Lors de son discours d'investiture, le président Denis Sassou N'Guesso a indiqué que la prochaine équipe gouvernementale sera tenue de convertir, en un programme quinquennal, le projet de société dans le Plan national de développement 2027-2031 qui devra être rapidement adopté par les élus du peuple. C'est désormais la préoccupation de tous les Congolais. Gervais Loëmbe, en tant que biochimiste, spécialiste de la transformation des fruits, esquisse des pistes dans son domaine.
Une place importante est donnée au projet de société du président de la République, " Accélérons la marche vers le développement", plébiscité par les Congolais à 94,82 % des suffrages exprimés. Comment prendrez-vous part à ce projet ?
Je ne peux que me réjouir de ce projet de société qui interpelle la légitimé de mon histoire familiale et me renvoie vers mes racines. En effet, petit-fils d'un « Père nourricier » de l'ensemble de notre contrée du littoral Atlantique et décoré du mérite agricole dans les années 1930 lors de la construction du CFCO, et fils d'un agriculteur qui a coordonné l'agriculture sur le territoire national durant quatre décennies à différents niveaux, toute mon éducation en a été impactée de telle sorte que je suis devenu biochimiste.
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Après cette évocation à titre personnel, quel est le référencement pour le pays à partir de votre histoire familiale ?
Il était important de la rappeler pour dire que notre pays a été précurseur sur le continent africain d'un certain nombre d'initiatives agricoles depuis plus d'un siècle avec, par exemple, l'IRHO (Institut de recherche sur les huiles et oléagineux) à Sibiti, plus exactement à Indo, avec les réalisations du gouverneur Joseph-François Reste de Roca, dans l'élaboration d'un plan des sols en République du Congo, un programme d'implantation de cultures telles que le cacao au Nord, des palmeraies à Sibiti, de l'hévéa et des caféiers à Komono, des bananiers à Banda, de ricin à Hinda (dans l'actuel Kouilou) sur la base, plus tard, d'une aide de 80 millions de FCFA du Fonds d'aide à la coopération. Ceci est la preuve, s'il le fallait, de notre savoir-faire et de notre expérience séculaire. Alors oui, plus que jamais, il faut accroître la vitesse, accélérer la marche vers le développement par le biais d'un domaine dont nous avons l'expertise.
Comment procéder ?
Nous partirons de la connaissance de notre passé dans ce domaine agricole, ce qui nous permettra d'en définir les axes et les objectifs avec davantage de pertinence et d'efficacité. Le contexte mondial nous invite à retenir en priorité la nécessité d'une conservation, puis d'une transformation de notre production agricole au vu de l'excellence de ses atouts, afin, dans un premier temps, de saturer le marché intérieur national avant de nous orienter vers l'environnement vicinal.
En effet, le délai d'acquisition de la maîtrise des normes et conditions d'exportations exigées d'une production industrielle dans un monde en pleine turpitude nous conduit à produire ce que nous mangeons pour une autosuffisance alimentaire, procurant ainsi à la population, au-delà d'une alimentation saine et traçable, des activités génératrices de ressources et d'emplois. Cela aura également pour vertu de réduire notre balance en importations de denrées alimentaires et produits vivriers.
Comptez-vous élargir à d'autres domaines agricoles ?
Nous disposons d'une panoplie de domaines agricoles à diversifier. Je pense, par exemple, à la luxuriance et à la générosité de notre écosystème susceptible de nous inciter à innover en nous tournant vers l'horticulture, certes pour le fleurissement des parcs et jardins, mais également pour la parfumerie.
La République du Congo d'antan possède des méthodes de conservation puis de transformation, notamment de fruits en putréfaction. Dans le cadre de passerelles transgénérationnelles, la vulgarisation de ces méthodes permettrait de structurer l'artisanat par l'élaboration efficiente de sirops, liqueurs, confitures, friandises diverses (Cuirs et pâtes de fruits). Cela permettrait l'absorption des excès de productions agricoles en périodes saisonnières fastes.
Ainsi, une bonne connaissance de notre histoire nous remémore que nous avions eu la maîtrise des productions agricoles et leurs dérivés tels que le raphia, les huiles de palme, de palmistes, de noix de coco, de ricin, pour ne citer que ceux-là, ces productions impactant des secteurs très divers.
Enfin, de nos jours, la naturopathie, avec la haute importance dans les graves pathologies, l'efficacité démontrée des feuilles de corossolier, de goyavier, des feuilles et noyaux d'avocatier, désormais vendus en grandes surfaces commerciales dans le monde, a fini par convaincre de la puissance inaltérable de notre pharmacopée traditionnelle. Tout y est et, grâce à notre savoir, il ne nous faut désormais que nous armer d'une volonté farouche pour que la connaissance et la détermination opèrent avec succès à travers cette alchimie.