Sénégal: Mass Thiam mise sur la souveraineté textile sénégalaise (2/3)

21 Avril 2026

Production locale, création d'emplois et conquête des marchés internationaux : l'administrateur de Domitexka, Mass Thiam, dévoile une stratégie ambitieuse pour repositionner l'industrie textile sénégalaise au coeur des politiques de souveraineté économique.

Après plusieurs années marquées par des fermetures successives et des changements de mode de gestion, Domitexka, située à Kaolack notamment dans la commune de Kahone, veut tourner la page. L'entreprise textile, arrêtée une nouvelle fois en 2021, engage aujourd'hui un vaste projet de relance avec l'appui de la coopération allemande, notamment à travers l'initiative « Invest for Employment » (Ife), déployée par la banque allemande de développement KfW.

Pour Mass Thiam, administrateur de la société, l'objectif est de remettre en marche l'ensemble des unités de production, avec un accent particulier sur la filature et le tissage. « Il s'agit de produire du fil au Sénégal, de le transformer en tissu au Sénégal et de créer de la valeur pour les Sénégalais », explique-t-il. La récente signature d'une convention avec « Aïssa Dione Tissus » s'inscrit dans cette dynamique.

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L'ancien directeur général de la Sonaged défend une vision engagée de la souveraineté économique. « Il faut savoir habiller ses politiques publiques », affirme-t-il. Chaque année, le Sénégal importe plus de 600 milliards de FCfa de produits textiles, un poids considérable pour la balance des paiements. Parallèlement, le pays exporte essentiellement du coton brut, sans transformation ni valeur ajoutée.

« Habiller les politiques publiques »

« En exportant le coton brut, nous faisons travailler d'autres pays. En important les produits finis, nous enrichissons encore d'autres économies. Il faut inverser cette logique », soutient-il. Pour lui, la souveraineté ne signifie pas repli sur soi, mais renforcement de la compétitivité nationale dans un contexte de mondialisation.

La relance de Domitexka pourrait générer entre 4 000 et 5 000 emplois, dont plus de 2 000 directs. Dans des zones comme Kaolack, où de nombreux jeunes exercent des activités informelles, l'enjeu est social autant qu'économique. « Il faut intégrer la jeunesse dans des activités industrielles structurées, avec formation et perspectives à long terme », insiste l'administrateur. L'appui allemand, sous forme de subvention, vise précisément à soutenir cet objectif de création d'emplois durables.

Les défis : énergie et compétitivité

Selon l'administrateur de Domitexka, le secteur textile reste confronté à deux défis majeurs : le coût de l'énergie et celui de la main-d'oeuvre. Si le Sénégal dispose de coton - environ 15.000 tonnes produites par an, avec un objectif gouvernemental de 100.000 tonnes - la compétitivité reste un enjeu central face à la concurrence asiatique. Domitexka envisage notamment le recours au solaire pour réduire ses charges énergétiques.

Mass Thiam appelle également à un meilleur encadrement des importations et à l'utilisation de la commande publique comme levier de soutien à l'industrie locale. Uniformes des forces de sécurité, tenues scolaires ou équipements publics pourraient être produits localement. L'entreprise explore aussi des niches de marché. En Allemagne, un simple t-shirt blanc non marqué peut coûter jusqu'à 30 euros. « Si nous produisons un t-shirt en coton bio, certifié et respectant les normes environnementales, nous pouvons capter une part de ce marché », avance-t-il.

La remise à niveau de la station d'épuration de l'usine constitue d'ailleurs un préalable exigé par les partenaires allemands afin de garantir la conformité environnementale et la traçabilité des produits. Pour Mass Thiam, la conclusion est sans appel : « Aucun pays ne s'est développé sans base industrielle ».

À travers la relance de Domitexka, c'est une vision plus large qui se dessine : structurer une filière textile nationale, réduire la dépendance aux importations, conquérir des marchés extérieurs et donner un contenu concret à la souveraineté économique sénégalaise. Le défi est immense, mais pour ses promoteurs, il est à la hauteur des ambitions du pays.

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