Soudan: Khartoum, meurtrie par la guerre, manque de morgues pour enterrer ses corps

Notre série de reportages toute la semaine sur le Soudan qui vient d'entrer dans sa quatrième année de guerre. C'est à Khartoum, en avril 2023, que les combats ont éclaté entre l'armée et les Forces de soutien rapide (FSR) qui s'affrontent pour le pouvoir. Après avoir occupé la capitale pendant deux ans, les FSR ont été chassées l'année passée par les Forces armées soudanaises. Mais, aujourd'hui, Khartoum est meurtrie. Elle n'a même pas encore fini d'enterrer ses morts.

Au milieu du campus de l'université internationale d'Afrique, Mohammed Osman, son directeur adjoint, marche sur un vaste espace de terre retournée. « Tout ce terrain que voyez ici, c'était une fosse commune », décrit l'universitaire depuis l'arrière de la faculté de médecine, « on a retrouvé entre 3 000 et 4 000 corps. Des enfants ont été retrouvés ici, ainsi que les corps de familles entières. »

Durant leur occupation de Khartoum, capitale du Soudan, les FSR interdisaient d'enterrer les morts. C'est en cachette que les habitants inhumaient leurs proches dans les mosquées, les écoles et même les cours des maisons.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Aujourd'hui l'équipe du docteur Hisham Zenalbdeen Mohamed, directeur de la médecine légale à Khartoum, tente de rendre leur dignité aux dépouilles. « On s'occupe de l'identification, du transfert, de l'enterrement des corps non identifiés et aussi des autopsies », explique-t-il. Le défi est immense. Les équipes manquent d'ambulances, de sacs mortuaires et de cercueils... « Il y a un nombre colossal de morts », résume le docteur.

Sur les cinq morgues de Khartoum, une seule est en état de fonctionner. Pour le professeur Jamal Youssif Ahmed, médecin légiste, les chambres froides manquent. Résultat, « on doit travailler très vite », regrette-t-il : « On coupe le corps du torse à l'abdomen, parfois le crâne aussi. Ça dépend de la condition du corps. On fait l'autopsie et tout de suite après, on renvoie corps. »

Les autorités soudanaises estiment qu'il reste encore 15 000 tombes de fortune, dans les rues de Khartoum.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.