Les attaques coordonnées contre Kati, Sévaré, Kidal et d'autres points névralgiques ne doivent pas être reléguées au rang d'un épisode de plus dans la routine tragique d'un conflit qui s'enlise depuis plus d'une décennie au Mali. Elles révèlent au contraire une stratégie mûrement réfléchie et cyniquement exécutée, qui balaie l'idée de groupes armés désorganisés qu'on se fait de ces terroristes dont la violence est le principal mode d'expression. Ce qui s'est passé le week-end écoulé dans plusieurs villes maliennes, a démontré, en effet, une capacité de planification, de synchronisation et de projection qui confirme l'existence d'une convergence opérationnelle entre des acteurs pourtant porteurs d'agendas différents.
Ce mode opératoire vise à semer uniquement la terreur
D'un côté, le JNIM, engagé dans une logique de déstabilisation de l'Etat et d'imposition d'un ordre idéologique par la contrainte. De l'autre, le Front de libération de l'Azawad (FLA), ancré dans une revendication territoriale et identitaire ancienne. La coordination de leurs actions sur plusieurs théâtres, a clairement montré qu'il ne s'agit pas seulement d'une coalition opportuniste, encore moins d'une fusion idéologique de ces groupes, mais bien d'une complicité tactique dirigée contre un Etat et sa population. Multiplier les fronts, saturer les capacités des forces de défense maliennes et instaurer un climat de panique généralisée, relève d'une stratégie redoutablement mortifère, appliquée sans scrupule et sans la moindre considération pour les conséquences humaines.
Au-delà donc des cibles strictement militaires, ces attaques s'inscrivent dans une logique de terreur qui consiste à frapper aux portes de Bamako, atteindre Kati, perturber Sévaré et investir Kidal, quasi simultanément afin d'adresser un message clair aux Maliens : celui qu'aucune zone du pays n'est véritablement à l'abri. Aucune revendication territoriale, aucune idéologie religieuse, aucun discours de marginalisation ne saurait conférer une quelconque légitimité à de telles actions, en particulier lorsqu'elles se déroulent dans des zones habitées comme ce fut le cas samedi dernier.
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Ce mode opératoire vise à semer uniquement la terreur en ouvrant plusieurs fronts pour désorienter l'armée malienne, la fixer au Sud afin de manoeuvrer au Nord, notamment autour de Kidal, et exploiter chaque faille avec méthode au point de prendre l'ensemble du pays en otage. Face à cette offensive tous azimuts, l'armée malienne a engagé des opérations de riposte et de ratissage pour reprendre le contrôle des zones affectées. Toutefois, des interrogations légitimes subsistent quant à la capacité des assaillants à imposer leur tempo et à installer un vide rapidement comblé par la peur tout au long de la journée de samedi. Comment des groupes sous pression au Mali, mais aussi au Burkina Faso et au Niger, ont-ils pu organiser des actions d'une telle ampleur ? Comment ont-ils pu frapper quasi simultanément des zones aussi sensibles ?
Ils ont décidé de se coordonner, dans une logique de survie
Une partie de la réponse réside, sans doute, dans leur capacité d'adaptation. Acculés, ils n'ont pas renoncé à leurs entreprises déstabilisatrices, mais bien au contraire, ils ont décidé de se coordonner, dans une logique de survie, pour frapper plus fort et sans distinction. Mais cela ne suffit pas à tout expliquer. Si de telles attaques ont pu se produire en plein jour dans des espaces réputés pour être sécurisés, c'est qu'il existe probablement des brèches qu'il faudra rapidement identifier et corriger. Il ne s'agit pas de nier les efforts des forces maliennes pour sécuriser le pays, ni de minimiser les sacrifices consentis par les autorités pour neutraliser les groupes armés, dont la responsabilité demeure écrasante dans ces événements.
Il faut cependant avoir le courage de reconnaître qu'au-delà des opérations militaires, la guerre se joue aussi dans la capacité à anticiper et empêcher ce type d'attaques qui visent à saper le moral des populations et à installer le doute, y compris chez les plus résilients. C'est en apportant des réponses vigoureuses à la hauteur du danger, que représentent ces groupes armés, que la stratégie adoptée jusque-là pour bouter les ennemis du Mali hors de son territoire, pourra être plus efficace au bénéfice des Maliens et du reste du monde.