La cérémonie d'ouverture de la 5ème édition des Journées de l'Agroécologie au Sénégal (JAES), s'est déroulée hier, Mardi 21 avril 2026 au Musée des Civilisations Noires (MCN) de Dakar. Placée sous le signe de l'action et de la convergence, cette rencontre a vu la participation de représentants des 14 régions du Sénégal et de plusieurs pays africains et occidentaux. Les ministres en charge de l'Environnement et de l'Agriculture ont posé les jalons d'une nouvelle gouvernance intégrée pour le secteur. Selon les acteurs de la filière l'institutionnalisation de l'agroécologie est devenue une nécessité pour assurer la cohérence et complémentarité des actions, renforcer la coordination des acteurs et des initiatives et inscrire cette approche dans les politiques agricoles alimentaire du pays.
La cinquième édition des Journées de l'Agroécologie s'est ouverte hier, au Musée des Civilisations Noires dans un contexte marqué par l'urgence climatique et les enjeux de souveraineté alimentaire. Pendant trois jours, producteurs, chercheurs, élus locaux et partenaires internationaux vont plancher sur la consolidation d'une dynamique qui, selon les organisateurs, n'est plus une simple alternative mais une « nécessité stratégique ».
Prenant la parole en ouverture, Absa Mbodj, représentante de l'organisation, a salué la mobilisation exceptionnelle de cette édition 2026. « Les 14 régions du Sénégal sont représentées avec plus de 60 localités. Nous accueillons des participants de 13 pays africains, ainsi que des délégations du Canada, de la France, de la Suisse ou encore de l'Allemagne », a-t-elle énuméré. Selon elle, la force de ce rendez-vous réside dans la diversité de ses acteurs : 40 % de la société civile, 20 % du monde de la recherche, sans oublier les élus locaux et les partenaires financiers.
Mme Mbodj a également souligné un renouvellement important des participants (64 % de nouvelles voix) avant de rendre un hommage émouvant à un collègue disparu huit jours plus tôt, dont la mémoire a marqué les préparatifs de l'événement.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Poursuivant les échanges, Yama Fall, représentant du Conseil national de concertation des ruraux (CNCR), a insisté sur le rôle central des exploitations familiales. « Elles nourrissent la population, structurent les territoires et portent des savoirs essentiels. Pourtant, elles restent confrontées à un accès limité aux ressources productives et à une dépendance aux intrants chimiques », a-t-elle déploré.
Mme Fall, également présidente du Collège des femmes, a plaidé pour un accès équitable à la terre, au crédit et aux équipements pour les femmes et les jeunes. « Investir dans les femmes, c'est investir dans la sécurité alimentaire et la résilience des territoires », a-t-elle martelé, appelant à ce que les recommandations des éditions précédentes ne restent pas « lettres mortes ».
L'allocution du Dr Abdourahmane Diouf, ministre de l'Environnement et de la Transition écologique, a marqué un tournant. Représentant le gouvernement, il a révélé l'élaboration d'une Stratégie nationale de transition agroécologique, portée conjointement par son ministère et celui de l'Agriculture.
« L'agroécologie ne se limite pas à un ensemble de pratiques agricoles. Elle constitue une approche systémique, intégrée et transformative, capable de concilier productivité, durabilité environnementale et justice sociale », a expliqué le ministre. Il a détaillé les trois piliers de cette nouvelle feuille de route : la multi-sectorialité (agriculture, élevage, eau, énergie), l'alignement stratégique sur les agendas nationaux (Sénégal 2050), et l'inclusion sociale. Le ministre Diouf a également tenu à rendre un vibrant hommage à Madame Sow, figure emblématique de la défense de l'environnement et de l'agroécologie sur le continent.
Passer de la vision à l'action
Prenant le relais, le Dr Mabouba Diagne, ministre de l'Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l'Elevage (MASE), a adopté un ton résolument concret. Comparant le prix des engrais chimiques à celui des intrants organiques, il a martelé que « l'agroécologie n'est plus un luxe, mais une nécessité économique ».
Le ministre Diagne a annoncé le doublement voire le triplement des subventions pour les aliments organiques. Il a proposé la mise en place d'un comité d'exécution chargé de transformer les discours en actions mesurables. « Nous voulons passer des visions à une politique d'implémentation. Sans budget, ce ne sont que des théories », a-t-il lancé, insistant sur la création de coopératives agricoles communautaires pour territorialiser la transition.
« Aujourd'hui, nous avons toutes les recettes pour réussir cette mission », a conclu le ministre, avant de déclarer officiellement ouvertes les Journées de l'Agroécologie 2026. Jusqu'au 23 avril 2O26, invitant l'ensemble des acteurs à « passer à l'acte ».