Brazzaville/Genève — Les programmes de vaccination de routine en Afrique ont un impact mesurable sur la santé publique à grande échelle, avec des millions de vies sauvées et des familles et des communautés protégées contre les ravages causés par les maladies à prévention vaccinale.
La couverture vaccinale s'est considérablement étendue sur le continent depuis 2000, année où seuls huit maladies à prévention vaccinale figuraient dans les calendriers de vaccination de routine, contre 13 aujourd'hui. L'introduction de nouveaux vaccins tels que le vaccin contre le paludisme et le vaccin contre le virus du papillome humain (VPH) offre une protection vitale aux enfants, aux jeunes filles et aux femmes.
Les vaccins contre le VPH ont permis d'éviter près d'un million de décès dus au cancer du col de l'utérus dans 29 pays africains en 2024. Parallèlement, certains des 25 pays qui administrent le vaccin contre le paludismerapportent déjà un fort impact précoce, comme une réduction des formes graves de la maladie et des hospitalisations, indique une évaluation de Gavi, l'Alliance du Vaccin et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) en Afrique à l'approche de la Semaine africaine de la vaccination et de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, qui se tiennent respectivement du 24 au 30 avril, et le 25 avril.
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Leader mondial de la protection des femmes et des filles contre le cancer du col de l'utérus
Les récentes campagnes nationales de vaccination contre le VPH et les campagnes menées auprès de cohortes d'âges variés au Nigéria, au Ghana, en Éthiopie et en Angola ont permis de vacciner des millions de jeunes filles en quelques semaines, souvent grâce à des modèles de vaccination en milieu scolaire- et à des approches intégrées, alors même que les systèmes de santé devaient faire face à d'autres épidémies et à des priorités concurrentes. Depuis 2019, le nombre de pays africains disposant de programmes de vaccination contre le VPH est passé de 12 à 35, et les taux de couverture sont passés de 5 % (en 2014) à 47 % (en 2024), ce qui place la Région au deuxième rang mondial en termes de couverture, derrière les Amériques. Dans toute l'Afrique, la vaccination contre le VPH a généré des retombées économiques estimées à 1,8 milliard de dollars É.-U. grâce aux coûts de traitement évités, aux gains de productivité et aux vies sauvées.
Les vaccins antipaludiques ont un impact précoce
Grâce au programme de vaccination antipaludique soutenu par Gavi, mis en oeuvre par les pays en partenariat avec l'OMS, l'UNICEF et d'autres acteurs, plus de 52 millions de doses ont été livrées depuis 2023 dans certains des contextes les plus fragiles- et les plus complexes sur le plan opérationnel. Les premiers rapports du Kenya, du Malawi, du Ghana et du Cameroun font état d'une réduction des cas graves et des admissions à l'hôpital, ce qui renforce les données pilotes. Le même schéma est visible au Burkina Faso, où l'extension de la vaccination antipaludique à l'ensemble des 70 districts sanitaires, parallèlement à d'autres mesures de lutte, a déjà contribué à une baisse de 32 % des cas de paludisme notifiés entre 2024 et 2025. Il s'agit également d'une forte réduction du nombre de cas chez les enfants de moins de cinq ans et de près de la moitié des décès liés au paludisme-. Les premières estimations du Ministère de la Santé du Burkina Faso indiquent que les ménages ont réalisé des économies de plus de 26,6 millions dollars É.-U en coûts directs liés aux soins de santé, illustrant ainsi comment les vaccins, associés à des programmes nationaux solides, peuvent réduire la transmission à grande échelle.
Afin de transformer cette dynamique en un impact durable, l'OMS collabore avec ses partenaires et les gouvernements pour renforcer les systèmes opérationnels qui sous-tendent le déploiement du vaccin antipaludique. Les instances politiques régionales, y compris l'Assemblée de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, offrent des espaces importants pour maintenir un engagement ministériel durable alors que les pays passent de l'introduction à l'intégration programmatique à long terme.
« Pendant des décennies, le paludisme a pesé lourdement sur les familles et le système de santé du Burkina Faso, particulièrement durant la saison des pluies. Grâce à une volonté politique forte et à l'extension de la vaccination aux 70 districts sanitaires -- combinée à la distribution de moustiquaires, à la chimioprévention saisonnière et à la mobilisation communautaire pour l'assainissement et l'élimination des gîtes larvaires -- nous observons une baisse drastique et historique des cas et des décès. Cela se traduit par moins d'hospitalisations et des économies réelles en matière de coûts de santé », a déclaré le Dr Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, ministre de la Santé du Burkina Faso.
« Les vaccins contre le VPH et le paludisme nous ouvrent de nouvelles perspectives face à l'un des cancers les plus meurtriers en Afrique et à des maladies endémiques anciennes », a affirmé Thabani Maphosa, Directeur chargé de l'implémentation des programmes dans les pays chez Gavi, l'Alliance du Vaccin. « Le succès de ces programmes témoigne de l'engagement des gouvernements et des professionnels de santé, ainsi que de la confiance des populations dans la capacité des vaccins à sauver des vies et à protéger les familles. Pourtant, ces acquis sont aujourd'hui menacés, mettant en danger des centaines de milliers d'enfants. L'investissement dans la vaccination doit demeurer une priorité mondiale absolue. »
« En Afrique, les vaccins fournissent certaines des interventions les plus efficaces et à fort impact que nous ayons, de la prévention du cancer du col de l'utérus par la vaccination contre le virus du papillome humain à la promotion de la lutte antipaludique avec de nouveaux outils et approches », a déclaré le Dr Mohamed Janabi, Directeur régional de l'OMS pour l'Afrique. « La vaccination contre le virus du papillome humain offre des retombées exceptionnelles en matière de santé publique et nous rapproche de l'élimination du cancer du col de l'utérus. Dans le même temps, la riposte au paludisme entre dans une nouvelle phase sous l'impulsion de l'appropriation par les pays. Il est possible de mettre fin à ces maladies lorsque nous agissons avec détermination, tous ensemble. »
Progrès futurs en péril
S'appuyant sur des années de planification, de participation communautaire et de sensibilisation, l'Afrique est prête à changer la donne dans la lutte contre le cancer du col de l'utérus et le paludisme. D'ici 2030, dix autres pays africains prévoient d'introduire le vaccin contre le VPH avec le soutien de Gavi. D'ici 2030, cinq autres pays africains devraient introduire le vaccin antipaludique avec le soutien de Gavi. Dans l'ensemble, le programme vise à fournir à 50 millions d'enfants sur le continent un programme complet de vaccination antipaludique d'ici la fin de la décennie.
Cependant, ces progrès sont en péril. Alors que les pays à faible revenu continuent de mobiliser des financements record pour la vaccination, il sera essentiel d'accorder une priorité soutenue à l'investissement dans la vaccination et d'accroître la mobilisation des ressources nationales pour maintenir les progrès et réaliser le plein potentiel de ces programmes essentiels qui sauvent des vies. Le programme de lutte contre le paludisme est confronté à un déficit budgétaire de près de 30 %, ce qui a entraîné une réduction de l'aide. Pour combler ce déficit et protéger autant d'enfants vulnérables que possible, il faudra mobiliser des fonds supplémentaires provenant des pays et des bailleurs de fonds.
Au cours de la période 2026-2030, les programmes de lutte contre le VPH et le paludisme, ainsi que d'autres vaccins soutenus par Gavi, seront financés pour la première fois par les budgets nationaux consacrés à la vaccination - Gavi transférant directement aux pays plus de 90 % de son budget dédié aux achats. Dans un contexte de contraintes financières, cette approche vise à fournir aux gouvernements une vision quinquennale des ressources et un contrôle sur les vaccins à prioriser en fonction de la stratégie, du contexte et des besoins de chaque pays. Cependant, en raison de déficits de financement, les pays devront faire des choix difficiles qui, selon les estimations de Gavi, se traduiront par 600 000 vies en moins sauvées d'ici la fin de la décennie.