Afrique de l'Ouest: Industrie de défense et autonomie stratégique - Le général Babacar Gaye appelle à une nouvelle vision africaine

À l'ouverture d'un panel consacré à l'« industrie de défense et à l'efficacité géostratégique pour l'Afrique », en marge du forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, Babacar Gaye a livré une intervention dense, articulée autour des défis majeurs auxquels le continent est confronté en matière de sécurité, d'innovation et de souveraineté.

D'emblée, l'ancien chef d'état-major général des armées a posé le cadre : « L'industrie de défense est l'un des piliers de l'autonomie stratégique », une ambition qu'il décrit comme une quête permanente, sans cesse remise en question par les avancées technologiques. Pour lui, la capacité des États africains à maîtriser leur destin sécuritaire dépend étroitement de leur aptitude à investir dans des secteurs stratégiques innovants.

Revenant sur une démonstration militaire marquante en 2018, au cours de laquelle une grande puissance a exposé un combattant autonome évoluant dans les airs, le général Gaye a souligné l'importance de l'innovation technologique dans la construction de l'autonomie stratégique. Celle-ci repose, selon lui, sur deux leviers fondamentaux : les ressources financières « le nerf de la guerre » et les ressources humaines, à la fois produit et multiplicateur de ces moyens.

Il a insisté sur la nécessité pour l'Afrique de renforcer ses capacités dans ces domaines, appelant les experts et panélistes à approfondir la réflexion sur les mécanismes permettant de mobiliser efficacement ces ressources.

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Abordant la situation en Afrique de l'Ouest, le général Gaye a évoqué un contexte marqué par le retrait progressif des troupes étrangères du Sahel, conséquence de dynamiques sécuritaires, économiques et sociétales complexes. Ce mouvement a favorisé l'émergence d'un souverainisme affirmé, porté par une volonté de reprise en main des politiques de défense.

Toutefois, il a mis en garde contre les limites de cette approche lorsqu'elle n'est pas accompagnée d'une véritable solidarité régionale. Malgré des ambitions communes, les États ouest-africains restent divisés sur les modalités de l'intégration, fragilisant ainsi les efforts collectifs face aux menaces transnationales.

Dans ce contexte, le rôle d'organisations comme la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest apparaît central, bien que nécessitant une adaptation en profondeur de ses mécanismes d'action.

L'un des points majeurs de l'intervention a porté sur la nécessité de repenser le concept même de défense. Le modèle actuel, fondé sur « l'emploi des forces » en cas de crise, montre selon lui ses limites. Le général Gaye plaide pour une transition vers un concept de « mise en condition d'emploi des forces ».

Ce nouveau paradigme impliquerait une coopération renforcée entre États dans plusieurs domaines clés : la conception des politiques de défense, l'équipement militaire, la formation (instruction et éducation) et l'entraînement. Une telle synergie permettrait d'après lui, « non seulement d'accroître l'efficacité opérationnelle, mais aussi de générer des économies d'échelle significatives. »

Enfin, l'ancien CEMGA a insisté sur la nécessité de redéfinir les partenariats stratégiques, en tenant compte à la fois de l'évolution des menaces et des réalités des systèmes de défense africains. S'il reconnaît que ces partenariats restent indispensables, il appelle à les repenser sur des bases plus équilibrées et adaptées aux intérêts du continent.

En conclusion, l'intervention de Babacar Gaye a posé les jalons d'une réflexion ambitieuse : comment bâtir une autonomie stratégique africaine crédible, fondée sur l'innovation, la coopération régionale et une vision renouvelée de la défense. Un défi de taille, mais porteur, selon lui, de raisons d'espérer.

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