Il faut assurer un suivi à long terme avec une évaluation continue et un ajustement des actions ». De même, il met particulièrement en avant la dimension économique, estimant nécessaire de « développer des alternatives durables comme l'agroforesterie et des activités génératrices de revenus ».

En définitive, le Dr Diallo appelle à une refonte des approches actuelles. « Il s'agit de passer d'une logique descendante à une approche plus inclusive, territorialisée et durable », conclut-il, convaincu que l'avenir de la Grande muraille verte dépendra de sa capacité à intégrer pleinement les réalités locales. Pour le chercheur donc, seule une telle transformation permettra de faire de ce projet une véritable réponse aux défis environnementaux et sociaux du Sahel.

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