Ile Maurice: La fin des illusions

Le gouvernement n'avait pas le choix : dans le sillage de la guerre en Iran et des prix du pétrole qui explosent, celui de l'électricité et du pain aussi. La bonbonne de gaz qui vaut presque Rs 600, déjà fortement subventionnée, passe de Rs 190 à Rs 250. Le fret se renchérit. Les devises aussi (le dollar étant plus stable...). On annonce déjà l'augmentation de l'essence. Les prochaines marchandises importées seront plus chères. Celles produites localement, leurs matières premières étant importées et subissant les augmentations de coûts locaux, vont suivre la tendance. Des mesures ont été prises pour protéger les petits consommateurs du CEB.

Merci Messieurs Netanyahu et Trump !

Mais la réaction du public mauricien est de blâmer le gouvernement... qui n'en ferait pas assez ! Le gouvernement précédent ayant créé l'illusion que le gouvernement peut toujours trouver de l'argent pour parer à toutes les difficultés, le citoyen lambda... attend l'aide de l'État-tétine ! La réalité, cependant, c'est l'état désastreux des finances nationales après l'impact du Covid-19 et la gestion plus qu'hasardeuse du gouvernement précédent. La tétine est cruellement desséchée.

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On ne pourra pas solutionner nos problèmes avec de la création monétaire ! Le tenter détruirait une fois encore la valeur de la roupie (-35 % depuis 2019) et enverrait immédiatement un carton d'invitation doré à Moody's. Répétons-le. La dette nationale est déjà à 90 % du PIB. Le déficit budgétaire, prévu à 4,9%, après les 9,8% de 2024-25, sera beaucoup plus important que prévu.

Parce que les revenus seront plus faibles et que les Rs 10 milliards des Chagos n'y sont plus. Il y a des «trous» à boucher partout: au MIC, aux casinos, dans les fonds de pension defined benefit, au métro, à la Silver Bank, à la Waste Water Authority, à la CWA... Les fonds de réserve, les fameux special funds ont été presque totalement épuisés. Et le gouvernement ne réduit toujours pas son train de vie...

Dans ces circonstances, c'est du délire illusoire que de penser que le gouvernement peut (et doit...) tout régler. La réalité, c'est que la situation est très fragilisée et que nous allons tous souffrir. À moins de trouver le trésor de Rackham le Rouge à Riverwalk...

L'illusion que les prix subventionnés sont toujours au bénéfice de ceux qui en ont besoin explose, une fois encore, en mille morceaux. En effet, l'on nous révèle cette semaine que le riz et la farine subventionnés de la STC ont suffisamment chatouillé les babines d'un distributeur pour qu'il en fasse... un commerce lucratif aux Comores!

Nous nous souvenons tous comment la bonbonne de gaz subventionnée a suscité deux types de détournements. Le premier consistait à acheter des cylindres destinés à l'usage domestique et à les réorienter vers un usage industriel ou quasi industriel, pour faire des économies illicites. La deuxième faisait encore plus fort, en utilisant les bonbonnes subventionnées sur des voitures reconditionnées afin de remplacer (et donc d'économiser) sur l'essence ou le diesel...

D'autres exemples existent évidemment. Le riz ration qui nourrit tant d'animaux de basse-cour. L'eau de la CWA qui alimente des cressonnières. Les fonds à bon marché de la MIC qui auront financé Akai Fisheries, Menlo Park, Stella di Mare, Maradiva, Star Knitwear, Best Construct et BSP School... of Accountancy ! À quand la «nouvelle» que le lait en poudre subventionné (y compris celui destiné aux bébés) fait le bonheur des éleveurs de porc ?

L'autre problème du produit subventionné, à part le détournement, est, bien sûr, son universalité. Plutôt que d'aider directement ceux qui en ont besoin, tout le monde en profite, ce qui mène au gaspillage.

Devant faire des économies, le gouvernement aurait intérêt à revoir toute la question des subventions. L'aide monétaire directe pouvant être détournée vers les paris, les cigarettes ou l'alcool ; pourquoi ne pas plutôt canaliser des food stamps vers les familles les plus vulnérables, utilisables librement, mais seulement contre de la nourriture déjà identifiée par la TVA à 0 %, par exemple ?

Ce n'est pas un système sans faille, mais ce serait un système ciblé et beaucoup plus efficace !

Il y a aussi les croyances MAGA qui sont sérieusement mises à mal ces jours-ci.

L'ange de la paix, celui dont la seule présence comme président aux États-Unis à la place de Joe Biden nous aurait apparemment évité Gaza (2023) et l'invasion de l'Ukraine (2022), le «stable genius» qui postulait bruyamment pour le Nobel de la paix s'est transformé, lors de son deuxième mandat, en tout puissant qui veut transformer la planète à sa guise. Lord Voldemort 2.0 ?

Ne voit-il pas que le Canada doit devenir le 51e État des États-Unis, que le Groenland doit y être assimilé aussi, que Cuba mérite d'être renvoyé à l'ère de Fulgencio Batista, que le Panama - construit par les Américains - doit des comptes, que le Venezuela - qui a nationalisé les actifs pétroliers américains en 1976 - doit payer aussi ? Si l'Ukraine ne l'intéresse plus, sauf dans la mesure où il faudrait céder le Donbass à l'ami Poutine et y faire des «affaires», et si les 61 millions de tonnes de débris de Gaza vont vraiment rapprocher cette enclave de Las Vegas grâce au Board of Peace (*), Trump s'est lancé, depuis fin février, dans son plus grand projet jusqu'ici : convaincre l'Iran de renoncer au nucléaire. Par la force !

Et c'est sur cette toile de fond que Trump choisissait de traiter le pape Leon XIV de faiblard et de «loser», parce que ce dernier parlait le langage de la paix et de la compassion pour les victimes des bombardements. Ce qui rupturait un peu plus l'illusion des «évangélistes MAGA» que Trump est l'envoyé de Dieu sur terre pour accomplir une mission.

Nonobstant ce contrecoup, Trump insistait en publiant une photo de lui-même en Christ incarné, allégeant les souffrances du monde, en la personne d'un grabataire ressemblant étrangement à l'humoriste Jon Stewart. Qui ne se faisait pas prier pour en faire tout un plat (**)

Enjoy !

Autre illusion qui vole en éclats : celle d'un MMM unifié dans ses principes et ses raisonnements.

D'un côté, une large majorité du Bureau politique et de l'Assemblée des délégués plaide que leur devoir, sur la base du vote qu'ils ont reçu à l'intérieur d'une alliance, est de rester au sein de celle-ci. De l'autre, le leader historique du MMM, Paul Bérenger, qui se dit incapable de vivre avec les dérives de cette alliance, qu'il juge lente et inquiétante, alors même que les tentations du pouvoir touchent ses propres troupes....

Ces deux points de vue peuvent se défendre jusqu'à un certain point. Ceux qui veulent rester au gouvernement sont épuisés à l'idée de renouer, une fois encore, avec les conséquences d'être de l'opposition. Ça fait si longtemps... Participer aux affaires de l'État peut, évidemment, à un extrême, représenter une occasion d'assouvir ses bas instincts de prébendes, contrats, nominations et avantages divers, plutôt que de privilégier le bien général et le pays.

Mais l'enthousiasme avec lequel la majorité des militants koltar a voté pour rester au gouvernement, peut aussi, sans être aussi exigeant que Bérenger, ne représenter que le désir de ne plus être écarté de toute possibilité d'avancer, voire d'être puni pour être (ou avoir été) avec l'opposition... la petitesse d'esprit et la mesquinerie étant tellement bien enracinées dans notre pays. S'ils sont sincères, ceux qui restent insisteront au moins pour une «bonne» réforme électorale, du financement politique transparent, des services publics efficaces, un port qui carbure, une économie qui tourne et la tolérance zéro pour la corruption. Au moins!

La lettre de démission de Bérenger de «son» MMM illustre le prix que l'on paie à être un «pur». Cette lettre est émouvante et, pour l'essentiel, dit qu'il ne déviera pas de ses principes. C'est admirable ! Cependant, l'exercice du pouvoir, qui plus est dans une coalition ou l'on est minoritaire, exige, il le sait bien depuis la victoire 60-0, certains compromis au nom du pays.

Croire que l'on peut tout imposer aux autres partenaires est illusoire ! Ce qui est certain, en revanche, c'est que l'on peut, pour le pays, bien mieux faire avancer ses idées, ses exigences et ses principes de l'intérieur plutôt que de l'extérieur ! C'est, pour sûr, moins confortable. On est alors obligé de confronter plutôt que de seulement critiquer le dégueulasse. Les engueulades et la colère peuvent suivre.

La démission mène à quoi, sinon à souligner une incapacité à faire face au dégoûtant... ce qui est nécessaire avant de pouvoir le vaincre et l'enterrer. Même si ce n'est qu'occasionnellement !

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