Intervenant lors d'un panel organisé en marge du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, ouverte ce lundi au CICAD, le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a livré une analyse sans détour de la lutte contre le terrorisme au Sahel.
Prenant la parole devant un parterre de décideurs politiques, militaires et experts, le chef de la diplomatie nigérienne a tenu à clarifier les termes du débat. « On veut parler de ça sans langue de bois, pour que les gens comprennent », a-t-il déclaré d'entrée, rappelant que le Niger est « en première ligne » et vit quotidiennement la réalité de la menace terroriste.
Dans son intervention, le ministre a insisté sur la nécessité de distinguer le terrorisme du djihadisme. Selon lui, « ce ne sont pas des djihadistes », mais bien « des terroristes qu'on a fabriqués au Sahel », dénonçant une confusion entretenue qui empêche d'attaquer le problème à sa racine.
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Il a également décrit un phénomène « multidimensionnel », dépassant largement les seules attaques armées. « Le terrorisme aujourd'hui, c'est à la fois des actions armées, mais aussi un terrorisme économique, financier, informationnel et de discrédit », a-t-il expliqué. Il a notamment dénoncé une médiatisation sélective, pointant certaines chaînes internationales qui relaient en boucle les attaques sans mettre en lumière les avancées des forces sahéliennes.
Pour Bakary Yaou Sangaré, les racines du terrorisme au Sahel sont également liées aux ressources naturelles de la région. « Nous sommes victimes de nos richesses », a-t-il affirmé, évoquant des intérêts extérieurs cherchant à maintenir leur influence par des moyens indirects après la fin de certaines formes de présence politique et militaire.
Le ministre a par ailleurs mis en avant les réformes engagées au Niger pour encadrer les investissements étrangers, notamment dans les secteurs minier et pétrolier, afin d'éviter les dérives du passé. « Aujourd'hui, aucun investisseur ne peut venir négocier directement avec un ministre », a-t-il souligné, évoquant des contrats antérieurs « difficilement compréhensibles ».
S'agissant des réponses à apporter, il a insisté sur la primauté de la confiance politique entre États africains, citant en exemple la dynamique de l'Alliance des États du Sahel. « Les chefs d'État se font confiance, et c'est ce qui a permis des avancées concrètes en moins de deux ans », a-t-il indiqué, mentionnant la mise en place d'une force unifiée et de mécanismes de coopération transfrontalière.
Mais c'est surtout sur la question des « bases arrière » que son propos s'est fait le plus incisif. « Tant que des pays africains vont continuer à servir de bases arrière pour déstabiliser leurs voisins, je ne vois pas le moyen par lequel nous pourrons combattre le terrorisme », a-t-il martelé.
Selon lui, certaines coopérations internationales restent ambiguës, accusant implicitement certains acteurs d'entretenir les dynamiques qu'ils prétendent combattre. « Vous ne pouvez pas être juge et partie », a-t-il lancé, appelant à une reconfiguration des partenariats sécuritaires.
En conclusion, le ministre a plaidé pour un dialogue politique de haut niveau entre dirigeants africains, condition essentielle selon lui pour instaurer une confiance durable et coordonner efficacement la lutte contre un phénomène qu'il qualifie de « complexe et instrumentalisé ».