Face à une pression démographique croissante et à une informalité massive, le Sénégal engage une refonte majeure de sa politique de l'emploi. Le nouveau document stratégique 2026-2034, validé en Conseil des ministres, marque une rupture avec les approches passées et attend sa promulgation par le chef de l'État.
Le Sénégal s'apprête à franchir un tournant décisif dans la gestion de l'emploi, avec l'adoption prochaine de sa première politique nationale en la matière depuis 1997. Validé en Conseil des ministres, le document stratégique couvrant la période 2026-2034 doit encore être promulgué par le président de la République pour entrer en vigueur.
Dans un contexte marqué par une pression démographique soutenue et une prédominance de l'informel, le diagnostic posé par les autorités est sans concession. Invité de l'émission "En Vérité", hier dimanche 19 avril sur la Radiotélévision sénégalaise (RTS), le ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle et technique, Amadou Moustapha Ndiek Sarré, a dressé un tableau préoccupant : « Le taux de chômage avoisine les 23 %, et plus de 90 % des actifs évoluent dans l'informel. » Chaque année, a-t-il rappelé, près de 300 000 jeunes arrivent sur le marché du travail, alors que l'économie nationale peine à générer des emplois en nombre suffisant et de qualité.
C'est sur ce diagnostic lucide que repose la nouvelle politique nationale de l'emploi, élaborée selon une démarche participative impliquant l'ensemble des parties prenantes : administrations, secteur privé, partenaires techniques et financiers et collectivités territoriales. Des consultations ont été menées dans les quatorze régions du pays, en s'appuyant notamment sur les données de l'Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), conférant au document une base empirique solide.
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Sur le fond, les autorités affichent une volonté claire de rupture avec le modèle économique existant. Le ministre l'a exprimé sans détours : « L'objectif est de promouvoir une industrialisation fondée sur la transformation locale des ressources. » Une orientation stratégique visant à capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national et à générer des emplois stables et qualifiés.
Dans cette perspective, des actions ont déjà été engagées pour soutenir des secteurs jugés stratégiques, notamment les Industries chimiques du Sénégal, dont le redressement est perçu comme un indicateur clé de la viabilité de cette ambition industrielle. La politique nationale de l'emploi se veut un cadre global et cohérent, articulant formation professionnelle, insertion des jeunes, formalisation du marché du travail et renforcement de la protection sociale, en particulier pour les populations les plus vulnérables. Elle ambitionne, à terme, de garantir à chaque Sénégalais un emploi décent et productif, en phase avec les objectifs de transformation structurelle de l'économie.
Désormais validé sur les plans technique et institutionnel, le texte attend l'aval du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, pour entrer en application. Son adoption effective constituerait une étape majeure dans la réponse des pouvoirs publics à un défi central : celui de l'emploi, dont la résolution conditionne à la fois la stabilité sociale et les perspectives de développement du pays.