L'affaire de l'Huilerie Industrielle de Tamatave (HITA) - impliquant A. R. (Mauricien) ; Jaffar Hadjee Kamis Sahid Mahomed, Galib Asgaraly et Sohib Mahomed Nissaraly (partenaires malgaches) ; et Mamy Ravatomanga (bénéficiaire silencieux présumé) - offre une réponse alarmante, en révélant comment une société offshore mauricienne, Higglo International Trading Limited (Higglo), liée aux quatre personnes susmentionnées, aurait orchestré la surfacturation d'une denrée alimentaire de base, appauvrissant des millions de Malgaches.
Interrogé au PAC sur le fonctionnement de cet édifiant montage la semaine dernière, un principal mis en cause, Sahid Mahomed, a fourni des justifications qui en disent long sur la culture d'impunité présidant aux opérations. Il a systématiquement invoqué que «les comptes de HITA étaient approuvés par l'État», utilisant cet argument comme un blancseing pour la légitimité de la société et ses actes.
Une affirmation pour le moins fallacieuse, sachant que l'État malgache détenait un intérêt indirect dans HITA via un partenaire silencieux, c.-à-d., Mamy Ravatomanga ; cette situation qui, loin de valider les comptes, aurait pu offrir une protection contre tout audit indépendant et faciliter la dissimulation de comptes falsifiés, entre autres. Par ailleurs, questionné sur le rôle précis de Higglo et ses prix exorbitants, Sahid a rétorqué que «chaque société a le droit de définir ses modalités d'achat comme elle l'entend».
Escalade vers le crime
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L'affaire vient de connaître un développement d'une gravité exceptionnelle, susceptible de la faire basculer dans le champ du droit pénal pur. Lors de leur interrogation au PAC, Sahid et Sohib ont révélé qu'un document prétendument notarié, attestant d'un soi-disant transfert des actions de R. R. à son frère A. R. et à des cousins actionnaires à A.R., aurait été produit pour étayer la version des faits des personnes mises en cause.
Il est pertinent de noter que la chronologie même de ce transfert est hautement suspecte : l'acte de transfert des actions jugé illégal a d'abord été signé le 16 avril 2019 ; puis, il aurait été notarié le 23 octobre 2019. Or, cette notarisation tardive prétend attester qu'un transfert effectif aurait eu lieu... la veille, soit le 22 octobre 2019. Cette incohérence temporelle flagrante jette une lumière crue sur la fabrication rétroactive de preuves.
Le caractère extrêmement sérieux de cette révélation tient à ce que ce document serait censé émaner du même notaire qui avait authentifié le transfert initial contesté en 2019. S'il s'avérait fabriqué ou falsifié a posteriori comme tout l'indique, il s'agirait d'un faux en écriture publique, un délit pénal grave tant à Maurice qu'à Madagascar et dans tout autre juridiction. Cette manoeuvre représenterait une tentative flagrante de tromper la justice en créant une preuve rétroactive.
Elle place désormais tous ceux qui auraient participé à sa production - A.R., Galib, Sahid et Sohib - ou à son utilisation dans le collimateur de potentielles poursuites criminelles directes pour faux et usage de faux, ajoutant une couche judiciaire majeure au scandale financier.
Parmi les acteurs clés encore dans l'ombre, figure Galib Asgaraly, qui n'a pas encore été entendu par les enquêteurs. Connu pour son influence et sa protection supposée sous l'ancien gouvernement malgache, son audition est très attendue. Dans le contexte de la Refondation de Madagascar prônée par la nouvelle administration, l'attente est forte pour voir si la justice pourra l'interroger prochainement, testant ainsi la volonté réelle de rupture avec les pratiques d'impunité du passé. À Maurice, l'interrogatoire d'A.R. par la Financial Crimes Commission (FCC) serait imminente.
Enquête à dimension internationale
Face à l'ampleur des flux suspects et la complexité du réseau, l'investigation s'internationalise rapidement. Plusieurs autorités financières et unités de renseignement de premier plan ont manifesté leur intérêt et apporté leur expertise en matière de lutte contre le blanchiment.
Des experts de plusieurs pays européens sont mobilisés en raison de liens potentiels avec leurs territoires et leurs systèmes financiers. Une juridiction du Golfe s'est également jointe à l'investigation pour tracer des mouvements de fonds suspectés d'avoir transité par la région. Cette coordination internationale souligne la portée transnationale de l'affaire et la détermination à remonter l'intégralité de la chaîne de blanchiment.
L'enquête de la FCC, ouverte le 12 février 2026 sous la pression des révélations malgaches, est donc un test crucial. L'enquête sera de rigueur sur des flux financiers qui ont transité par son territoire au détriment d'un pays partenaire et la coopération avec le PAC malgache, désormais enrichie de ces éléments potentiellement criminels et renforcée par l'implication de services financiers internationaux.
L'affaire, qui aurait débuté par la dénonciation d'une spoliation familiale, s'est vite transformée en une enquête emblématique sur des flux financiers illicites. Le cofondateur mauricien de HITA - R. R., évincé ainsi que ses cousins actionnaires via un transfert d'actions frauduleux orchestré par son propre frère A. R. en avril 2019 et lésé de ses bénéfices légitimes, aura été le premier à révéler l'opacité financière de HITA.
Ses alertes, confirmées par un audit en 2015 révélant le détournement de plusieurs millions de dollars par A.R., ont ouvert la voie aux investigations qui mettent aujourd'hui en lumière le rôle pivot de Higglo. Cette société offshore mauricienne est accusée d'être l'instrument central d'un système de «prime de la faim», qui aurait artificiellement maintenu le prix de l'huile à Madagascar parmi les plus élevés de la région.
Le mécanisme présumé, détaillé par les investigations du PAC malgache et de la FCC mauricienne, est d'une froide efficacité. HITA, seule raffinerie d'huile comestible du pays, n'achète pas directement ses matières premières. La majorité de ses achats passent par Higglo, qui les facture en les majorant avec un pourcentage important bien supérieur aux cours internationaux. Cette surfacturation, intégrée au prix final, est payé par le consommateur malgache. Les profits occultes auraient ensuite été externalisés et dissimulés via un réseau de sociétés mauriciennes et seychelloises respectivement, telles qu'Africom Ltd et Outworld Ltd, entre autres.