Afrique: Réforme constitutionnelle au pays - Momo démonte point par point la saisine de Kamto à l'UA

La succession présidentielle au Cameroun divise l'opposition et le gouvernement. Jean de Dieu Momo, ministre délégué à la Justice, monte au créneau.

Kamto frappe à la porte de l'Union africaine

Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), a saisi l'Union africaine pour dénoncer ce qu'il appelle un "changement anticonstitutionnel du gouvernement". En ligne de mire : la récente réforme constitutionnelle camerounaise, qui institue un mécanisme de succession par un vice-président nommé.

La démarche est frontale. Le MRC conteste la légitimité d'un vice-président non élu qui pourrait, en cas de vacance, accéder automatiquement à la présidence. Pour l'opposition, c'est une atteinte directe à la souveraineté populaire.

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Momo contre-attaque : une confusion entre légitimité et continuité

Jean de Dieu Momo ne laisse pas la charge sans réponse. Le ministre délégué à la Justice tranche : la saisine de l'UA relève d'une "tentative de manipulation de l'opinion publique internationale". Son argument central est juridique. La continuité de l'État et la légitimité démocratique sont deux notions distinctes. L'élection fonde l'autorité du président. La Constitution, elle, organise la transmission du pouvoir en cas de vacance. Ce sont deux logiques qui ne se contredisent pas ; elles se complètent.

Il cite Georges Burdeau : le pouvoir ne peut souffrir d'aucune vacance. Le vice-président n'accède pas au pouvoir par conquête, mais par suppléance. La nuance est juridiquement décisive.

Le régime présidentialiste en question

Momo mobilise Maurice Duverger pour asseoir son raisonnement. Dans un "pouvoir exécutif moniste", toute autorité procède du chef de l'État. Le vice-président nommé est le prolongement institutionnel du président élu, pas un acteur autonome. Sa succession ne crée donc pas une nouvelle légitimité. Elle prolonge celle du président. Ce modèle n'est pas une anomalie camerounaise. Dans de nombreuses démocraties établies, la succession peut s'opérer sans élection immédiate pour préserver la stabilité institutionnelle.

Le constitutionnaliste Joseph Owona, cité en appui, rappelle que la stabilité des institutions camerounaises repose sur une organisation hiérarchisée de l'exécutif où la continuité prime sur la compétition interne.

Ce que risque réellement le Cameroun selon le gouvernement

Le ministre délégué renverse le cadre interprétatif de l'opposition. Le vrai danger, selon lui, n'est pas la succession organisée ; c'est la vacance du pouvoir. S'opposer au mécanisme en place, c'est potentiellement ouvrir la porte à des crises institutionnelles, des luttes internes et des ruptures de l'ordre constitutionnel. Achille Mbembe, cité dans la déclaration, souligne que dans les États africains, la fragilité institutionnelle impose des mécanismes de transmission du pouvoir clairs, rapides et incontestables. C'est la voie qu'a choisie le Cameroun. Le parlement réuni en Congrès l'a consacrée.

Légitimité africaine et précédent régional

La saisine de l'UA place le Cameroun sous surveillance régionale. Si l'Union africaine donnait suite à la plainte du MRC, Yaoundé ferait face à une pression diplomatique inédite sur sa réforme constitutionnelle. L'enjeu dépasse le Cameroun. Comment les États africains organisent-ils la succession présidentielle sans fracturer leur légitimité démocratique ? La réponse camerounaise nommer un vice-président successeur potentiel pourrait devenir un modèle ou un repoussoir pour le continent.

La bataille juridique autour de la réforme constitutionnelle camerounaise oppose deux lectures irréconciliables du pouvoir : celle qui place la souveraineté populaire au-dessus de tout, et celle qui fait de la continuité de l'État une priorité absolue. L'Union africaine tranchera-t-elle, ou laissera-t-elle le Cameroun régler seul cette équation politique explosive ?

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