Cameroun: Makini Tchameni - La femme qui défie un régime

Quarante-deux ans de combat. Telle est la trajectoire de Makini Tchameni, militante panafricaine, éducatrice et épouse d'un opposant camerounais emprisonné depuis octobre 2025.

Une Américaine enracinée dans le combat africain

Makini Tchameni est née Désirée Renée Smith le 29 janvier 1962 à Houston, Texas. Dernière d'une fratrie de huit, elle grandit dans une famille marquée par la résistance. Son père Floyd Smith avait assigné son employeur Hughes Tools en justice pour obtenir l'égalité salariale entre travailleurs noirs et blancs. Côté maternel, les frères Moody avaient acheté cent hectares après l'abolition de l'esclavage, terre transmise sans condition de vente. Ce socle familial forge sa conscience politique.

Kinésithérapeute diplômée en 1982, journaliste en 1992, titulaire d'un master en éducation du New Jersey en 1997, Makini Tchameni construit une double expertise qui orientera toute sa vie professionnelle.

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Juillet 1983 : une rencontre qui change tout

En juillet 1983, Makini croise un jeune militant camerounais panafricaniste. Trois mois plus tard, elle l'épouse. Le couple célébrait le 17 octobre 2025 leurs 42 ans de vie commune. Ensemble, ils auront quatre enfants : Nkrumah, Nzinga, Shabaka Mae et Samory.

Avant cette rencontre, elle milite déjà au All African People's Revolutionary Party fondé par Stokely Carmichael. Le message est radical : tout noir, quelle que soit sa terre de naissance, est africain. L'Afrique doit s'unir pour se défendre.

De Douala à Johannesburg : bâtir une école panafricaine

En 1986, Makini Tchameni ouvre un cabinet de kinésithérapie à Douala. En 1998, elle crée l'African American Academy à Bonaberi. Sept ans plus tard, elle fonde en Afrique du Sud la Fondation pour l'éducation afrocentrée.

Aujourd'hui, le réseau ACE Leadership Schools est implanté au Cameroun, en Afrique du Sud et au Burkina Faso. Le projet est clair : ouvrir une école dans chacun des 54 États de l'Union Africaine pour former des leaders intellectuellement compétents et ancrés culturellement.

1988-1990 : premier combat contre l'arbitraire

En 1988, son mari Djeukam Tchameni est arrêté sans inculpation par les services secrets camerounais après un voyage au Burkina Faso. Makini Tchameni lance une campagne internationale pour sa libération. Elle perd son fils Nkrumah dans des circonstances troubles durant cette période.

La pression porte. En mars 1990, le régime traduit son mari devant un tribunal militaire, qui le condamne à trois ans pour subversion. Six mois après, il est libéré par décret présidentiel en même temps que Me Yondo Black et Anicet Ekane.

Octobre 2025 : histoire qui se répète

Le 24 octobre 2025, au lendemain de l'élection présidentielle camerounaise, Djeukam Tchameni est kidnappé et conduit à Yaoundé. Domicile et école sont perquisitionnés sans mandat.

Makini Tchameni, telle Winnie Mandela face à l'apartheid, reprend ses tournées internationales. Elle contacte chefs d'État et personnalités africaines. Elle saisit des organisations de droits de l'homme et des gouvernements occidentaux.

Au Cameroun, elle crée le COFEM Collectif de Femmes et Mères des détenus arbitraires de la crise post-électorale pour soutenir les familles et coordonner la lutte pour la libération.

Femme-symbole dans une Afrique sous tension

L'action du COFEM teste la capacité des sociétés civiles africaines à s'organiser face aux arrestations politiques post-électorales. Le réseau ACE Leadership Schools, si menacé, privera des milliers d'élèves d'un modèle éducatif alternatif au sein du continent.

L'histoire de Makini Tchameni pose une question qui dépasse le Cameroun : jusqu'où une femme doit-elle reconstruire seule ce que l'État s'acharne à détruire ?

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