Congo-Kinshasa: Le débat sur la réforme de la Constitution relancé

En RDC, la coalition au pouvoir, ouvre la porte aux propositions de réforme de la Constitution. Les opposants à cette réforme soupçonnent le président Félix Tshisekedi de vouloir s'assurer un troisième mandat.

Promulguée en février 2006 à l'issue de la transition politique post-conflit, la Constitution congolaise actuelle a longtemps été considérée comme un socle de stabilité institutionnelle. Elle consacre notamment la limitation du mandat présidentiel à deux termes.

Cependant, certains acteurs politiques estiment aujourd'hui que ce texte présente des lacunes face aux réalités actuelles du pays, notamment en matière de gouvernance, de décentralisation et d'efficacité des institutions.

Entre envie de changement et méfiance

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Parmi les arguments avancés en faveur de la réforme, figure la nécessité de renforcer l'autorité de l'État dans un contexte marqué par le conflit avec les rebelles de l'AFC-M23 dans l'est du pays. Izra est un habitant de la ville de Bukavu et il est favorable à cette initiative. "Je ne vois aucun inconvénient à modifier la Constitution, si cela contribue à améliorer la situation politique de notre pays et à assurer sa protection, comme il se doit" assure Izra qui reconnait toutefois que "certains ont peur" mais selon lui "il est possible de l'adapter aux réalités actuelles."

Toutefois, cette perspective de réforme suscite une forte méfiance au sein de l'opposition et d'une partie de la société civile. Certains redoutent une remise en cause des acquis démocratiques, notamment la limitation des mandats présidentiels, pour permettre au président Félix Tshisekedi de rester au pouvoir après son deuxième mandat qui s'achèvera en 2028.

Acteur de la société civile, Christian Nyakasane garde encore les souvenirs des tensions politiques autour des tentatives de modification constitutionnelle, en 2015, à l'époque où Joseph Kabila était encore au pouvoir et il s'en inquiète.

"Aujourd'hui, on ne peut pas évoquer cette question parce que l'évoquer, serait d'abord violer cette Constitution, car elle-même stipule qu'on ne peut pas la changer pendant la guerre" explique Christian. Selon lui "il faut d'abord mettre fin à la guerre pour que, plus tard, si le gouvernement pense qu'il faut réviser ou changer, qu'il remette cette question sur la table. Vraiment, cette idée n'est pas la bienvenue."

Un cadre institutionnel adapté

Pour les partisans du changement, une révision constitutionnelle pourrait permettre d'adapter les mécanismes institutionnels, afin de mieux répondre aux crises, notamment en clarifiant les rapports entre le pouvoir central et les entités territoriales décentralisées.

"La présente Constitution est très claire sur la limitation du mandat présidentiel et l'UDPS s'est battu pour les principes démocratiques. L'initiative, portée par le professeur Mbata, s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'adaptation des institutions aux réalités du pays. Bref, il n'y aura pas un troisième mandat, mais il y aura un nouveau cadre institutionnel adapté aux réalités auxquelles le pays fait face" assure Christian Lumu le vice-président de la Ligue des jeunes du parti au pouvoir, l'UDPS.

L'Union sacrée invite les acteurs intéressés à formaliser leurs réflexions sur l'avenir institutionnel du pays jusqu'au 20 mai prochain.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.