Mauritanie: Entre Nouakchott - Paris, tout est au vert comme l'hydrogène vert

La visite d'État de trois jours du président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à Paris, qui s'est achevée le 17 avril 2026, s'inscrit dans un moment charnière pour le Sahel. Alors que la France s'est retirée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la Mauritanie apparaît comme un partenaire stable, souverain et indispensable dans la nouvelle architecture régionale. Enjeux souterrains géostratégiques.

Ce déplacement du président Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani en France, le premier de ce niveau depuis plus de trente ans, repositionne Nouakchott au coeur des recompositions diplomatiques et sécuritaires.

Un tournant irréversible dans la recomposition des dynamiques politiques au Sahel

Accueilli avec les honneurs militaires aux Invalides, le chef de l'État mauritanien a été reçu à l'Élysée pour un entretien stratégique avec son homologue français. Paris voit en Nouakchott un acteur singulier : un pays stable, à la croisée du monde arabe et de l'Afrique, capable de maintenir un dialogue avec l'ensemble des régimes du Sahel.

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Dans un contexte de tensions régionales, la Mauritanie se positionne comme un médiateur crédible, un pôle de stabilité et un partenaire diplomatique incontournable pour les acteurs européens. Cette reconnaissance renforce son poids dans les enceintes internationales et consolide sa voix sur les grands dossiers : climat, sécurité alimentaire, gouvernance des océans et réformes économiques mondiales.

La visite s'est articulée en trois séquences majeures qui traduisent une approche globale : sécuritaire, technique et économique. À Paris (15 avril) les deux chefs d'État ont procédé à la consolidation politique de l'alliance à travers des entretiens centrés sur la sécurité et la coopération stratégique. À Brest (16 avril), l'accent a été mis sur la dimension maritime avec la visite de chantiers navals et de l'IFREMER, illustrant les enjeux de souveraineté maritime et de gestion des ressources halieutiques. La dernière étape (17 avril), un hommage a été rendu au Soldat inconnu et un forum d'affaires destiné à mobiliser les investisseurs français était organisé par le Medef.

Hydrogène vert: un positionnement mondial confirmé

Au-delà du symbole diplomatique, la visite a été marquée par des avancées économiques concrètes. La Mauritanie ambitionne de devenir un hub mondial de l'hydrogène vert, soutenue par un nouveau Code de l'hydrogène destiné à sécuriser les investissements. Plusieurs projets structurants ont été mis en avant dont le mégaprojet de 30 GW, Aman (CWP Global) visant une production massive d'hydrogène et d'ammoniac verts; le stratégique projet Nour (TotalEnergies/Chariot) pour faciliter l'export vers l'Europe et celui portant sur le développement complémentaire adossé aux infrastructures gazières existantes.

Cette visite marque un tournant stratégique pour l'économie de la République Islamique de Mauritanie avec des retombées économiques sur la consolidation des investissements directs étrangers (IDE).

Le point d'orgue économique de cette visite a été la rencontre au MEDEF International le 17 avril. Face aux chefs d'entreprises français, le président Ghazouani a exposé le climat des affaires en Mauritanie, désormais perçue comme un pôle de stabilité dans un Sahel tourmenté. Cette séquence a permis de sécuriser des engagements dans des secteurs structurants comme les infrastructures et les services, avec un accent mis sur l'augmentation des exportations françaises, qui avaient déjà franchi le cap des 237,9 millions d'euros en 2023.

Signature d'un accord de 39 millions d'euros

La signature d'un accord de 39 millions d'euros pour l'hybridation de dix centrales électriques dans les communes de l'intérieur illustre la volonté française d'accompagner la transition énergétique mauritanienne. Au-delà du solaire, les discussions ont porté sur le positionnement de la Mauritanie comme futur leader de l'hydrogène vert. Ce partenariat vise à transformer la dépendance énergétique du pays en une opportunité d'exportation vers l'Europe, tout en réduisant les coûts de l'électricité pour les industries locales.

Un volet majeur de la visite s'est déroulé à Brest, axé sur la coopération avec l'Ifremer. La Mauritanie cherche à moderniser l'exploitation de ses ressources halieutiques, pilier historique de son PIB. Les retombées incluent des transferts de technologies pour une gestion durable des stocks de poissons et le renforcement de la surveillance maritime. Cette modernisation est indissociable de la sécurité des côtes, essentielle pour rassurer les investisseurs dans les projets gaziers offshore (Grand Tortue Ahmeyim).

En marge de la visite, l'alignement avec les bailleurs de fonds internationaux a été réaffirmé. Alors que le FMI prévoit une croissance de 4,8 % pour 2026 grâce au secteur extractif, le soutien politique de la France agit comme une « garantie de confiance » pour les marchés financiers. Cette crédibilité accrue facilite la mobilisation de financements concessionnels pour le Budget Consolidé d'Investissement (BCI) 2026, permettant à Nouakchott de financer son ambitieux programme de développement humain et d'accès aux services de base.

Ce sont des afflux d'investissements qui marquent une montée en gamme industrielle et une consolidation du statut de puissance régionale de la Mauritanie qui facilitera l'accélération d'une croissance estimée à plus de 5 % en 2026. Cette visite ouvre une séquence nouvelle, celle d'une Mauritanie plus influente, plus attractive et mieux armée pour transformer ses atouts en développement durable et en sécurité nationale.

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