Amnesty international a fait bilan à mitigé de la situation des droits humains au Sénégal. Dans le rapport annuel publié hier, mardi 2& avril, l'organisation de Seydi Gassama note de avancées pour le Sénégal. Toutefois, elle est revenue à la charge sur des questions comme les droits des enfants et la surpopulation carcérale.
Lors de la conférence de presse, Seydi Gassama, directeur exécutif d'Amnesty International Sénégal, a dressé un bilan contrasté de la situation du pays pour l'année 2025. Il a noté une amélioration du respect du droit de manifester. « Des rassemblements citoyens et politiques ont pu se tenir, reflétant une volonté affichée des autorités de garantir cette liberté fondamentale », a-t-il déclaré, soulignant que cette avancée est cruciale après des épisodes passés de violences meurtrières liés à la restriction de ce droit.
En revanche, il a déploré une détérioration de la liberté d'expression, avec des tensions entre le gouvernement et les médias, notamment via la tentative d'imposer certaines réformes sans consensus. Plusieurs organes de presse ont été suspendus pour avoir donné la parole à des personnalités controversées, une situation qu'il juge « inacceptable », ces interventions relevant du débat public et non d'appels à la violence. Il a toutefois salué le rôle contre-pouvoir de la justice, en particulier de la Cour suprême, faisant preuve d'une certaine indépendance institutionnelle.
L'année 2025 a vu de nombreuses arrestations pour prises de parole publiques, touchant journalistes, militants et citoyens, parfois sur initiative privée. Pour Gassama, ces pratiques nuisent à la qualité du débat démocratique. Il plaide pour l'abolition des peines d'emprisonnement pour les délits de presse, remplacées par des sanctions civiles comme les amendes.
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Il a également alerté sur le droit à un environnement sain, citant des décharges près d'habitations et d'écoles, exposant les populations à des risques sanitaires graves. Malgré des études prouvant la dangerosité du site, les autorités tardent à agir, ce qui peut entraîner une hausse des maladies respiratoires, notamment chez les enfants.
Seydi Gassama a insisté sur la nécessité de lutter contre l'impunité. « Plus de cinq ans après les manifestations meurtrières de 2021, les familles des victimes attendent toujours justice », a-t-il martelé, dénonçant un « déni de justice » et appelant à la transparence sur ces décès estimés à plusieurs dizaines, dont des mineurs.
Avec environ 15 000 détenus pour une capacité bien inférieure, les prisons sénégalaises connaissent une surpopulation alarmante. « Les conditions de détention sont contraires aux droits humains », a-t-il dénoncé, appelant à des mesures urgentes pour désengorger les prisons et garantir des conditions de vie dignes.
Des centaines de jeunes Sénégalais ont péri en mer en tentant de rejoindre l'Europe. Il appelle l'État à renforcer la lutte contre les réseaux de passeurs et à proposer des alternatives économiques pour la jeunesse.
Il a posé un regard critique sur la situation des enfants vivant dans la rue, avec plusieurs décès liés à des conditions de vie précaires signalés en 2025, exhortant les autorités à agir rapidement malgré les efforts législatifs.
Enfin, il a dénoncé les discriminations contenues dans le Code de la famille sénégalais, notamment la « puissance paternelle » et les inégalités concernant l'âge légal du mariage, des notions toujours « problématiques ». Il appelle à une réforme profonde pour aligner la législation nationale sur les engagements internationaux du Sénégal en matière de droits des femmes et des enfants.