Face aux menaces multiformes et aux défis de la souveraineté, le forum de Dakar a préconisé la « doctrine de Dakar ». Cette doctrine émanant des propositions du Chef de l'Etat libérien propose d'attaquer le mal à la racine pour anticiper sur les crises, mais aussi d'activer le levier de la souveraineté économique assurer une paix durable sur le continent. Ce sont les grandes lignes du discours de clôture de la 10ème du Forum Paix et Sécurité en Afrique de Dakar.
Le ministre de l'intégration africaine, des affaires étrangères et des Sénégalais de l'extérieur a prononcé le discours de clôture de la 10ème édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique. Ce forum a été pour le ministre un véritable moment au cours duquel, les experts et des autorités venus de divers pays du continent et d'ailleurs ont examiné sans complaisance les fragilités et défis du continent pour leur adresser des solutions appropriées.
A la lumière des discours et des échanges qui ont marqué cette 10 édition considérée comme celle de la maturité, il ressort selon le ministre Cheikh Niang que l'Afrique n'est plus condamnée à subir les crises mondiales. Elle doit plutôt être un acteur majeur d'une reconfiguration des équilibres à travers le monde. Le continent doit être l'acteur principal de sa paix, qui ne saurait être ni importée, ni déléguée mais construite à partir d'institutions légitimes et assimilées par les populations.
« Cette 10ème édition qui consacre la maturité du forum a été un moment de vérité. Nous avons regardé en face les fragilités de notre continent sans complaisance pour assumer avec lucidité nos responsabilités collectives. Et nous avons compris et conclu que l'Afrique n'est pas condamnée à subir les crises du monde, mais qu'elle peut et qu'elle doit contribuer à redessiner les équilibres.
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Cette conviction, c'est que la paix en Afrique ne sera ni importée, ni déléguée, ni improvisée. La paix sera construite par des institutions légitimes, par des économies en croissance résilientes et par des sociétés équitables et inclusives », a dit le Chef de la diplomatie sénégalaise.
Dans son discours, il a rappelé les interventions qui ont toutes souligné qu'il ne peut y avoir de sécurité durable sans une confiance restaurée entre l'État et ses citoyens. Et pour gagner le pari de la stabilité, il faut s'attaquer aux causes. Ces racines du mal, identifiées comme la précarité, l'exclusion sociale et la radicalisation des jeunes et des femmes, doivent être combattues pour préserver le rôle de ces populations en tant qu'acteurs de paix.
Cette nouvelle option de lutte contre l'insécurité est fondée sur la «Doctrine de Dakar », une proposition majeure formulée par le président sierra-léonais Julius Maada Bio. Celle-ci prône une approche fondée sur l'anticipation et la prévention, rompant ainsi avec une attitude purement réactive consistant à agir après que le mal soit fait. Il s'agit par cette doctrine à permettre à l'Afrique de maîtriser ses propres trajectoires sécuritaires en devenant moins dépendante des interventions extérieures, d'anticiper sur les menaces et de prendre les décisions nécessaires en amont pour éviter que les crises ne s'installent.
Le ministre a ainsi rappelé que la sécurité est fortement tributaire de l'exigence de souveraineté économique qui a été placée au centre des priorités continentales. Dans cette dynamique, il urge de créer de la valeur ajoutée dans l'exploitation de nos ressources naturelles qui doivent désormais être transformées sur place. « Nos échanges ont également mis en lumière une autre exigence, celle de la souveraineté économique.
En cela, il convient de transformer in situ nos ressources naturelles, y compris nos minéraux stratégiques pour créer des chaînes de valeur, des emplois. Il faut absolument sortir du paradoxe qui fait de l'Afrique un continent riche en ressources naturelles mais à la traine surtout sur les standards de développement ». Le ministre note que cela ne doit pas signifier une volonté d'isolement, mais plutôt celle de développer de partenariats qui profitent aussi bien aux partenaires qu'au continent : « réaffirmer nos souverainetés politique, stratégique, économique, alimentaire et numérique ne saurait être synonyme d'isolement.
Cela signifie être ancrés dans nos valeurs, et bâtir des partenariats gagnant-gagnant fondés sur le respect mutuel. Cela signifie que nous devons assumer des choix économiques endogènes et crédibles qui sont tournés vers de partenariats mutuellement bénéfiques ». La transformation structurelle du continent passe par une meilleure intégration régionale et une valorisation accrue des échanges intra africains notamment la mise en oeuvre effective de la ZLECAF. « L'intégration se présente non pas comme un idéal abstrait mais comme une nécessité absolue.
Aucun de nos Etats pris isolément ne pourra répondre efficacement aux menaces transfrontalières et asymétriques : le terrorisme, le trafic de tous genres, les cyber-menaces, les crises climatiques ignorent les lignes que nous avons tracées sur les cartes. Face à ces défis, l'unité n'est pas une option, elle est une condition sine qua non. Et cette unité doit être portée par des mécanismes crédibles, bien financés et coordonnés.
Elle doit s'incarner dans des institutions qui protègent. C'est en cela que la proposition généreuse de Monsieur le président Maada Bio en faveur d'une doctrine de Dakar sur la prévention des conflits trouve toute sa pertinence. Une telle doctrine ne se limite guère à répondre aux crises, mais elle permet de les anticiper et de les prévenir » a dit M. Niang.