Ile Maurice: Mcine fait le pari de sauver les grandes salles de cinéma

Années 50. La sonnerie du mythique Cinéma des Familles à Port-Louis bat le rappel tandis que non loin le Majestic va projeter le premier film en cinémascope son stéréo, La tunique.

Au Luna Park, les familles vont voir et écouter le petit garçon chanteur prodige Joselito et attend pour bientôt Charlton Heston dans Quand la marabunta gronde. Le Rex, à la rue Desforges, n'est pas en reste. Le cinéma est LE divertissement numéro un dans notre île, où le téléphone est presque inexistant de même que l'électroménager. Très peu de voitures circulent dans les rues.

Nous ne connaissons pas la mer et ses plages vierges. Peu savent nager. Pas de moyen de transport. Quelques courses de chevaux au Champ-de-Mars le samedi et les paris sur les matches de la ligue de foot anglaise attirent déjà. Deux circuits vont s'imposer au cinéma. L'Allied Cinemas, avec le Majestic et le Plaza, à Rose-Hill, et le Pathé Palace, à Curepipe ; et le Consortium, avec le Rex, à Port-Louis, le Royal, à Rose-Hill, et le Ritz, à Curepipe. Des salles pas confortables, pas de climatisation, des toilettes nauséabondes, une qualité d'image et de son loin d'être satisfaisante.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Les films indiens avec des mélodrames servis par Nargis et Dilip Kumar arrachent des larmes dans les salles en régions rurales. Des films très pudiques à voir en famille. Latélé en noir et blanc apparaît au milieu des années 1960 et en couleur une décennie après. Pas de nightclub, seulement quelques bals ou fancy-fairs. Les voitures se hâtent pour distribuer les rouleaux de pellicule de ville en ville. Toute erreur ou retard suscitent des protestations criardes destinées au projectionniste. Voir le film Cinema Paradiso sur cette période nostalgique.

Trois films par séance

Le week-end, nous avions droit à trois films en matinée. C'était aussi le rendez-vous des amoureux et des fumeurs en cachette. Nous allions voir de grands acteurs plus que des films. La liste serait interminable, mais les blockbusters existaient déjà avec Les dix commandements ou Mughal-e-azam. Dans les années 1950, brillent Johnny Weissmuller, le Tarzan original, ou encore Esther Williams dans Bal des sirènes, tous deux champions de natation. Bientôt Rajesh Khanna allait ravir les filles, mais les acteurs indiens ne dansent pas. Hollywood, par contre, est servi par un dieu de la danse, Fred Astaire, avant des comédies musicales comme Singing in the rain et le très moderne West Side Story. Westerns et films policiers prédominent.

On allait voir aussi de très belles actrices. À Hollywood et à Mumbai, ces dernières s'enhardissent dès les années 1970 et 1980, l'âge d'or du cinéma à Maurice. Les programmes font l'objet d'affiches murales, mais les films ne nous parvenaient que deux ou trois ans après leur sortie en Occident ou en Inde. Cette fréquentation populaire explique la culture cinématographique des anciennes générations, qui connaissent même les salles autonomes, comme le Cinéma Hall, à Rose-Hill, Buckingham en banlieue, Paris, à Belle-Rose. Plustard, l'ABC au même endroit tente l'aventure, mais fermera quelques années après une belle réussite.

Le pays se modernise. Après les western spaghetti et le karaté de Bruce Lee, le cinéma va souffrir de l'arrivée des cassettes vidéo, la plupart piratées et de qualité médiocre. Vendues à bas prix. Les temps changent. Dorénavant, on s'embrasse dans les films de Bollywood ou règnent des icônes comme les Khan - dont Shah Rukh - et l'inoxydable Amitabh Bachchan. Ils dansent aussi, comme Hrithik Roshan. Des actrices comme Hema Malini, Madhuri Duxit et surtout la talentueuse Sridevi - disparue trop tôt - ouvrent la voie aux Aishwarya Rai, Deepika Padukone, le clan des Kapoor - héritier de Raj - Katrina Kaif, Alia Bhatt et de grandes interprètes comme Tapsee Pannu.

Bollywood ne produit pas des films uniquement pour l'Inde, mais envahit les émirats arabes, l'Europe et les États-Unis. Hollywood propose des blockbusters inoubliables comme ET, Titanic, Avatar. Les innovations lui font concurrence comme Canal Plus, chaîne de cinéma et de sports, des plateformes dédiées à divers genres de cinéma (y compris le porno !) et Netflix, qui fabrique ses propres séries et films. Les films proposés sortent en même temps sur les écrans qu'en Occident et en Inde. C'est une course contre la montre. D'autant que l'intelligence artificielle fabrique déjà des fake films.

La stratégie gagnante

Les salles sont désertées. Les salles multiplex de Star, qui avaient révolutionné le cinéma en salle, ferment faute de spectateurs. Le patron de MCine adopte une stratégie contraire. Rajesh Callichurrun mise sur la diversité des films. Il fait l'acquisition de Star la Croisette à Grand-Baie, qui s'ajoute aux salles du Caudan, de Flacq et de Curepipe. Six nouvelles salles sont ouvertes à Trianon, au Tribeca Mall. Le temps des petites salles rurales est révolu.

MCine propose des blockbusters de Bollywood comme le tout récent Dhurandar 2. Il comble une grosse lacune en important des films de grandes régions indiennes comme le Sud en langues tamoule, marathi, et télegoue - tous sous-titrés. Il compte aussi importer des films japonais, très forts en cinéma d'animation. Confiant en son équipe de managers, comme Rahul Jagoo, il fait équiper les salles de projecteurs d'images de haute qualité où le son Dolby Atmos tourne à 360°. Il programme les films les plus récents venant d'Occident et d'Inde.

À Tribeca, MCine propose même deux salles premium avec des premières rangées de fauteuils très confortables, qui s'inclinent devant un très grand écran plus le son Dolby en bonus. Le prix des tickets passe de Rs 250 à Rs 600 dans ces salles premium, mais les spectateurs et les familles ont positivement réagi. MCine ouvre aussi son circuit aux films 100% mauriciens comme récemment Rays of life ou le documentaire Nou Kreol Morisien souf nou nation. L'objectif déclaré est de donner l'opportunité aux cinéastes locaux de projeter leurs films dans une grande salle pour les encourager et attirer le public. Rappelons que la MFDC procède à la formation de nos cinéastes dans divers domaines.

Nous avons tous craint que les grandes salles de cinéma disparaissent après avoir connu un âge d'or. Pour notre part, rien ne vaudra la vision d'un grand film dans une grande salle. Le petit écran ne procurera jamais la même sensation. La lumière déjà tamisée s'éteint lentement, On s'enfonce dans son fauteuil. Les premières images remplissent le grand écran et un vrai silence. La magie du cinéma s'empare des spectateurs. Sensation forte. Et dire que le cinéma a été inventé par les frères...

Lumière ! Manz pistas bwi ou sale, get sinema !

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.