L'enquête judiciaire pour faire la lumière sur la mort de John Mick Martingale, 32 ans, retrouvé pendu dans sa cellule à la prison centrale de Beau-Bassin le 8 septembre 2024, s'est poursuivie le lundi 20 avril 2026 en cour de district de Rose-Hill. Devant le magistrat Jonathan Vellien, les auditions ont mis en exergue des failles préoccupantes dans le respect des procédures, notamment lors d'une fouille menée quelques heures avant le drame.
À la barre, le gardien Jonathan Vythilinga, longuement interrogé par Me Ricky Bhookhun du bureau du Directeur des poursuites publiques, a livré un témoignage clé. Il a reconnu qu'aucune information préalable n'avait été transmise au centre de contrôle avant l'intervention dans la cellule 71.
Ce centre, chargé de la surveillance continue via des caméras, constitue pourtant un maillon essentiel pour assurer la traçabilité des opérations en milieu carcéral. Confronté à la gravité de cette omission, le témoin a acquiescé : il s'agit bien d'un manquement.
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Les faits, tels que relatés en cour, remontent au 7 septembre 2024. Ce soir-là, alors qu'il se trouve dans le bureau de l'assistant surintendant des prisons (ASP) Ramtoolah, Vythilinga apprend, par le gardien Ghoorah, qu'un détenu serait en possession d'un téléphone portable. Une équipe de cinq officiers est rapidement constituée : l'ASP Ramtoolah ainsi que les gardiens Ghoorah, Nundlall, Constant et Vythilinga. Tous se dirigent vers la cellule concernée.
Selon la déposition de Vythilinga, seul le gardien Constant pénètre dans la cellule, les autres restant à l'extérieur. Martingale nie d'abord les faits avant de changer de version, affirmant avoir jeté l'appareil par la lucarne. Sur insistance, il finit par produire le téléphone et le brise. L'objet et son chargeur sont récupérés et sécurisés.
Le témoin campe toutefois sur une ligne constante : aucune violence n'aurait été exercée. Il évoque une intervention sans tension, sans propos déplacés, ni gestes brutaux, décrivant un détenu calme, sans signe d'agressivité. Une version qui tranche nettement avec les conclusions de la contre-autopsie réalisée par le Dr Sipho Mfolozi, qui évoque une mort par asphyxie consécutive à une agression.
D'autres éléments viennent troubler davantage le tableau. Vythilinga admet ne pas avoir été équipé de sa matraque au moment des faits, une situation qui, selon les échanges en cour, ne serait pas isolée. L'absence d'équipement réglementaire lors d'une intervention de ce type soulève des interrogations sur la discipline et l'encadrement des équipes.
Le flou persiste également sur la consignation de cette fouille dans le registre officiel des interventions (occurrence book). Le témoin indique ne pas pouvoir confirmer si cette formalité a été respectée par l'ASP Ramtoolah, bien qu'il affirme que ce dernier a sécurisé le téléphone dans un coffre-fort après l'opération.
Enfin, une phrase rapportée dans sa déposition à la Criminal Investigation Division de Barkly - «Pa pou ena nanye» - attribuée à l'ASP Ramtoolah, intrigue. Selon Vythilinga, elle signifiait qu'aucune mesure disciplinaire ne serait engagée à l'encontre du détenu malgré la découverte de l'objet interdit. Face à ces éléments, l'enquête se poursuit dans un climat de plus en plus tendu, entre dénégations des officiers et contradictions médico-légales.
L'audience reprendra le 27 avril, avec la suite de l'interrogatoire du gardien Vythilinga et la comparution attendue du gardien Constant, dont le rôle dans la fouille s'annonce déterminant.