Il est 19 heures passées, ce 8 avril, lorsque les lumières s'éteignent dans la salle du Caudan Arts Centre. Dans un silence suspendu, les premières notes résonnent. Sur scène, une jeunesse prend la parole. Avan Ler commence - et avec elle - une plongée sans détour dans les réalités souvent tues de l'adolescence.
Portée par la troupe Kõnnflor et imaginée par Stelio Pierre Louis, cette comédie musicale en créole ne se contente pas de divertir. Elle interpelle. Pendant près de deux heures, chants, chorégraphies et scènes théâtrales s'enchaînent avec fluidité, racontant des histoires qui résonnent dans chaque foyer. Sur scène, les personnages sont jeunes, vulnérables, parfois perdus. Ils traversent la puberté, découvrent la pression sociale, flirtent avec les dangers - drogue, sexualité non protégée, grossesse précoce. Le public, lui, oscille entre rires et silences lourds.
Des sujets sensibles, traités sans filtre
Dès les premières scènes, le ton est donné. Une adolescente confrontée à une grossesse non planifiée ; un jeune tiraillé entre l'envie d'appartenir à un groupe et la peur de dire non ; des dialogues crus, mais nécessaires sur les infections sexuellement transmissibles.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Avan Ler ne détourne jamais le regard. Au contraire, le spectacle plonge au coeur des tabous, avec une volonté claire : provoquer la discussion. Dans la salle, parents et adolescents assistent ensemble à ces tranches de vie. Certains échangent des regards, d'autres restent figés, absorbés.
Sur scène, ils sont 23. Comédiens, chanteurs, danseurs - tous incarnent avec justesse cette fresque sociale. Parmi eux, Jean Harel Speville, également co-directeur, insuffle une intensité particulière à certaines scènes clés. La coordination, assurée par Bruneda Edouard, se ressent dans la précision du spectacle. Les tableaux s'enchaînent sans accroc, portés par une scénographie simple mais efficace.
De Rodrigues à Maurice : un message qui voyage
Avant d'arriver à Maurice, Avan Ler a été présenté à Rodrigues, où cinq représentations ont rassemblé élèves et grand public. Le projet, initié par l'AIDS Unit et soutenu par plusieurs institutions, s'inscrit dans une démarche de sensibilisation. Après un an d'efforts - entre autofinancement, levées de fonds et engagement collectif -, la troupe franchit une nouvelle étape avec cette représentation mauricienne. Dans la salle, la diaspora rodriguaise est présente, visiblement émue.
À la fin du spectacle, les applaudissements sont longs, nourris. Le public se lève. Certains essuient discrètement une larme. D'autres filment les derniers instants. Plus qu'un simple divertissement, Avan Ler s'impose comme un outil social. Une «bouffée d'air frais», confie un spectateur à la sortie.
Au coeur du projet, une idée simple mais urgente : parler. Parler de sexualité, de santé, de responsabilités. Parler avant que les conséquences ne s'imposent. Avec Avan Ler, la Skool of Arts réussit un pari ambitieux : transformer la scène en espace de dialogue intergénérationnel. Et dans une société où certains sujets restent encore murmurés, le spectacle rappelle une évidence : parfois, il faut oser dire les choses... avan ler.