Burkina Faso: La chape de plomb au prix de la sécurité?

24 Avril 2026
analyse

Depuis le coup d'état de septembre 2022, et l'arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, le Burkina Faso semble élaborer méthodiquement, par touches successives, une nouvelle doctrine de la sécurité, consubstantielle à la conservation du pouvoir. L'ennemi n'est plus en dehors des frontières, mais il vient de l'intérieur.

Il est vrai que le prétexte de l'insécurité a été l'argument ayant abouti au renversement de Roch Marc Christian Kaboré démocratiquement élu, et l'arrivée du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, renversé neuf mois plus tard par le Capitaine Traoré, suite au bilan désastreux des forces armées burkinabés devant les attaques djihadistes, que la junte militaire avait promis de neutraliser.

En promettant la reconquête des 30% du territoire national aux mains des rebelles, le Capitaine Traoré avait, il est vrai, besoin de soutien populaire, et il ne lésinera pas sur les moyens juridique et institutionnel à dessein. L'ambition était grande, mais surtout la question sécuritaire, qui en était le prétexte, va être le substrat de la légitimation de tous les actes du régime.

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Il faut peut-être rappeler, que tout a commencé avec la révision du terme du mandat de transition, qu'on a fait passer de deux à 5 ans, avec l'onction des Assises Nationales du Burkina, et de la nouvelle charte de la transition.

L'évolution actuelle du régime de Ouagadougou, qui vient de se singulariser par une mesure, qui certes ne surprend pas à priori, car beaucoup d'observateurs avait vu venir, car les partis politiques ont été les premiers à être « mis sous l'éteignoir » ; déjà dès le 29 janvier 2026, par un décret du gouvernement de transition du Burkina Faso, confirmée par l'Assemblée législative de transition (ALT) le 9 février 2026.

C'est surtout l'ampleur, et la gravité de la mesure qui s'apparente à une purge, qui interroge.

Les motifs singuliers qui avaient été alors brandis pour la dissolution des partis (stabilité, unité du pays et sécurité) sont restés quasiment les mêmes que ceux invoqués pour les 118 Organisations de la Société civile (OSC) dissoutes sur décision du ministre de l'administration territoriale.

Officiellement on invoque, entre autres, le manque de transparence et le non-respect des obligations administratives par les OSC, dont certaines ont été suspendues pour les mêmes motifs. Le Mouvements burkinabé des droits de l'homme (MBDHP) qui est un des pionniers de la société civile, qui a participé à l'évolution politique du Burkina Faso depuis la révolution Sankariste fait partie du lot des OSC dissoutes.

Tout laisse croire, que devant le vide laissé par les partis politiques, dont le sort avait été scellé, les seuls qui restaient encore en position de jouir de leur liberté d'expression et d'action sur le terrain, avec des voix discordantes, parfois vis-à-vis de la parole officielle, ont fini par causer une énorme gêne au pouvoir à Ouagadougou.

La sévérité de la décision, qui frappe la société civile, est pour le moins surprenante, d'autant plus qu'elle s'accompagne de la fin du mandat de la commission nationale des droits de l'homme au sein de laquelle siègent des OSC de droits de l'homme.

La réaction ferme de la commission africaine des droits de l'homme et des peuples depuis Banjul, est de ce point de vue plus qu'une alerte sur la pente dangereuse qu'emprunte le pouvoir du Capitaine Ibrahim Traoré, mais plutôt une interpellation à l'endroit de l'entité que constitue l'AES, au moment où des pourparlers reprennent timidement pour un rétablissement des relations diplomatiques entre la CEDEAO l'UA et les pays de l'AES.

S'il est clair que la nouvelle Loi n° 011-2025/ALT, adoptée depuis juillet 2025, les conditions d'exercice des organisations de la société civile au Burkina ont été portées à la connaissance des OSC, en atteste le séminaire de sensibilisation et d'information sur le cadre juridique, organisé par le Secrétariat Permanent des ONG (SPONG).

Il reste toutefois que remettre à plat tout une construction citoyenne, et demander toutes affaires cessantes aux OSC du Burkina de reprendre la procédure déclarative certes, pose un problème d'efficacité démocratique.

Si ce n'est pas bâillonner la société civile, voire suspendre l'exercice des libertés, citoyennes, démocratiques, alors où se trouve la légalité ?

La manière par laquelle la décision a été prise (un tir groupé) aura du mal à convaincre, car les OSC ne sont pas de même taille, ni n'ont le même type d'activité, encore moins les mêmes ressources, ni ne sont dans le même secteur.  La solution au cas par cas n'aurait pas été empreinte de suspicion, sauf qu'ici le précédent des partis politiques avec le même modus opérandi, laisse perplexe sur une volonté inavouée de faire taire les citoyens.

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