Ile Maurice: Verlaine St Pierre - «Servir deux repas par jour prévient le décrochage scolaire»

Au Centre agricole frère Rémy, à Rodrigues, la directrice mise sur un excellent taux de réussite au «National Certificate Level 2» (NC2) grâce à l'arrivée de deux nouvelles enseignantes et à l'engagement des élèves. Seule ombre au tableau : le manque de rations à la cantine. Une campagne de levée de fonds urgente est lancée sur www.smallstepmatters.org afin de financer les repas des adolescents.

Comment s'est déroulé le premier trimestre ?

Au mieux ! Notre effectif est de 21 jeunes répartis en deux promotions. Deux enseignantes dynamiques, Shirley Anne Perrine et Andrianna Cupidon, sont venues renforcer notre équipe pédagogique. Un coup de jeune pour le Centre frère Rémy ! En plus des cours pratiques et théoriques, ces deux nouvelles éducatrices ont encadré des sorties, comme la visite de la forêt endémique de Grande montagne.

Elles accompagnent également nos élèves en stage et lors de formations avec les officiers de la Commission de l'agriculture. Elles ont aussi proposé des sorties pour transmettre aux élèves l'histoire de l'île Rodrigues...

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Une année bien lancée, mais toujours des défis ?

Notre principale difficulté reste la préparation des repas servis à la cantine, faute de rations variées adaptées à notre budget. Les éducateurs et les familles qui le peuvent se cotisent ou font des dons à tour de rôle. Le riz ration constitue l'élément essentiel, et parfois quasi unique, des repas servis. Nous préparons essentiellement des salades de mangues et de papayes, ainsi que du riz roussi. Du riz roussi avec de la queue d'oignon et parfois des oeufs. Heureusement, ce menu plaît aux jeunes, même s'ils se sont bien rendu compte que le centre n'est plus en mesure de leur servir des repas équilibrés comme par le passé.

Les légumes et les plantes cultivés sur place sont proposés à la vente.

Ce qui est triste, c'est que certains mangent deux assiettes, car c'est leur seul repas consistant de la journée (en plus du petit-déjeuner que nous offrons). Le soir, chez leur grand-mère, ils se privent pour qu'il y ait suffisamment à manger pour leurs cousins et cousines. À chaque visiteur qui passe à l'école (par exemple, nos clients pour les plantes de nos serres et ombrières), nous demandons Rs 25 ou Rs 50 de don pour financer les rations de la cantine. Mais c'est fatigant et cela met mal à l'aise de devoir mendier ainsi.

Pour vous, le service de cantine est essentiel pour plusieurs raisons...

Effectivement, servir deux repas par jour (le petit-déjeuner et le déjeuner) prévient le décrochage scolaire. Ces moments créent aussi des échanges constructifs et conviviaux, qui font partie de l'ambiance de l'école. Quand la cloche sonne, c'est la fête ! Les enfants reviennent des cours pratiques en élevage ou en agriculture, ils se lavent les pieds et les mains, puis nous nous mettons à table, tous ensemble. Ils partagent leur joie de vivre, les histoires de leur partie de pêche de la veille au soir...

Les deux promotions totalisent 21 jeunes apprentis cette année scolaire.

À tour de rôle, un formateur et un groupe d'enfants assurent le service, que ce soit pour cuisiner ou pour d'autres tâches. C'est aussi l'occasion, pour certains adolescents, de confier leurs souffrances.

Avec la conjoncture actuelle, vous économisez sur les matières premières ?

Oui, nous ramassons du bois dans la cour de l'école pour cuisiner au feu de bois, surtout les grains secs, lorsque nous recevons des dons. Nous économisons ainsi sur la consommation de gaz. Avant, nous comptions beaucoup sur le biogaz, mais des travaux de rénovation doivent être entrepris pour remettre le système à niveau. Le projet de biogaz me tient beaucoup à coeur. Chaque fois que nous le pouvons, nous faisons des économies. Par exemple, nous allons cultiver davantage sur notre site pour nourrir les cochons et réduire l'achat de granulés.

Comment s'annoncent les examens de fin d'année ?

Très bien. Onze élèves prendront part aux examens du NC2 Élevage et culture en plein champ à la fin de l'année. Ils ont déjà commencé leurs stages. Les maîtres d'apprentissage sont très satisfaits des jeunes. Certains recevront même des propositions d'emploi avant la fin de leur cursus. Notre formation est très reconnue. J'ai bon espoir que les 11 candidats présentés aux épreuves seront diplômés. Je voudrais remercier l'équipe de Small Step Matters ainsi que le généreux donateur anonyme qui a financé les salaires de nos deux nouvelles éducatrices à temps partiel. Cela a permis de donner un nouveau souffle à notre équipe d'encadrement.

Un estomac rempli, un esprit nourri !

Fondée en 2016 par Céline Planel et David Commarmond, l'organisation caritative Small Step Matters s'est imposée comme la seule plateforme nationale de financement participatif dédiée aux projets à but non lucratif de la République de Maurice. Engagée à donner une voix aux initiatives sociales et environnementales - de Rodrigues à Agaléga -, elle valorise la force du collectif en mobilisant associations, citoyens et entreprises autour de causes d'intérêt général.

Avec seulement Rs 100 par jour, un adolescent peut bénéficier d'un petit-déjeuner et d'un déjeuner préparés avec soin et amour par les encadrants du centre de formation agricole.

 

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