Les tensions géopolitiques et la hausse persistante des prix de l'énergie, du carburant et des matières premières continuent de fragiliser les petites et moyennes entreprises. Les entrepreneurs se retrouvent souvent contraints de faire un choix difficile entre deux options : ajuster leurs prix pour absorber les hausses de charges, au risque de perdre des clients, ou maintenir leurs tarifs et accepter une rentabilité en baisse. Cette pression est accentuée par les déséquilibres du marché international et par les dettes contractées durant la crise du Covid-19, qui pèsent encore lourd sur de nombreuses petites structures.
Dans plusieurs secteurs, la concurrence limite également la capacité des entreprises à répercuter les coûts sur les prix de vente, ce qui accentue l'érosion des marges. À cela s'ajoutent certaines mesures fiscales, notamment la hausse progressive des taxes sur le sucre et les produits dérivés depuis 2025.
À Port-Louis, un marchand de dholl puri fait face à cette réalité. Vendus à Rs 25, ces produits emblématiques de la street food restent très prisés des Mauriciens et des visiteurs. Cependant, face à l'augmentation des coûts, une révision des prix s'impose progressivement. Une hausse de Rs 5 à Rs 10 est ainsi envisagée, même si elle pourrait modifier les habitudes de consommation.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Classe moyenne frustrée
Dans la même logique, le «gato delwil» subit également cette pression. Govind Bhundoo, commerçant à Rose-Hill, constate une baisse progressive de la demande. Longtemps apprécié pour son accessibilité, ce produit devient de plus en plus difficile à maintenir à un prix abordable. «Avan dimounn ti pe aste souvan parski ti bon marse. Aster mo deza trouv kliyan pe diminie», explique-t-il.
De plus, il détaille la multiplication des charges qui pèsent sur son activité, main-d'oeuvre, gaz, légumes, huile, essence et loyers. «Pa gagne mem profi, mo fer sa par plezir», confie-t-il.
Steeven, qui tient un comptoir de boissons sucrées à Port-Louis, vit une situation similaire. Il ne parvient plus à équilibrer ses comptes malgré des ajustements successifs. «Avant, je vendais un verre d'iced tea à Rs 80, maintenant c'est à Rs 180», raconte-t-il. Par conséquent, ses ventes sont passées de plus de 400 verres par jour à une vingtaine seulement.
S'il comprend la réalité des clients, il souligne la difficulté de survivre en tant que petit commerçant. Entre salaires, loyers et factures, chaque augmentation devient un risque supplémentaire. «Si sa kontinie koumsa, mo pou bizin ferm mo bizness», dit-il.
Un autre commerçant observe lui aussi un changement profond dans l'activité quotidienne. La fréquentation des rues commerçantes a diminué aux heures de sortie de bureaux. «Avant, les gens faisaient la queue pour acheter. Maintenant, ils regardent les prix et s'en vont», constate-t-il.
Dans une précédente édition, Stéphane Maurymoothoo, membre du Regroupman Artizan Morisien, appelait à une lecture plus nuancée des difficultés actuelles. Selon lui, les réalités des travailleurs indépendants sont souvent mal comprises.
Il distingue ceux qui travaillent seuls de ceux qui dirigent de petites structures. Dans le premier cas, l'ajustement des prix relève souvent de la survie immédiate. Dans le second, les carnets de commandes ont été fragilisés par la pression constante sur les prix.
En outre, il rappelle que de nombreux indépendants ne bénéficient pas des mêmes avantages que les employés. «Certains ne savent même pas ce qu'est le 13e mois. Un électricien, par exemple, n'a pas de prime de fin d'année», souligne-t-il.
Concernant la compensation salariale de Rs 635, il reconnaît que c'est une mesure d'accompagnement mais estime qu'elle reste insuffisante. Ainsi, souligne-t-il, cela représente environ Rs 22 par jour, un montant très faible face à la hausse du coût de la vie.