Le Comité national du Rassemblement pour le Développement (CNRD), qui dirige la transition en Guinée, avait annoncé, par la voix du premier ministre BAH Oury, la fin de la transition pour décembre 2025, peu après l’élection présidentielle.
Un agenda bien précis avait été ficelé, avec comme point final le 24 mai 2026, date de la tenue du double scrutin (législatif et communal), pour parachever la mise en place des nouvelles institutions. À la grande surprise des observateurs, le 10 avril dernier, un décret signé du président du CNRD décide du report de l’élection au 31 mai 2026.
La particularité ici sera que les deux campagnes pour les législatives et les communes s’ouvriront respectivement le premier mai (le jour de la fête du travail, pardon) et le 11 mai, pour se terminer le 28 du même mois.
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Mis à part le fait que le régime guinéen n’est pas en phase avec le protocole additionnel A/SP1/12/01 de la CEDEAO, sur la démocratie et la bonne gouvernance, additionnel au protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité, qui exige que six mois avant le scrutin, aucune disposition du code électoral ne peut être modifiée, sauf s’il y a un consensus entre les acteurs politiques. Tel n’est pas le cas.
Le procédé semble relever du « fait du prince » doublement. D’abord l’on se rappelle que la quasi-totalité des partis politiques significatifs, 40 au total, ont été suspendus ou dissous (RPG, UFDG, UFR), L’arrêté pris par le ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation, à cet effet, ordonne la dissolution des partis pour « manquement à leurs obligations », et leur retire également le contrôle de leurs ressources. Pis, leurs sièges sont mis sous scellé, avec une interdiction de toute activité politique.
Ensuite, la fixation de la date des deux scrutins se fait unilatéralement, de même que les reports, sans concertation avec les acteurs politiques ou ce qui en reste, pourvu que cela arrange le pouvoir en place.
Les intentions et la volonté du régime guinéen sont aujourd’hui assez claires, il s’agit après un retour en grâce dans le cénacle de l’OIF d’abord, et de la CEDEAO ensuite, de baliser la voie pour parachever sans difficulté la transition, si tant est que celle-ci revêt encore un sens.
C’est là où véritablement le régime cherche à jouer sa carte maîtresse, pour, comme les Béninois, rafler tous les sièges et se retrouver seul au parlement, comme à l’époque du parti unique, en laissant quelques communes marginales à des candidatures symboliques, si tant est que de telles candidatures passent l’étape du dépôt de la caution.
Le document rendu public par la Direction générale des Elections (DGE) fixe en effet la caution, pour les élections communales, à 35 millions de francs guinéens pour chaque liste de candidats. Pour les législatives, les montants sont respectivement de 300 millions de francs guinéens pour les listes nationales et 100 millions GNF pour les candidatures uninominales ou plurinominales.
En outre, les cautions devront être versées au Trésor public, au plus tard 55 jours avant la tenue du scrutin. La perspective de se retrouver avec un parlement monocolore le soir du 1er juin 2026 ne semble préoccuper personne, et c’est bien là que se trouve le problème.