Cameroun: Bonas, Yaoundé I - 31 ans d'abandon pour les étudiants camerounais

Il y a des chiffres qui résument une faillite mieux que n'importe quel rapport. Trente et un ans. C'est le temps qu'il a fallu à la résidence universitaire Bonas, dans l'enceinte de l'Université de Yaoundé I, pour rester exactement dans le même état de délabrement. Pas d'amélioration. Pas de réhabilitation. Juste une lente dégradation que des générations d'étudiants ont dû absorber, faute d'alternative.

Des témoignages récents relayés sur les réseaux sociaux dressent un constat brutal : logements étudiants insalubres, odeurs persistantes, présence de rongeurs, infrastructure vétuste. Des conditions qui, en 2026, interrogent frontalement les responsabilités institutionnelles au sommet de l'État camerounais.

Un ministre interpellé, un silence qui pèse

Le nom de Fame Ndongo, ministre de l'Enseignement supérieur, circule avec insistance dans ces dénonciations. Les étudiants exigent sa démission, ou à défaut, des actes concrets. La question posée est simple, presque désarmante : comment un représentant de l'État peut-il tolérer que les futurs cadres du pays vivent dans de telles conditions ?

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L'université de Yaoundé I, première institution académique du Cameroun, porte une charge symbolique considérable. Elle forme les élites administratives, scientifiques, juridiques du pays. Que sa cité résidentielle principale reste dans cet état relève moins d'une contrainte budgétaire que d'un choix ou d'un abandon.

La politique des priorités inversées

Ce qui se joue à Bonas n'est pas un accident de gestion. C'est le reflet d'un système où l'infrastructure universitaire au Cameroun n'est jamais vraiment prioritaire sauf en période électorale. Plusieurs observateurs notent que les annonces de rénovation ou d'investissements dans le secteur de l'enseignement supérieur coïncident régulièrement avec les cycles politiques, avant de s'évanouir dès que l'euphorie retombe.

Le ministre de l'Enseignement supérieur dispose pourtant de leviers réels : budget sectoriel, partenariats avec les bailleurs de fonds, coopération avec les agences onusiennes spécialisées dans le logement étudiant. Ces outils existent. Leur mobilisation, elle, reste introuvable.

Ce que révèle un dortoir qui sent mauvais

La question posée par un étudiant en ligne est d'une acuité redoutable : "Imaginez un étudiant international venant des États-Unis chercher un logement à Yaoundé. L'emmèneriez-vous à Bonas ?" La réponse implicite dit tout sur le fossé entre les ambitions affichées d'internationalisation des universités africaines et la réalité physique de leurs campus.

À court terme, les conséquences sont mesurables : concentration de maladies liées à l'insalubrité, perte de productivité académique, exode des étudiants qui peuvent se loger hors campus à des coûts souvent prohibitifs. La cité universitaire de Yaoundé devient ainsi un facteur d'inégalités supplémentaire; ceux qui ont les moyens fuient, les autres subissent.

À moyen terme, le signal envoyé est dévastateur pour l'attractivité du système éducatif camerounais. Dans un contexte de compétition régionale pour retenir les talents, des campus délabré font fuir vers Dakar, Abidjan ou directement vers l'Europe des étudiants qui auraient pu rester.

La dignité comme exigence minimale

Un campus n'est pas un luxe. Un lit propre, un couloir sans rongeurs, une infrastructure fonctionnelle ce ne sont pas des privilèges réservés aux universités du Nord. Ce sont les conditions élémentaires d'un apprentissage digne.

La réforme du logement étudiant au Cameroun ne peut plus être renvoyée à plus tard. La vraie question n'est pas de savoir si Fame Ndongo doit démissionner. Elle est de savoir si, après trente ans d'immobilisme , quelqu'un, quelque part dans l'appareil d'État, considère encore que ces étudiants méritent mieux que ce qu'on leur inflige.

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