Depuis les tensions persistantes au Moyen-Orient, des hausses de prix ont été observées, pain, gaz ménager, carburants et produits alimentaires. Le tarif de l'électricité augmentera de 15 % à partir du 1eᣴ mai, même si certaines catégories de consommateurs sont exemptées. Ces hausses ont un effet domino sur plusieurs biens de consommation, rendant la situation de plus en plus difficile. Dans ce contexte, le secrétaire général de l'Association des consommateurs de l'île Maurice (ACIM), Jayen Chellum, dresse un constat alarmant de la situation, tout en appelant à une meilleure régulation et des mesures de soutien plus ciblées.
Depuis les tensions au Moyen-Orient, quelles évolutions majeures observez-vous sur le coût de la vie ?
Il y a une tendance à la hausse de certains prix, dans un contexte de transition marqué par des augmentations progressives. À ce stade, nous pensons que les hausses constatées proviennent soit de la production locale, soit de l'augmentation de certains produits importés, ce qui peut expliquer certaines variations. Toutefois, tous les prix n'ont pas augmenté. Certains sont restés stables et d'autres ont même diminué sur une cinquantaine de produits que nous suivons chaque mois dans trois supermarchés.
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Cependant, il existe des augmentations excessives, notamment sur des produits qui ne sont pas encadrés par un maximum mark-up. Dans d'autres secteurs, des commerçants ont déjà procédé à des hausses jugées excessives. Par exemple, pour la street food, alors que le prix des ingrédients n'a pas augmenté de manière significative, les prix de vente ont connu des hausses importantes. On observe ainsi des excès sur certains produits. Des hausses similaires ont été relevées sur les pains fourrés. Il est donc important que les acteurs du commerce fassent preuve de responsabilité.
Pour mieux comprendre l'impact sur différentes catégories de ménages, quel est votre constat de la situation des consommateurs face à la hausse des prix ?
L'impact varie selon les groupes de revenus. Les ménages les plus modestes sont davantage touchés, tandis que ceux à revenus plus élevés le sentent moins.
Peut-on dire que certaines catégories de la population s'appauvrissent face à la hausse continue du coût de la vie ?
Définitivement. Plus le salaire est faible, plus la hausse du coût de la vie se fait fortement ressentir. Ces ménages doivent réduire davantage leurs dépenses et faire des choix plus stricts dans leur consommation. Ceux disposant de revenus encore plus faibles font face à des difficultés encore plus marquées. Les ménages au bas de l'échelle doivent ainsi gérer leur budget avec beaucoup plus de prudence, ce qui accentue le sentiment d'appauvrissement dans un contexte de hausse continue des prix. Ceux qui perçoivent moins sont contraints de consacrer une part plus importante de leurs dépenses à l'alimentation.
La compensation salariale de Rs 635 de janvier est-elle encore pertinente aujourd'hui ?
Il faut rappeler que la compensation salariale est basée sur une équation correspondant à la moyenne de l'inflation de l'année écoulée. Elle concernait donc l'année 2025 et non 2026, et ce n'est qu'en janvier 2027 qu'interviendra la compensation pour l'année en cours. Elle repose ainsi sur une moyenne, tandis que le pouvoir d'achat d'un ménage varie selon les revenus des personnes qui le composent, avec un impact plus marqué pour les ménages au bas de l'échelle. Ceux qui perçoivent moins sont contraints de consacrer une part plus importante de leurs dépenses à l'alimentation, ce qui fait que la compensation de Rs 635, appliquée de manière uniforme, est rapidement absorbée par la hausse des prix. Est-elle suffisante ? Selon moi, il faudrait envisager d'autres ajustements, compte tenu de la situation actuelle, et le prochain budget devra examiner des formules plus ciblées afin de mieux soutenir les ménages en difficulté.
Que doivent donc faire les consommateurs pour s'en sortir face à la hausse constante du coût de la vie ?
Autant que possible, les consommateurs doivent éviter les dépenses impulsives et les achats inutiles, comparer les prix et établir un budget en fonction de leurs besoins réels. Une planification en famille peut également aider à mieux gérer les dépenses essentielles. Des économies peuvent être réalisées sur les charges du quotidien, notamment les utilités à la maison, tandis que ceux qui le peuvent devraient cultiver certains produits comme les fines herbes afin de réduire leurs coûts. Le covoiturage peut également être privilégié. Par ailleurs, le gouvernement devrait mettre en place des programmes de sensibilisation dans les médias sur la gestion du budget familial et les bonnes pratiques face à la vie chère ainsi que des campagnes d'information pour mieux accompagner les consommateurs.
Certaines personnes affirment qu'elles ne peuvent plus acheter de yaourt, ni même des fruits. Cette situation peut-elle conduire à une forme de malnutrition, à force de devoir se serrer la ceinture ?
Les entreprises en situation de monopole doivent faire l'objet d'une attention particulière de la part des autorités. Il est nécessaire de mieux encadrer ces secteurs, notamment en fixant un maximum de marge (mark-up) sur certains produits comme le poulet, le yaourt ou les œufs. Les prix du yaourt, par exemple, ne cessent d'augmenter. Il ne s'agit pas ici uniquement de libéralisation du marché, mais de prendre en compte la situation des consommateurs. Certes, les augmentations sont compréhensibles, mais elles ne doivent pas conduire à des prix excessifs. Dans ce contexte, certaines personnes risquent effectivement de souffrir de malnutrition. Déjà auparavant, l'alimentation n'était pas toujours équilibrée : certains, qui ont les moyens, consomment de la restauration rapide, tandis que d'autres n'ont pas accès à une alimentation convenable. Il existe donc deux réalités bien différentes en matière de consommation alimentaire.
Les consommateurs doivent-ils s'attendre à une nouvelle hausse des prix dans les prochains mois ?
Oui. Avec la tendance actuelle, je m'attends à une constante hausse des prix. Peut-être que les produits pétroliers ne vont pas baisser et resteront à un certain niveau. Le fret, le taux de change et le coût des matières premières pourraient également continuer à influencer les prix. Il y a une perspective d'inflation, de réduction des quantités de produits sans baisse de prix (shrinkflation) et, dans certains cas, d'une baisse de la qualité des produits. Avec tous ces éléments, il faudra suivre de très près l'évolution des prix, évaluer leur impact et trouver des moyens de soutenir ceux qui en ont besoin. Nous avons observé ces dernières années une tendance à exagérer les augmentations afin de maximiser les profits, dans un contexte d'économie libéralisée. Cette dynamique semble se poursuivre.
Que proposez-vous aux autorités pour mieux protéger les consommateurs ?
Avec la hausse des prix, les recettes de TVA de l'État pourraient également augmenter. Dans ce contexte, il faut trouver des moyens de soutien. Les autorités devraient renforcer le Price Stabilisation Fund afin de subventionner davantage de produits et d'élargir la liste des articles soumis au maximum mark-up. Il faudrait également examiner, dans le prochain budget, la possibilité d'ajuster certaines taxes pour les revenus les plus élevés, afin de dégager des marges de soutien pour la population. Un comité devrait être mis en place pour revoir le système de subventions, car certains bénéficiaires disposent de revenus importants alors que d'autres, plus vulnérables, ont davantage besoin d'aide. Les subventions devraient donc être mieux ciblées. Enfin, il serait utile de revoir la formule de calcul du coût du diesel et de l'essence, ainsi que les contributions associées, afin d'éviter une taxation excessive. Si la tendance à la hausse des prix se poursuit, la situation risque de devenir intenable.