Le rapport sur les violences survenues en Tanzanie après la présidentielle du 29 octobre 2025 a été présenté ce jeudi 23 avril à Dar es Salaam. Rédigé par une commission d'enquête nommée par le gouvernement, il fait état de 518 morts durant les événements qui ont suivi le scrutin, un chiffre bien inférieur aux milliers de victimes dénombrées par l'opposition et plusieurs ONG qui accusent les autorités de vouloir minimiser la répression.
Selon le rapport de la commission d'enquête sur les violences post-électorales en Tanzanie publié ce jeudi 23 avril, 490 hommes et 28 femmes - parmi lesquels des enfants et des policiers - ont été tués durant les événements qui ont suivi la présidentielle du 29 octobre dernier. Le rapport fait également état de 2 390 blessés. Des chiffres jugés largement sous-estimés par l'opposition, qui évoque jusqu'à 2 000 morts et 5 000 blessés à travers le pays.
Un rapport qui incrimine les manifestants
Nommée par le gouvernement, la commission qui a rédigé le document ne désigne pas de responsables parmi les autorités. En revanche, elle pointe directement du doigt les manifestants. Son président, le juge Othman, affirme ainsi disposer de « preuves indéniables » selon lesquelles les violences du 29 octobre et des jours suivants étaient « programmées, coordonnées, financées et exécutées par des personnes entraînées », rapporte Élodie Goulesque, notre correspondante en Tanzanie.
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Le rapport évoque également une frustration liée au coût de la vie et un « manque de patriotisme » pour expliquer la mobilisation de la jeunesse. Le juge Othman estime par ailleurs que certaines informations diffusées ont été « modifiées grâce à l'intelligence artificielle » et que certains citoyens auraient « disparu pour des raisons romantiques » ou simulé leur enlèvement.
Rappelant que ces manifestations « n'étaient pas conformes à la loi » faute d'avoir été déclarées aux autorités, celui-ci recommande enfin l'ouverture d'une « enquête criminelle » pour identifier « les cerveaux des violences et répondre aux questions sur les corps encore disparus ».
Opposition et ONG dénoncent une dissimulation
Face à ces conclusions, l'opposition et plusieurs organisations haussent le ton, dénonçant une « opération de dissimulation » et un rapport « conçu pour blanchir les crimes du régime ». Elles accusent également les autorités d'avoir fait disparaître des corps dans des fosses communes et d'avoir coupé l'accès à internet au plus fort des violences.
De son côté, un manifestant d'octobre qui tient à conserver l'anonymat ne cache pas sa déception : « On voulait des noms de responsables et une preuve que la justice n'est pas sélective », déplore-t-il.
Sortie vainqueur de la présidentielle du 29 octobre avec 98 % des voix, Samia Suluhu Hassan affirme pour sa part qu'elle prendra en compte les recommandations de la commission tout en tentant de rassurer. « Certains disent que je ne suis plus la même Samia. Je vous assure que je suis pourtant la même que celle qui promettait la réconciliation », a-t-elle déclaré.
Celle-ci a également salué l'action des forces de l'ordre, estimant qu'elles avaient permis de contenir la situation, et félicité les auteurs du rapport qui vient confirmer, selon elle, que les pertes humaines ont été « exagérées ».
