Gabon: Retour aux sources - Une responsabilité oubliée

Ils sont partis. Fuir la sorcellerie, chercher un avenir meilleur, accéder aux études, trouver un emploi : autant de raisons légitimes qui ont poussé des générations entières à quitter le village pour la ville, devenue symbole de réussite, de stabilité et de reconnaissance sociale. Et souvent, cette promesse se réalise.

On devient cadre, directeur, parfois même ministre. On adopte les codes urbains, son rythme et ses exigences. Mais dans cette ascension, une rupture s'opère : peu à peu, les valeurs, les repères et l'identité profonde s'effacent, jusqu'à faire oublier l'essentiel on n'est plus vraiment fils ou fille du village, mais pleinement "citadin".

Pourtant, une contradiction persiste. De loin, on continue d'exiger routes, électricité, infrastructures et investissements publics. Ces attentes sont légitimes, mais elles soulèvent une question fondamentale : quelle est notre part de responsabilité ?

L'État peut construire des écoles, tracer des routes, ériger des dispensaires. Mais il ne bâtira jamais nos maisons, n'entretiendra pas nos parcelles, ne nettoiera pas nos concessions. Il ne peut pas insuffler la vie à nos villages à notre place. Car un village ne vit pas grâce aux infrastructures, mais grâce à la présence de ses enfants.

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Dès lors, il devient nécessaire de repenser notre rapport au village. Il ne s'agit pas de tout abandonner pour y retourner définitivement, mais de recréer un lien concret et régulier. Trop souvent, les retours ne se font que pour des événements ponctuels -- décès, mariages -- comme si le village n'était plus qu'un lieu de passage ou de circonstances.

Pourtant, revenir peut aussi être un acte volontaire et constructif : un week-end, quelques jours, une semaine, un mois de vacances. Revenir pour entretenir la maison familiale, construire ou améliorer son habitation, investir même modestement, transmettre aux plus jeunes et recréer du lien humain. Chaque retour compte, chaque présence redonne un souffle.

Lébamba, à l'image de tant d'autres localités, n'a pas seulement besoin d'infrastructures ; elle a besoin de vie. Une maison sans enfants est silencieuse, un village sans ses fils et ses filles est voué à la solitude. Mais dès que les rires réapparaissent, que les pas résonnent dans les ruelles, que les portes s'ouvrent et que la vie quotidienne reprend, alors tout renaît. Le village respire à nouveau.

Ainsi, le développement de nos villages ne viendra pas uniquement des politiques publiques, mais aussi et surtout de notre engagement individuel et collectif. Revenir, ce n'est pas simplement se déplacer : c'est un acte de mémoire, de responsabilité et d'attachement. Car en réalité, personne ne fera vivre nos villages à notre place.

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