Ile Maurice: Violences basées sur le genre - Moins de cas, toujours autant de failles

Le Conseil des ministres a pris acte, le 17 avril, des principaux éléments et conclusions du rapport Statistics in Mauritius - A Gender Approach 2024-25, préparé conjointement par le ministère de l'Égalité des genres et du bien-être familial et Statistics Mauritius. Ce rapport annuel offre un aperçu complet des indicateurs liés au genre à Maurice.

Pour le dossier sensible de la violence basée sur le genre (VBG), le ministère a dépensé Rs 45,8 millions sur les Rs 54,5 millions allouées. Le nombre de cas de VBG enregistrés a légèrement diminué, passant de 6 506 à 6 112 entre les deux périodes de référence. Toutefois, ces chiffres excluent les incidents traités par le ministère de la Santé et la police. Les données sur les féminicides n'étaient pas disponibles.

Les victimes masculines représentent environ 20 % des cas signalés. Mais aucun centre d'hébergement n'est spécifiquement dédié aux hommes. Le ministère ne dispose pas non plus d'une base de données exhaustive, ni d'indicateurs de performance permettant d'évaluer les risques ou l'efficacité des programmes.

Principales lacunes

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· Cadre financier incomplet : des subventions de Rs 3,8 millions ont été accordées à deux centres d'hébergement pour femmes en 2023-24 sans protocole d'accord définissant les rôles et les responsabilités. En octobre 2024, aucune réglementation ne les encadrait.

· Cadre juridique insuffisant : le Domestic Abuse Bill n'est toujours pas finalisé, ce qui laisse incertaine la réglementation des centres d'hébergement d'urgence et de transition.

· Difficultés de suivi : L'absence d'un système national harmonisé d'informations sur les violences sexistes et d'indicateurs de performance adéquats compromet la planification, la réponse et l'évaluation.

· Manque de données probantes : les programmes ne sont pas systématiquement fondés sur des données probantes et les besoins régionaux ne sont ni pleinement cartographiés, ni coordonnés entre les différents secteurs.

Parmi les priorités immédiates du ministère figurent plusieurs mesures structurantes visant à renforcer la réponse institutionnelle aux violences domestiques. Il s'agit d'abord de formaliser les modalités des subventions en publiant des protocoles d'entente pour les centres d'hébergement déjà financés, afin de clarifier les responsabilités, de définir des normes minimales de service et de préciser les obligations en matière de reddition de comptes. Le ministère entend également accélérer le processus d'adoption du Domestic Abuse Bill et publier un projet de règlement qui sera soumis à une consultation publique, dans le but d'assurer un cadre législatif plus robuste et mieux adapté aux réalités du terrain.

Par ailleurs, une modernisation progressive du Domestic Violence Information System est prévue. Elle comprendra l'intégration des rapports issus des services de santé et de police, la mise en oeuvre d'un projet pilote à l'échelle régionale, puis un déploiement progressif à l'échelle nationale.

Il faut noter que lors d'un atelier de validation sur le projet de loi relatif à la violence conjugale en janvier dernier, la ministre Arianne Navarre-Marie avait attiré l'attention sur le nombre alarmant de cas de violence conjugale, exhortant les victimes à se manifester en leur assurant un soutien adapté. Elle avait également confirmé que le viol conjugal serait reconnu comme une infraction dans le projet de loi.

Des ateliers pilotes de cartographie régionale et de coordination des parties prenantes seront organisés dans les zones à forte incidence afin de concevoir des initiatives de prévention reposant sur des données probantes et adaptées aux besoins locaux.

Dans son message accompagnant le rapport, la ministre affirme que ce rapport annuel marque «le début d'une nouvelle ère et témoigne d'une détermination à rétablir la confiance, honorer les engagements du gouvernement et veiller à ce qu'aucune femme, aucun enfant, aucune famille ne soit laissée pour compte dans notre marche vers le renouveau national». Toutefois, comme le souligne le rapport, lutter efficacement contre les violences sexistes exige de meilleures données, une législation plus claire et une coordination intersectorielle renforcée.

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