Ile Maurice: Ashok Subron - «Nous agissons désormais sans délai contre les maisons de retraite illégales»

interview

Au Parlement, le ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, a indiqué que 85 maisons de retraite sont enregistrées, dont 22 institutions caritatives et 63 établissements privés. Si 15 licences sont en cours de renouvellement et que seules trois structures ont cessé leurs activités en cinq ans, 11 opèrent toutefois en toute illégalité. Il nous en dit plus.

Pouvez-vous préciser combien des 11 maisons de retraite identifiées comme irrégulières ont fait l'objet de sanctions ou de fermetures et expliquer pourquoi certaines continuent d'opérer malgré leur situation connue ?

Depuis que je suis ministre, j'ai pris note qu'aucune action concrète n'avait été prise durant au moins les dix dernières années avant l'arrivée du nouveau gouvernement, notamment contre les établissements opérant de manière illégale. J'ai également été surpris de constater que certaines démarches présentées comme des dépositions à la police n'étaient en réalité que des «mesures de précaution», dont l'origine reste floue.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Depuis ma prise de fonction, avec le junior minister, nous avons agi sur trois cas graves. Le premier concerne le Fieldview Care Home à Mon-Goût, Pamplemousses, où de sérieuses plaintes, notamment d'abus sexuels, ont été signalées. L'enquête a révélé que cet établissement opérait sans permis. Une déclaration a pu être faite à la police et le dossier a été référé à la Financial Crimes Commission pour un éventuel cas de blanchiment d'argent. Les résidents ont été relocalisés afin d'assurer leur sécurité.

Nous avons lancé un appel au public via la presse pour qu'il signale les homes illégaux. Cinq à six cas ont été rapportés et des actions prises. Les établissements concernés ont été appelés à régulariser leur situation. Suite à l'affaire Fieldview, un comité interministériel a été mis en place pour anticiper d'autres cas et organiser la relocalisation des résidents. Il faut intervenir, tout en garantissant leur bien-être. Dans le passé, ces situations ont parfois été utilisées comme moyen de pression.

Nous suivons également un cas à Péreybère, actuellement sous enquête policière. Un autre dossier concerne Mon Destin Residential Care, où un homicide a été signalé. La police enquête aussi sur un possible réseau de traite humaine. Le Residential Care Homes Board s'est saisi de l'affaire, qui a été évoquée au Conseil des ministres. Sur avis du State Law Office, la décision a été prise de ne pas renouveler le permis et les procédures sont en cours.

Aujourd'hui, dès qu'il existe des éléments suffisants indiquant qu'un établissement opère illégalement, nous agissons. En 2025, plus de 2 000 inspections ont été effectuées, avec cinq à six cas de maltraitance identifiés et traités sans délai.

Quelles sanctions précises seront prises contre les responsables de ces maisons de retraite ?

La loi prévoit que lorsqu'une maison de retraite opère illégalement et que l'affaire est portée devant la cour, des sanctions peuvent être appliquées. Celles-ci comprennent des amendes allant de Rs 25 000 à Rs 100 000 ainsi qu'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à cinq ans. La loi suivra son cours et les contrevenants devront soit payer une amende, soit purger une peine de prison, selon la décision de la cour.

Parallèlement, nous sommes engagés dans une réforme en profondeur du cadre légal et des conditions encadrant les Residential Care Homes. Après le cas de Fieldview, nous avons décidé de promulguer l'article 9 de la Protection of Elderly Persons Act. De nouveaux règlements sont actuellement en finalisation afin de renforcer la protection des personnes âgées.

Suite à l'affaire de Mon Destin, nous revoyons les règlements existants. L'une des mesures clés consistera à obliger chaque établissement à soumettre régulièrement la liste complète et les détails de tous les résidents. Lors de cet incident, il a été particulièrement préoccupant de constater que le gestionnaire n'était pas en mesure de fournir des informations de base sur les résidents retraités. De plus, alors que la police avait recensé 24 résidents le jour de l'homicide, seuls 14 étaient présents le lendemain, révélant un manque grave de suivi et de contrôle.

En tant que gouvernement et en tant que ministère responsable d'institutions accueillant des personnes parmi les plus vulnérables de la société - personnes âgées ou en situation de handicap -, nous devons agir avec rigueur. Nous avons donc entamé une révision globale du système, en commençant par les règlements, avec pour objectif d'assurer un encadrement plus strict et plus transparent.

Aujourd'hui, la politique encadrant les Residential Care Homes repose sur un modèle hybride. Historiquement, ces structures relevaient d'initiatives caritatives et il convient de saluer le travail accompli par ces organisations. Toutefois, le secteur privé s'est progressivement développé. À ce jour, 22 institutions caritatives et 63 établissements privés sont enregistrés auprès du ministère.

Ce modèle montre aujourd'hui ses limites. Maurice fait face à une évolution démographique importante, avec une population vieillissante et une augmentation du nombre de personnes vulnérables. L'émigration accentue également le phénomène de personnes âgées laissées sans encadrement familial. Parallèlement, certaines dérives apparaissent, où des réalités sociales deviennent des opportunités commerciales.

Il est donc impératif de repenser et de réguler davantage ce secteur. Notre priorité est de renforcer les structures encadrées par l'État et soutenues par les organisations non gouvernementales afin d'éviter toute forme d'exploitation.

Nous explorons différentes pistes, en nous inspirant d'expériences internationales.Des échanges ont notamment eu lieu avec une délégation indienne et nous comptons aussi tirer parti de l'expertise mauricienne à l'étranger, notamment en Angleterre.

Au final, l'objectif reste clair : garantir que les maisons de retraite répondent avant tout aux besoins et au bien-être des résidents, et non à des intérêts purement financiers.

Aujourd'hui, des personnes âgées vivent dans ces structures. Qui assume la responsabilité de leur sécurité et quelles mesures urgentes allez-vous prendre pour éviter tout drame ?

Nous devons investir davantage dans la formation. Je tiens d'abord à remercier toutes les personnes qui travaillent dans les maisons de retraite. Elles accomplissent leur mission avec engagement, souvent dans des conditions difficiles. Elles ne disposent pas toujours de la formation nécessaire pour répondre pleinement aux exigences du métier.

Aujourd'hui, il existe un besoin urgent de formation à grande échelle. Le ministère travaille actuellement sur un projet visant à former des carers, pour intervenir dans les Residential Care Homes et pour offrir des services à domicile.

La question budgétaire demeure un enjeu important. Toute société doit trouver un équilibre entre les impératifs économiques et les besoins sociaux.

Il est essentiel de reconnaître que certains métiers resteront indispensables, malgré les avancées technologiques. Les professions liées aux soins et à l'accompagnement humain occupent une place fondamentale. Ces responsabilités étaient autrefois assumées au sein des familles, puis dans les hôpitaux et les structures spécialisées. Aujourd'hui, elles reposent sur des compétences humaines que la technologie ne peut remplacer.

À l'avenir, les métiers du care seront parmi les plus essentiels. Maurice doit s'y préparer dès maintenant. C'est pourquoi il est crucial de lancer une formation massive de carers, capables d'intervenir aussi bien dans les établissements que directement au domicile des personnes âgées.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.