Au cœur de la verte Casamance, entre les rizières nourricières et les vastes terres encore en attente d'être valorisées, le Centre de recherches agricoles (CRA) de Djibélor a vibré ce mardi 21 avril au rythme des moteurs et de l'espoir. Après deux semaines d'apprentissage intensif, 19 bénéficiaires y ont reçu leurs attestations de fin de formation en machinisme agricole. Une option qui place la mécanisation au centre du combat pour la souveraineté alimentaire du Sénégal.
Sous les grands arbres qui bordent le site du Centre de recherches agricoles de Djibélor, à moins de cinq kilomètres de la commune de Ziguinchor, motoculteurs, cultivateurs et décortiqueuses de riz étaient soigneusement exposés. Dans les ateliers comme sur les parcelles d'essai, les stagiaires ont appris à assembler, conduire, entretenir et réparer ces équipements devenus indispensables à une agriculture moderne.
Organisée du 7 au 21 avril 2026 sous la tutelle du directeur du CRA, Dr Paterne Diatta, cette session visait à réduire la pénibilité du travail dans les champs, notamment dans les rizières où le « Kadiandou », outil traditionnel utilisé en milieu diola, reste encore largement employé. Grâce à la mécanisation, le gain de temps et de rendement sera bientôt au rendez-vous. Les experts coréens Kim Myeong-Geun et Lee Ung-Jae, venus du Centre Korea Partnership for Innovation of Agriculture (KOPIA), ont assuré les formations pratiques et théoriques. Selon eux, une machine peut permettre de cultiver jusqu'à dix hectares en une semaine.
Faire de la Casamance un pôle d'excellence
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Prenant la parole au nom de l'Entente interdépartementale regroupant Oussouye, Ziguinchor et Bignona, le secrétaire général du Conseil départemental de Ziguinchor, Upahotep Kadior Mendy, a salué une formation qui est venue à son heure. Selon lui, l'agriculture sénégalaise fait face à de nombreux défis liés à la modernisation, à l'accès aux équipements et à la qualification des jeunes producteurs. « Le machinisme, ce n'est pas seulement des acteurs et des outils. C'est la capacité de produire plus, mieux et plus intelligemment.
Nous comptons sur les récipiendaires pour innover et partager leurs connaissances avec leurs voisins et impacter tout autour d'eux », a souligné le SG du Conseil départemental de Ziguinchor. S'adressant aux récipiendaires, il les a exhortés à partager leurs acquis autour d'eux et à devenir les artisans d'une nouvelle dynamique agricole. Poursuivant, M. Mendy a lancé un appel fort pour faire de la Casamance « un pôle d'excellence et lui permettre de devenir le grenier du Sénégal ».
De son côté, le directeur régional du développement rural de Ziguinchor, Casimir Adrien Sambou, a indiqué que la politique de la souveraineté alimentaire repose d'abord sur une formation de qualité. « Pour atteindre cet objectif, on doit miser davantage sur la formation. Les récipiendaires ayant acquis de solides connaissances doivent les utiliser pour transformer l'agriculture du Sénégal. Tous doivent transformer ces connaissances acquises en résultats concrets dans les exploitations agricoles », a insisté M. Sambou.
Productivité et avenir agricole durable
Pour sa part, le directeur général de l'Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA), Dr Moustapha Guèye, a rappelé que « la révolution agricole passe nécessairement par le renforcement des capacités des acteurs, aussi bien dans le machinisme que dans les opérations post-récolte ». Aussi, le Dr Guèye a insisté sur la nécessité de réduire drastiquement les pertes après récolte, souvent responsables de lourds manques à gagner pour les producteurs. Pour lui, le programme mis en œuvre à Djibélor est « ambitieux, car il vise à améliorer à la fois la productivité et la préservation des équipements agricoles ».
Estimant que tous les producteurs ne peuvent pas disposer individuellement d'un tracteur, le DG de l'ISRA a plaidé pour que le Centre de recherches agricoles de Djibélor devienne un véritable centre d'incubation et de services techniques accessible à toute la région. Venu présider la cérémonie, le sous-préfet de l'arrondissement de Niaguis, Massamba Mbaye, a souligné que les compétences acquises contribueront à renforcer toute la chaîne de valeur agricole.
Restant sur cette même dynamique, l'autorité administrative y voit un pas important vers un avenir durable, en phase avec l'Agenda national de transformation 2050. Selon lui, l'appui sur les compétences techniques permettra d'améliorer sensiblement les rendements. « On doit s'appuyer sur les compétences techniques pour booster les productions agricoles. Des rendements meilleurs verront le jour », a affirmé le sous-préfet de Niaguis.
Au nom des bénéficiaires, Amadou Ndiaye a précisé que cette formation leur a permis « d'acquérir de solides compétences qu'ils mettront désormais au service de la communauté pour accélérer la modernisation de l'agriculture sénégalaise ». Trois bénéficiaires se sont particulièrement illustrés. Ils ont obtenu des distinctions d'excellence au terme de la formation. Il s'agit de Mouhamadou Lamine Gning, Aliou Badara Coly et Victor Dioka Diatta. À Djibélor, entre machines ronronnantes et ambitions renouvelées, l'agriculture de demain semble y avoir déjà été dessinée.